Changement de cap

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Le tri et le calibrage s’effectuent à l’abri, sous le pont. ® Bernard L’Helgouarch
 À l’heure où le plan de sortie de flotte post Brexit alimente nombre de conversations sur les quais bretons, l’Astrid effectue ses premières marées au sein de l’armement La Houle, basé à Saint-Guénolé. Pour une pêche bigoudène qui a vu s’amonceler les nuages ces dernières années, ce chalutier de dernière génération incarne une voie d’avenir.

Mi-février, un nouveau bateau est venu accoster dans le port de Saint-Guénolé. L’Astrid, chalutier de 23 mètres 95 de long, a rejoint la flotte de La Houle. Construit au Danemark en 2020, ce navire a été acquis par l’armement hauturier bigouden qui l’a fait modifier pour aller traquer la langoustine sur le Banc de Porcupine, situé à environ 200 kilomètres au large, au sud-ouest de l’Irlande. « Initialement, nous avions fait le choix de construire un bateau neuf, rappelle Jacques Pichon, directeur de l’armement. Le contrat avait été signé en octobre 2021 avec un chantier danois. Puis est arrivée la guerre en Ukraine. Sachant que le chantier s’approvisionnait en acier à Marioupol, les coûts et les délais ne pouvaient plus être tenus… »
Contraint de revoir ses plans, l’armement a finalement opté pour l’achat et la modification d’un bateau déjà existant. « Il a fallu faire de gros travaux pour installer à bord du froid négatif, changer l’hydraulique, se mettre en conformité avec la réglementation française. Au global, cela a représenté un investissement de l’ordre de 5 millions d’euros ». Dont 1,4 million d’euros apportés par le centre d’affaires CMB du Finistère, et 250 000 euros par Arkéa Capital, au titre de Breizh Armor Capital, fonds créé en 2018 pour contribuer au financement de l’économie maritime bretonne.

Bienvenue à bord

Comme son aîné le Danny Finn, en service depuis la fin 2021, l’Astrid est un bateau des plus performants. À peine pêchées, les langoustines y sont triées, nettoyées et calibrées par les marins qui travaillent à l’abri sous le pont. Disposées avec soin dans des caisses de 3 kg, elles sont ensuite placées dans un tunnel de surgélation à – 40 °C pendant 4 heures, ce qui permet de descendre la température à cœur. Puis les caisses sont assemblées en carton de 9 kg qui sont stockés dans une chambre froide de la cale, en attendant le débarquement au port irlandais de Dingle, plus proche des zones de pêche.
Dans la partie « usine » du navire, tout a été pensé et réfléchi afin de faciliter le travail de l’équipage. Hauteur des tables de tri, ascenseur pour les caisses de langoustines entre les différents niveaux de pont… Un souci du bien-être que l’on retrouve partout sur le navire. Ainsi, une fois franchi le sas qui sépare l’espace de travail de la zone de vie des marins, c’est en chaussons que l’on circule à bord. Boiseries claires, plancher chauffant, réseau Wifi performant… Le niveau de confort se rapproche de celui que l’on pourrait trouver à terre. Moteur tournant, le bruit dans les cabines et la cuisine ne dépasse pas les 50 décibels, soit l’équivalent sonore d’une pluie modérée. Des conditions sans rapport aucun avec celles rencontrées sur les navires plus anciens et qui permettent de fidéliser l’équipage. Sur l’Astrid, ils sont ainsi sept à enchaîner deux marées de deux semaines avant de bénéficier d’une semaine de repos.

Trait pour trait

Le prix de vente étant connu à l’avance pour les différentes tailles de langoustines, l’équipage, qui est payé à la part, peut connaître le chiffre d’affaires généré après chaque trait de chalut. Et pour l’Astrid, les résultats sont au rendez-vous. « Sur un bateau surgélateur moderne de ce type, on a une meilleure valeur ajoutée du produit pêché et une consommation réduite de carburant qui représente moins de 30 % du chiffre d’affaires. Sur les bateaux plus vieux, la part du gazole peut atteindre 50 %, voire plus ! » Sans compter les frais d’entretien qui vont croissant…
Pour accompagner les pêcheurs que le Brexit a privés d’accès aux eaux britanniques, le gouvernement a instauré un plan d’accompagnement individuel (PAI) de sortie de flotte. Sur les 90 bateaux retenus au niveau national, l’on recense 45 navires bretons, dont 26 pour le seul quartier maritime du Guilvinec. Au sein de La Houle, le Buccin, L’Horizon et l’Ar Voaleden ont été inscrits au PAI et devraient être démantelés à Brest ou Lorient. « Entre la diminution des pertes liées aux anciens bateaux et la progression attendue des résultats avec nos navires récents, cela ouvre de nouvelles perspectives », commente Jacques Pichon. Comme une éclaircie à l’horizon.

Jean-Yves Nicolas

« Tourné vers l’avenir »

L’armement La Houle est l’un des fleurons de la pêche en pays bigouden. L’Astrid est leur deuxième bateau conçu et armé spécifiquement pour la langoustine. Il est équipé d’une technologie de surgélation peu commune sur des navires de cette taille. Ce bateau récent qui permet un vrai confort de travail pour l’ensemble de l’équipage constitue aussi un signe de progrès et d’avenir, dans le contexte actuel du plan de sortie de flotte. Françoise Ansquer, responsable Filière maritime pour le Finistère, CMB.


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