À la Ferme de la Comète : la prairie pousse sous les épis

À Longuenée en Anjou (Maine-et-Loire), Germain Jehan, éleveur d’Aubrac en système allaitant, sème des prairies temporaires sous couvert de céréales. Une pratique aux multiples avantages appelée à se développer avec la nécessaire adaptation au réchauffement climatique.

16518.hr - Illustration À la Ferme de la Comète : la prairie pousse sous les épis
Semée sous couvert à l’automne 2021, cette prairie temporaire composée d’un mélange de ray-grass, fétuque élevée, trèfle blanc et trèfle hybride profite pleinement au troupeau de vaches allaitantes.

« Il y a deux ans, j’ai coupé très haut, presqu’à l’épi ! La prairie était censée ne pas trop se développer, mais il y avait tellement d’herbe au pied que j’ai enrubanné juste après la moisson. Puis j’ai laissé repousser et mis les bêtes dans la pâture à la fin de l’automne. Il faut que la céréale monte suffisamment vite et haut pour que l’épi ne se retrouve pas dans le vert… Par contre l’an dernier, avec la sécheresse, l’herbe n’a redémarré que fin octobre. J’ai même acheté un peu de foin par précaution. Cela-dit, s’il pleut après la récolte, l’herbe repart vite et les bêtes peuvent pâturer rapidement ». 

16519 hr light
Dans cette parcelle de Triticale semée en octobre, l’herbe est déjà bien présente sous les épis. Le semis de prairie sous couvert de céréales vise à produire un fourrage précoce ou grain selon les besoins du troupeau tout en sécurisant l’implantation de la future pâture.

 Quand on parle à Germain Jehan ‘‘d’implantation de prairies sous couvert de céréales’’, il est incollable. Et pour cause : durant cinq années, il a été responsable technique des essais à la ferme expérimentale de Thorigné d’Anjou où cette technique de double-semis constitue un axe fort de recherche (lire encadré).   

Question d’équilibre

Fin 2020, Germain Jehan s’est installé en vaches allaitantes bio avec le projet de valoriser une partie de ses céréales. Dès le départ, il a pratiqué le double-semis : « J’ai utilisé un mélange comparable à ce qui se fait à la ferme expérimentale (lire Repères). Pour le fourrage (mélange triticale-pois) : le rapport idéal a été établi entre les deux espèces afin qu’aucune ne pénalise l’autre et qu’on obtienne un bon équilibre en valeurs nutritives. Comme j’ai fait le choix d’une récolte en grain, je dois l’emmener jusqu’en juillet pour qu’il atteigne sa maturité… sans verser », ajoute-t-il. 

Tout en traversant une prairie semée l’an dernier où le troupeau pâture paisiblement, Germain a beau chercher, il ne voit que des avantages à cette technique : « D’abord, c’est moins de travail du sol, donc gains de carburant et de temps. De plus, la productivité augmente : je peux ramener à deux mois la période entre récolte de grain et première exploitation de la prairie. Quand on sème après la récolte, il faut bien en compter huit. Enfin, semer une prairie sous-couvert, c’est sécuriser son implantation tout en évitant le développement des adventices ». 

Ajuster la rotation 

D’évidence, Germain profite déjà pleinement de ce savoir-faire acquis à la ferme expérimentale, mais il n’a pas encore trouvé un système de culture idéal pour son exploitation : « L’enjeu est maintenant d’ajuster ma rotation ». 

Depuis le début de l’année, le jeune homme cuit son propre pain à la ferme pour le vendre en circuit court. Il lui a donc fallu intégrer 4 ha de blé dans sa rotation en 2022 . « Avec 30 ha labourables, je suis un peu juste pour pouvoir conserver les prairies temporaires trois ou quatre ans afin de bien les rentabiliser. Dans l’idéal, il me faudrait 10 ha de plus en rotation. Mais pour augmenter ces surfaces, je dois casser des prairies naturelles qui ont l’avantage d’être résistantes et de stocker beaucoup de carbone… ». 

Une équation complexe, mais pas impossible à résoudre selon Germain qui s’est promis d’y parvenir ! 

Pierre-Yves Jouyaux.

Pourquoi faire coïncider les semis ?

La ferme expérimentale de Thorigné d’Anjou s’intéresse depuis plus de 10 ans à l’adaptation des cultures et de l’élevage aux conséquences du réchauffement climatique.

« C’est le cœur de nos travaux, souligne Bertrand Daveau, ingénieur recherche et développement. On est parti de cette difficulté devenue récurrente d’implanter une prairie en fin l’été parce que les sols sont devenus trop durs, trop secs. L’idée est de faire coïncider le semis de prairies et celui des céréales en choisissant une période intermédiaire : vers la mi-octobre. 

Ce sont des prairies temporaires implantées le plus souvent en rotation avec des cultures fourragères. Un système qui permet de semer dans de bonnes conditions et de récupérer plus de biomasse en première année tout en ayant une prairie propre.

Le méteil, lui (fourrage ou grain), se développe plus rapidement que l’herbe. Une fois récolté, l’exploitant peut  s’adapter en fonction de la pluviométrie estivale. Au pire, cela lui donne un bon cycle de production d’herbe en début d’automne au moment où, normalement, il devrait semer sa prairie ».


Fermer l'écran superposé de recherche

Rechercher un article