Livre comme l’air

 - Illustration Livre comme l’air
Ogre de lecture, Jean-François Jambou dévore chaque année entre 70 et 80 ouvrages.
La lecture est son oxygène, un élément indispensable à son équilibre. Une vraie passion que Jean-François Jambou aime à faire partager, photos et commentaires à l’appui, via son blog sur Instagram. Rencontre avec un éleveur laitier très à la page.

Son compte Instagram est à son image. Authentique, généreux et passionné. Ici, pas de photos de vacances dans des lieux au luxe ostentatoire. Pas de place non plus pour ces tranches de vie aussi factices qu’égocentriques qui foisonnent sur les réseaux sociaux. La priorité est clairement donnée aux livres et la seule mise en scène que Jean-François Jambou s’autorise est celle des ouvrages qu’il présente. La couleur vieux rose de la couverture d’Alto Braco l’inspire ? Le roman trouve place, presque « naturellement », au cœur d’une touffe de bruyère de la même teinte. Parfois, c’est le titre qui donne la tonalité. Ainsi, Une journée d’automne se dévoile sur un tapis de feuilles rougeoyantes aux reflets mordorés, tandis qu’un jeune veau lové dans un cocon de paille illustre Une bête au paradis.

Passionné, Jean-François Jambou peut vous parler avec la même fougue de Philippe Roth, de Jean-Luc Coatalem ou… de Brigitte, la star Pie Rouge de son troupeau, primée en début d’année lors du concours Evolution des meilleures vaches laitières.

Ces clichés conceptualisés, malicieux, où les livres sont mis en valeur avec souvent la nature pour écrin, accompagnent ce que notre homme appelle modestement ses « retours de lecture ». Quelques extraits de l’ouvrage et un court texte de sa main évoquant les personnages, les lieux, le style de l’auteur. Des mots choisis avec soin mais sans afféterie. Ceux d’un fou de lecture qui, depuis l’été 2018, partage sur les réseaux ses coups de cœur avec d’autres amoureux de la littérature. Flirtant désormais avec les 1 000 abonnés, Jean-
François n’entend pas pour autant se lancer dans une course au clic. « Je ne parle que des livres que j’aime. Dire du mal d’un bouquin ne m’intéresse pas. J’ai justement choisi Instagram parce que l’esprit semble plus bienveillant que sur Facebook ou Twitter. Aujourd’hui, à travers ce blog, j’ai de plus en plus d’échanges avec d’autres lecteurs. Et c’est cela que je recherche ».

Autodidacte

Aussi loin qu’il remonte, son rapport à la lecture a toujours été passionné. « Étant gamin, il n’y avait pas beaucoup de livres à la maison. Alors, j’en demandais pour les fêtes de Noël ! ». Lui qui a dévoré les romans de Jules Verne et de Jack London se souvient avoir fréquenté avec assiduité les bibliothèques durant sa scolarité. Peu porté vers les classiques, la littérature contemporaine l’attire. « J’ai lu Sur la route de Jack Kerouac au moins trois ou quatre fois. Et c’est Patrick Modiano qui m’a vraiment amené à la littérature. Je me reconnaissais en lui, dans l’atmosphère de ses livres ».

Le matériel : un livre corné aux pages les plus intéressantes, quelques notes de lecture à laisser mûrir, sans oublier le Smartphone pour prendre la photo de l’ouvrage et publier le « retour de lecture ».

Durant quelques années, après son installation comme producteur laitier à Langonnet (56) — « mon autre passion, je suis vraiment éleveur dans l’âme » —, Jean-François s’éloigne un peu de la lecture. Mais c’est pour mieux renouer avec sa passion, à l’aube des années 2000, une fois son exploitation lancée. Celui qui se définit comme un « autodidacte de la littérature » engloutit, chaque année, une moyenne de 70 à 80 romans. « Je n’ai besoin que de 6 heures de sommeil, alors je bouquine tous les soirs 1,5 ou 2 heures avant de m’endormir ». Des ouvrages qu’il choisit en fonction de ses envies, de son humeur du moment. « J’ai toujours une quinzaine de livres d’avance. J’en emprunte à la médiathèque de Gourin, j’en achète également d’occasion ou dans des éditions de poche ». Abonné au magazine Lire, adepte des podcasts radio, le Morbihannais est toujours très au fait de la production éditoriale et des nouveautés.

Attentif aux mots

Sans jamais se prendre pour un critique littéraire mais avec une vraie envie d’échanger, de discuter et d’argumenter, Jean-François candidate en 2005 pour intégrer le jury du livre Inter. Sa lettre où il explique son amour des livres retient l’attention. L’agriculteur breton se retrouve alors à Paris, aux côtés d’une vingtaine d’autres auditeurs de la radio publique, sous la présidence de l’écrivain Olivier Rolin, pour décerner ce prix respecté et convoité. Une belle expérience qui va en appeler d’autres. « Être juré du livre Inter constitue un amplificateur. Depuis, j’ai dû participer à 7 ou 8 prix littéraires : France Télévisions, Livre et Mer à Concarneau, etc. ».

Au-delà de la respiration, de l’ouverture d’esprit que lui procure la lecture, Jean-François estime qu’elle l’aide également à mieux comprendre les autres au quotidien. « Être attentif aux mots, c’est être attentif aux gens. J’ai appris à mieux décrypter, à mieux percevoir le ressenti de mes interlocuteurs à travers les mots qu’ils utilisent », reconnaît celui qui fut longtemps administrateur chez Triskalia et préside aujourd’hui le conseil d’administration de la Caisse du CMB de Gourin.
Toujours aussi curieux de découvrir de nouveaux auteurs au fil des ans, le quinquagénaire se tourne désormais de plus en plus vers la littérature américaine. « Je trouve qu’il s’en dégage une puissance, une force, un souffle ». La lecture des classiques peut bien attendre !

Jean-Yves Nicolas


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