La Région Bretagne candidate au sans glyphosate : « Irresponsable », s’élève la Chambre d’agriculture

En proposant une sortie des pesticides pour la Bretagne, Loïg Chesnais-Girard a surpris la profession agricole et ravivé les clivages entre tenants et opposants de l’herbicide controversé.

17811.hr - Illustration La Région Bretagne candidate au sans glyphosate : « Irresponsable », s’élève la Chambre d’agriculture
Selon le ministère de l’Agriculture, 5 792 tonnes de glyphosate ont été vendues en France en 2022.

Invoquant la santé publique, le président de Région a déclaré dans un communiqué que la « Bretagne se tient disponible pour mettre en place des expérimentations à une échelle régionale qui pourraient permettre de faire la démonstration sur le terrain que des alternatives (aux pesticides de synthèse) économiquement et agronomiquement soutenables sont possibles ». Cette communication intervient alors que l’Europe doit se prononcer prochainement sur le renouvellement pour 10 ans de l’autorisation du glyphosate. La Région Bretagne a pour sa part réaffirmé « son opposition » à ce projet.

Visiblement la profession agricole n’a pas été concertée avant cette annonce. « J’ai découvert dans la presse », indique André Sergent particulièrement remonté. 

« Ça suffit »

« Ça suffit ! La Bretagne n’est pas un terrain de jeu pour s’amuser », commente le président de la Chambre régionale, jugeant « irresponsable ces propos pour un politique au regard des enjeux de souveraineté alimentaire ». André Sergent se montre d’autant plus surpris de cette annonce que « la Région a commandité une étude sur le sujet. Conduite à la station de Kerguéhennec et parallèlement chez 7 agriculteurs, avec le soutien de la Chambre d’agriculture et Arvalis, cette étude a montré que nous ne pouvons pas nous passer totalement de Roundup ». Et le président régional de conclure : « L’utilisation du glyphosate devra donc se poursuivre sachant que la Bretagne, grâce à son système de polyculture-élevage, n’en est pas une grande utilisatrice. Il convient également de noter que l’utilisation de cet herbicide dans le cadre des TCS participe à réduire l’IFT des exploitations ».

« Des incohérences »

« Il y a des incohérences entre les différentes positions du Conseil régional », observe pour sa part Thierry Coué, président de la FRSEA. « D’un côté, il oblige les agriculteurs à réaliser un bilan carbone pour pouvoir accéder aux aides du second pilier de la Pac et de l’autre il veut supprimer le glyphosate qui est un moyen d’améliorer ce bilan carbone. Le glyphosate évite de réaliser plusieurs déchaumages l’été ; il permet un travail simplifié du sol pour ressemer rapidement. Cela induit des économies de carburant et de temps. C’est aussi positif pour la biodiversité du sol puisqu’il n’y a plus de labour. Si on interdit une solution comme celle-ci, on doit en face pouvoir nous proposer des solutions possibles et peu coûteuses pour la remplacer tout en permettant de décarboner », poursuit-il en réaction à l’annonce du président de la Région.

« On ne peut que se féliciter »

Dans le camp syndical opposé, l’analyse est tout autre. « On ne peut que se féliciter de cette prise de position politique bretonne allant dans le sens de l’arrêt du glyphosate alors que cette décision est sans cesse repoussée à l’échelle européenne », démarre Soazig Le Bot, co-porte-parole de la Confédération paysanne Bretagne. Reste que, derrière l’effet d’annonce, les « modalités » pratiques de cette expérimentation proposée par la Région interrogent l’agricultrice de Guéhenno (56). « Notre syndicat défend depuis des années l’idée de cette sortie. Comment imagine-t-on la mettre en place ? Avec quel argent public ? » Même si l’agriculture biologique est déjà « un laboratoire d’expérimentation en conditions réelles pour faire sans glyphosate », la responsable insiste : « Pour prendre le chemin proposé par la Région, il faudra impérativement un accompagnement des agriculteurs à la fois financier et en termes de formation, ainsi qu’un travail de recherche d’alternatives pour s’assurer à l’arrivée qu’il n’y ait pas de risque de perte de revenu ».

« Une politique de décroissance »

Pour Véronique Le Floc’h, présidente nationale de la Coordination rurale, « il faut aller étape par étape et ne pas proposer une politique écologique de décroissance comme celle annoncée par la Région. Si le glyphosate est abandonné demain, on ne verra pas d’effet sur les analyses d’eau des rivières : l’Ampa (sous-produit de dégradation du glyphosate) a de multiples origines ». L’agricultrice d’Elliant (29) appelle à « apporter plus de soutien à des petits faiseurs qui mettent au point des solutions alternatives, comme l’entreprise Osmobio qu’il faut laisser aller jusqu’au bout de sa démarche d’homologation ». Elle craint qui si le glyphosate est arrêté, « on ne va pas pour autant interdire les importations de produits qui en contiennent ». Au sujet de techniques de culture comme les TCS ou le non-labour, « qui ont encore besoin de faibles doses de glyphosate », Véronique Le Floch estime « qu’on ne peut pas arrêter tout du jour au lendemain ». 

« Trouver des alternatives »

La profession ne reste pas les bras croisés. Nous sommes en effet conscients qu’il faut trouver des alternatives. Le projet Rasta (Recherche d’alternatives et solutions techniques sans glyphosate en agriculture de conservation des sols) conduit par la Chambre d’agriculture de Bretagne et financé par le Conseil régional avait pour objectif la mise en œuvre de solutions susceptibles de remplacer le glyphosate. Des techniques fondées sur des mécanismes agro-écologiques et des nouvelles technologies ont été identifiées et sont aujourd’hui vulgarisées.

André Sergent, président de la Chambre régionale d’agriculture


Un commentaire

  1. Annick Sévère

    Il conviendrait d’éviter les cigles ou alors préciser leur signification, tous les lecteurs ne sont pas des pros… Ex :”Il convient également de noter que l’utilisation de cet herbicide dans le cadre des TCS participe à réduire l’IFT des exploitations ».

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