Jean-Marie Chapron est la preuve que, même lorsque l’on s’installe en tant qu’éleveur, il n’y a pas de voie toute tracée et qu’il est possible de donner de la diversité à son métier en se fixant de nouveaux challenges que l’on n’aurait pas imaginés en début de carrière.
Lorsque Jean-Marie a décidé de s’installer le projet était clairement défini. Il était passionné de vaches laitières et de la race Normande. L’opportunité de reprendre des terres près de l’exploitation de ses parents allait permettre d’augmenter la production laitière. « J’effectue alors mon stage d’installation sur l’exploitation tenue par Vincent Mellet et sa femme Marie-Hélène qui sont associés à Eugène et Jeanne, les parents de Vincent. Je voulais aller dans cet élevage car ils ont un troupeau de Normandes. Ils avaient aussi 3 700 m2 en volaille de chair. J’ai travaillé quelques jours sur l’atelier laitier et ensuite Vincent m’a proposé de basculer sur la partie volaille. Je n’y connaissais rien et j’ai été très bien accompagné par Sylvain Sauvage le technicien du groupe Michel. À la fin de mon stage 6 mois, Vincent Mellet m’a embauché comme salarié spécialisé sur l’atelier volaille. En parallèle, j’ai effectué mon CS avicole à l’Avipole de Ploufragan », retrace Jean-Marie Chapron.
9 250 m2 de poulaillers
Jean-Marie Chapron s’est installé en 1999 après 2 ans de salariat sur l’atelier avicole de l’exploitation de Vincent Mellet. Il décrit Vincent comme son mentor, un homme qui lui a prouvé que rien n’était impossible, qu’il ne faut jamais se fixer de limites et qu’à chaque problème il y a une solution. En revenant sur l’exploitation familiale située à Combourg (35), il construit 2 poulaillers Louisiane de 1 200 m2 chacun qui s’ajoutent à l’atelier laitier de 300 000 litres de production sur 70 ha de foncier. L’exploitation va vite évoluer. Trois ans plus tard, au départ à la retraite de ses parents, Gilles, le frère de Jean-Marie, le rejoint sur l’élevage. Dans le même temps, ils s’associent à Jean-François Thébault un éleveur voisin et à Ronald Cherbonnel un ami de Jean-Marie. En 2006, le Gaec La Cour qui compte 4 associés affiche une production laitière de 1 million de litres, 200 ha de SAU et 5 250 m2 de poulaillers. Les associés ont continué de développer la production laitière qui est aujourd’hui de 2,5 millions de litres avec 250 ha de SAU. La construction de 2 poulaillers de 2 000 m2 chacun en 2014 fait passer l’atelier volaille de chair à 9 250 m2.
Repeupler un site porcin vide
Jean-Marie Chapron s’occupait principalement de 6 400 m2 de poulaillers au sein du Gaec tout en aidant ses associés aux cultures. « Fin 2019, j’ai appris qu’un site d’élevage porcin était à vendre sur la commune de Saint-Judoce. Il n’y avait plus d’animaux depuis un certains temps dans les bâtiments mais tout était bien conçu et il y avait une Faf sur place. Nous visitons le site avec un de mes associés puis on en parle avec nos 2 autres associés. Nous avons fait une proposition et 15 jours plus tard nous l’avons acheté. J’avais besoin d’un nouveau projet et de bouleverser mon quotidien », témoigne Jean-Marie. Dès lors, il se projette sur la création de cet atelier porc. Cela a demandé une réorganisation pour la partie volaille au sein du Gaec. Ronald a pris la gestion du site de 4 000 m2 et Jean-François celle des 2 400 m2 situés sur le site laitier.
« J’avais besoin de bouleverser mon quotidien »
C’est alors un sacré chantier qui démarre avec tout le matériel à remettre en ordre de marche, le site à repeupler et un nouveau métier à apprendre. Le site a été repeuplé en 2020 avec 500 truies pour 420 productives en génétique Topigs. La conduite est en 7 bandes avec sevrage à 28 jours. « À partir de là je savais que j’allais être environ 1 an sans rentrée d’argent : le temps de mettre en place les truies, d’inséminer, d’avoir les premières mises-bas, de sevrer et d’engraisser les premiers charcutiers. Nous avions besoin des partenaires bancaires pour lancer cette nouvelle production et d’avoir aussi une bonne assise financière au niveau du Gaec. » Cinq ans plus tard, l’éleveur affiche de très bonnes performances techniques avec un pourcentage de fertilité qui atteint 95,5 % sur la dernière année, un nombre de sevrés par truie productive et par an de 38,26. Le nombre de nés vivants par portée est de 16,68, le nombre de sevrés par portée de 15,44 soit 7,4 % de pertes sur nés vivants. Ce site repris est aujourd’hui spécialisé en maternité avec en plus 1 000 places d’engraissement, les post-sevrages se répartissent sur 2 sites proches. L’élevage totalise 6 400 places d’engraissement et le restant est engraissé chez des façonneurs. Jean-Marie Chapron a investi sur l’élevage notamment pour réaliser des économies d’énergie. Dernièrement, la Faf a été rénovée et 380 000 € ont été investis sur la partie fabrique (chargement, transfert et automatisation). L’effectif va passer à 750 truies dont 600 productives et la conduite en 10 bandes avec sevrage à 21 jours.
Nicolas Goualan
Un éleveur épanoui
Jean-Marie Chapron s’épanouit pleinement dans son nouveau métier d’éleveur de porcs. « J’ai adoré l’élevage de volailles mais une fois que j’avais la maîtrise de mes bâtiments je n’avais plus vraiment de leviers techniques pour progresser. Nous sommes dépendants de la génétique et de l’aliment qu’on nous livre. En porc, on est libre de choisir sa génétique, on gère la reproduction, nous avons la chance d’assister aux mises-bas et on s’occupe de toute la lignée. Avec la Faf on peut faire évoluer les formules pour coller au plus près des besoins des animaux et maîtriser son coût alimentaire. On a vraiment l’impression de maîtriser notre filière. Nous avons aussi des résultats techniques rapides comme en volaille sur les indices de consommation, les GMQ et le moyen de vérifier le progrès génétique par le nombre de sevrés. »