Cultures

Blé français, un épi-phénomène…

Le sort s’acharne sur le monde agricole français, où les céréaliers viennent de rejoindre le triste sort des éleveurs.

Le blé a été la star involontaire de l’été et le maïs pourrait bien être celle de l’automne. La météo capricieuse de ces derniers mois a jeté son dévolu sur la campagne hexagonale. Après la chute de plus de 20 % % de la récolte de blé (par rapport à la moyenne 2011-2015), qu’en sera-t-il du maïs en manque d’eau ? Le monde agricole se serait bien passé de ce revers de fortune, à savoir des volumes en berne, et des prix qui ne décollent pas.

Un blé mondial très disponible

Avant la moisson, les stocks record de blé encore présents dans les campagnes françaises inquiétaient. Le pari de les garder au chaud en attendant des jours meilleurs était risqué. Il ne s’avère finalement pas payant. Car Euronext reste désespérément bas et cela est, en définitif, logique. Car si le marché à terme est basé à Paris, pour un blé livrable sur les côtes françaises, il est avant tout le reflet de la production européenne. C’est même l’outil d’arbitrage de nombreux opérateurs de l’hémisphère nord, suiveur ou précurseur de celui de Chicago, selon les périodes.

Et cette saison, tout se passe plutôt très bien hors de nos frontières. La Russie engrange des volumes records (70 Mt) affirmant un peu plus son avancée sur l’échiquier céréalier. L’Ukraine qui était attendue en fort recul, récolte finalement des tonnages honorables. La Roumanie et la Bulgarie, qui sortent aussi leur blé via la Mer Noire, sont largement au rendez-vous. Plus près de nous, la Pologne et l’Allemagne s’en sortent bien, après quelques frayeurs. De l’autre côté de l’Atlantique, la moisson américaine 2016 est aussi en forte hausse (63 Mt), les rendements se jouant des sombres perspectives du printemps.

Les USA ayant démarré la campagne 16/17 avec des stocks pléthoriques (le dollar et une piètre qualité ont pénalisé les exportations en 15/16), ils ont 14 Mt de plus à écouler cette saison. Ils vont devoir se jeter dans la bataille commerciale mondiale pour ne pas rater le coche une deuxième fois. La pression sur les prix semble maximale actuellement, puisqu’il existe 10 €/t d’écart entre le premier et le dernier contrat de la campagne sur Euronext et 24 €/t sur Chicago (SRW). Cependant, la concurrence de l’hémisphère sud devrait s’avérer plus féroce en début d’année 2017, avec des blés australiens et argentins bien partis pour être plus disponibles que l’an passé.

Un marché très segmenté

Pour autant, les exportateurs ne sont pas tous sur un pied d’égalité, certains jouant en première ou en deuxième division, selon la qualité (meunière ou non) de leurs blés. Car aux États-Unis comme en Europe, il n’y a pas un, mais des blés tendres. Et c’est là que les choses se compliquent, aussi bien pour les organismes stockeurs que pour les acheteurs. Les écarts de prix entre les différents blés sont, en effet, très mouvants, et liés aux disponibilités de chacun, ce qui entraîne un danger supplémentaire pour les opérateurs. L’arbitrage sur Euronext ne se fait que sur une qualité précise et le risque sur la prime (la différence entre le blé physique dont les utilisateurs ont besoin et le contrat n° 2 sur la bourse parisienne) reste entier.

Aux USA, les trois principales qualités possèdent des contrats à terme spécifiques (voir encadré). Outre-Atlantique, les écarts entre les différents blés ne sont pas forcément révélateurs de leur marché respectif. Au sein de chaque catégorie, les variations peuvent déjà être importantes, à l’image de la forte segmentation qui existe cette saison sur le Hard Red Winter, au taux de protéines particulièrement hétérogène sur cette campagne. Le taux moyen serait en baisse de 1 point par rapport à l’an dernier (déjà moyen) et on note 33 €/t d’écart entre les meilleures et les moins bonnes qualités.

Un travail de tri nécessaire

En France, ce n’est pas tant le taux de protéines qui fait défaut, il est même particulièrement bon avec 92 % des volumes supérieurs à 11,5 % (contre 12 % l’an passé) et 64 % au-dessus de 12,5 %. Par contre, 23 % des blés seulement auraient un poids spécifique supérieur à 76 kg/hl (niveau exigible en meunerie) contre 99 % en 15/16. C’est donc là que le bât blesse et que l’accès à certains marchés export nous sera fermé au profit d’autres fournisseurs. Il va donc falloir faire un gros travail de tri et d’analyse dans les silos, avec un coût qu’il sera difficile de rémunérer vu la concurrence…

Une réelle concurrence fourragère

Comme il est bien connu que le malheur des uns fait le bonheur des autres, nous devrions avoir du blé fourrager en quantité importante. On pourrait imaginer que la bagarre avec le maïs français risque d’être moins virulente que prévu, vu la menace qui pèse aujourd’hui sur la récolte de ce dernier. Cependant, notre marché intérieur ne pourra pas se déconnecter d’une disponibilité en céréales fourragères très importante dans des pays fournisseurs largement avantagés par leurs devises (Ukraine, Argentine, Angleterre, etc.).

Des contrats à terme spécifiques selon la qualité AUX USA
Aux USA, le Hard Red Spring, la Rolls des blés de printemps, affiche un taux de protéines entre 12 et 15 % et représente cette saison 22 % de l’offre américaine et 31 % des exportations du pays. Il est coté à Minneapolis. Le Hard Red Winter (10 à 13,5 % de protéines), le modèle « tout terrain », est le plus disponible et le plus vendu (respectivement 45 % de l’offre et 36 % des exportations). Il est côté à Kansas City. Enfin, le Soft Red Winter, coté à Chicago, ne représente que 16 % de l’offre et 13 % des exportations. Il affiche 8 à 11 % de protéines, et est donc plutôt destiné à l’alimentation animale et à la biscuiterie. Pour autant, ce n’est pas forcément le « low-cost » du marché. Car sa cotation sur le CME* fait office de référence mondiale pour le prix du blé. Il est ainsi le contrat le plus échangé, à la fois par les intervenants du marché physique qui veulent se couvrir, et par les investisseurs.

* Chicago Mercantile Exchange

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