Découvertes

La vallée des glaces

Éleveurs laitiers, René et Delphine Conq ont choisi, il y a bientôt 15 ans, de transformer eux-mêmes une partie de leur production en glaces. Une stratégie payante pour ce couple d’agriculteurs qui pratique une agriculture raisonnée sur une exploitation d’une centaine d’hectares, dans le Sud-Finistère.

Niché dans une vallée verdoyante, aux confins du Finistère et du Morbihan, Lopers est un petit village de la commune rurale de Querrien. Au croisement, jouxtant le panneau de signalétique routière indiquant la direction du hameau, une simple pancarte de bois précise « Glaces, vente à la ferme ». L’adresse vaut le détour et est bien connue des amateurs. La preuve : quand le mercure s’élève, la fréquentation du magasin ouvert sur l’exploitation familiale s’envole !

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Équipée d’un robot de traite, l’exploitation comprend un îlot d’environ 80 hectares (pour une surface totale d’une centaine d’hectares) situé autour des bâtiments.

Originaires du Nord-Finistère, René et Delphine Conq sont arrivés ici en 1996. « Je me suis installé cette année-là, en reprenant une exploitation après un tiers », rappelle René. Pour ce fils d’éleveurs laitiers, le métier a toujours eu la force de l’évidence, « je suis né agriculteur ! » Non originaire du milieu agricole, Delphine, elle, commence sa carrière professionnelle en tant que secrétaire comptable avant de rejoindre son époux. Les années passant, ils cherchent à agrandir leur ferme. Mais le dossier n’aboutit pas. Et c’est à travers une diversification que leur projet d’évolution va finalement se concrétiser. Delphine, qui a toujours aimé préparer des gâteaux pour ses quatre enfants, s’installe fin 2008 comme productrice de glaces à la ferme, transformant une partie du lait de l’exploitation. Clin d’œil du destin, le Gaec familial créé dix ans auparavant porte le nom de Stang reo, d’après la dénomination du lieu-dit. Soit « la vallée de la gelée » en breton…

Les secrets d’un glacier italien

Pour se lancer dans cette nouvelle aventure, le duo d’agriculteurs investit quelque 100 000 euros : aménagement d’un atelier de fabrication et d’un local de vente aux normes, achat d’équipements spécifiques comme la turbine à glaces professionnelle… Delphine, de son côté, se forme, puis crée et teste ses propres recettes. « Au salon du Chocolat, à Paris, se souvient-elle, nous avons eu la chance de rencontrer un glacier italien qui allait partir en retraite et qui a accepté de partager un peu de ses secrets ». Mais il a fallu adapter le savoir-faire du gelateria. « Travailler avec du lait frais, ce n’est pas la même chose… »

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La turbine à glace me permet de pasteuriser le lait puis d’ajouter le parfum souhaité aux œufs et au sucre avant de refroidir le tout à -12 degrés.

Vendues sur la ferme de Lopers, les glaces « La Fermière » sont également proposées dans une vingtaine de points de vente – supérettes, restaurants, magasins de producteurs… – répartis sur le Morbihan et le Finistère. « Pour constituer ce réseau, nous avons beaucoup démarché au début, souligne Delphine. Aujourd’hui, nous avons arrêté, ce sont les gens qui viennent à nous pour diffuser nos produits ». Autre canal de commercialisation exploré par les deux Finistériens : les marchés et les fêtes en saison. « Pour les manifestations, je peux m’adapter aux thématiques et réaliser, par exemple, des glaces au cidre ! » La gamme comprend une quarantaine de parfums variés. « À chaque fois que c’est possible, je privilégie le local. Ainsi, je prépare moi-même mon caramel, et les mûres sont ramassées sur les talus des environs… »

Une meilleure valorisation

Au fil des années, gâteaux glacés, entremets, palets bretons, pâtes de fruits et autres guimauves sont venus compléter l’offre de glaces et sorbets. Chez « La Fermière », il y en a pour tous les goûts et toutes les saisons. Conséquence : seuls les mois de février et de mars sont un peu plus creux au niveau de ventes. Mais pas question de chômer, Delphine en profite alors pour prendre de l’avance sur ses différentes tâches. « On est loin des 35 heures, c’est un vrai temps plein agricole, week-ends compris ! De mai à fin septembre, je suis partie tous les week-ends avec mon congélateur pour les animations », reconnaît celle qui n’a pas pris de vacances depuis plus de trois ans.

Reste que les efforts payent. Chaque année, le chiffre d’affaires progresse de 5 à 10 %. Un rythme de croissance qui ne s’est même pas ralenti pendant la crise du Covid. En effet, « la baisse enregistrée auprès des restaurateurs a été compensée par la hausse de la clientèle des particuliers sur la même période ». Quant à l’objectif de départ, à savoir mieux valoriser la production de lait, il a été plus qu’atteint. « En transformant 1 % du lait produit ici, résume René Conq, nous réalisons 25 % du chiffre d’affaires du Gaec et 50 % du résultat ». De la corne au cornet, la cohérence de la démarche a visiblement séduit les consommateurs !

Jean-Yves Nicolas

Pari réussi Ce projet nécessitait à la fois des compétences techniques et des aptitudes commerciales. Delphine et René Conq l’ont mené à bien en toute indépendance et ils ont su également faire preuve d’originalité et de créativité pour générer de la valeur ajoutée. Les connaissant bien, j’ai vite été convaincu de leur capacité à aborder cette diversification. Nous avons bâti un plan de financement adapté pour les accompagner au mieux dans le lancement de leur nouvelle activité. Et, aujourd’hui, les résultats sont là. C’est un pari réussi !ValéFranck Le Duigou, responsable de clientèle agricole au CMB, pôle d’expertise de Quimperlé

En savoir plus
www.glaces-lafermiere.fr

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