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Déficit important de pluie en Bretagne : Il fait sec, il fait soif

L’année climatique 2021-2022 ressemble comme deux gouttes d’eau à 1988-1989. On compte en effet les gouttes tellement elles sont rares depuis août dernier. Sur la région de Pontivy, on enregistre un déficit de précipitation de 40 %.

« Actuellement, la Bretagne commence à être une des régions les plus sèches de France. C’est un vrai motif d’inquiétude », résume Stéven Tual, météorologue-prévisionniste à Météo Bretagne, société installée à Cesson-Sévigné (35). « On est dans une configuration un peu similaire à 1989 marquée par une sécheresse dont
les agriculteurs s’en rappellent. Entre 1988 et 1989, Dinard avait enregistré un déficit pluviométrique pendant 24 mois consécutifs. Entre juin et juillet, il n’avait plu que 4 mm. Cette année, cette même station cumule 13 mois déficitaires sur 16 ».

Haute pression et vent d’est

Cette année, la rareté des pluies est sous la houlette d’anticyclones, alternativement installés depuis plusieurs semaines – plusieurs mois – sur les Îles britanniques et les Açores. Des hautes pressions qui font barrage aux vents d’ouest porteurs de précieux nuages chargés en eau. En corollaire, un vent de nord-est au fort pouvoir desséchant aggrave la situation. « Non seulement les précipitations ont été peu importantes cet automne, mais en plus il n’y a eu que 4 jours de pluie efficace (10 mm) depuis le 1er janvier. Si les précipitations ne viennent pas en mai-juin, des temps difficiles s’annoncent pour l’agriculture », résume le prévisionniste breton qui ne prévoit cependant pas de pluie avant la mi-mai.

La Bretagne intérieure est particulièrement touchée cette année. « Par exemple, le déficit pluviométrique mesuré depuis août s’élève à 40 % sur Pontivy. 2020 et 2021, qui avaient aussi connu un printemps relativement sec, avaient pu davantage compter sur d’importantes réserves constituées par les précipitations conséquentes de l’automne-hiver », poursuit Stéven Tual. Rien de comparable pour l’année en cours puisque de mois en mois les déficits se cumulent : « Depuis août, il manque par exemple 360 mm sur Quimper (- 29 %) et 190 mm sur Rennes (- 27 %) ». Conséquence de ces déficits, « la réserve utile des sols s’amenuise et devrait être prochainement épuisée, particulièrement dans les terres légères. Les plantes seront donc en stress hydrique, dernier stade avant ce que l’on qualifie de sécheresse ». Sur la côte nord, l’effet Manche a permis d’atténuer l’insuffisance pluviométrique calculée par rapport à la normale 1981-2010 : – 15 % pour Brest ; – 14 % sur Perros-Guirec ; – 15 % sur Saint-Brieuc. Le Sud-Bretagne se situe dans une fourchette intermédiaire entre le Nord et Centre-Bretagne : -27 % à Lorient et – 25 % à Vannes. À noter le record de déficit de 54 % sur Belle-Île sur les 9
derniers mois.

En lien avec le réchauffement climatique

« L’assèchement rapide des sols en surface au printemps devient une constante depuis quelques années. Les trois dernières années le montrent particulièrement. C’est en lien avec le réchauffement climatique », explique le météorologue qui cite « l’indice d’humidité des sols agrégé, publié par Météo France, qui montre une humidité de plus en plus faible et précoce des sols à cette saison ». Stéven Tual explique que « dans les années à venir, la nouvelle répartition des pluies devrait aboutir à une alternance de ‘saisons intermédiaires’ très sèches et très pluvieuses ». Un peu comme on le voit depuis une dizaine d’années avec des printemps secs et des pluies d’automne abondantes et précoces qui obligent les éleveurs à rentrer leurs animaux dès la mi-octobre. L’automne 2021 a été un peu une exception.

Température en hausse

Côté température, « les valeurs enregistrées en début d’année 2022 sont régulièrement au-dessus de la norme, avec notamment des après-midi doux, sauf sur la côte nord », note encore le spécialiste de Météo Bretagne qui cite : + 2,5 °C en février sur Rennes, + 2,2 °C en mars et + 2,1 °C en avril (Respectivement + 1,8 °C, + 2,1 °C et + 2,5 °C sur Quimper). « Avec en parallèle plusieurs jours de printemps avec des températures basses le matin qui ont affecté les fruitiers », souligne Stéven Tual. 

Risques limités pour le maïs
La poussière derrière les tracteurs témoigne du faible degré d’hygrométrie des terres travaillées. « En général, il y a encore assez d’humidité sous-jacente dans le sol pour que le maïs germe. En fait, les besoins en eau du maïs sont relativement réduits jusqu’au stade 10 feuilles », indique Éric Masson, ingénieur Arvalis-Institut du végétal, qui rappelle les besoins importants en eau au stade floraison. En céréales, le manque d’eau commence à se faire sentir dans les terres superficielles. Les apports tardifs d’azote peuvent amplifier le phénomène de végétation « pâlotte » faute d’avoir reçu assez d’eau après épandage : « Une pluie de 10-15 mm est nécessaire pour rendre l’engrais disponible aux plantes ».

Premiers décrochages en herbe 

La pousse de l’herbe n’a pas été en dessous des moyennes depuis le début de la saison. Jusqu’au 2 mai, on était encore, avec des variabilités selon les secteurs, à des pousses journalières de 50-60 kg MS/ha. Mais on voit que ça commence à décrocher dans certaines exploitations. Nous sommes un peu sur le même profil météorologique que 2021 avec des pluies insuffisantes et un vent d’est desséchant qui freinent la repousse. Par contre, ce temps sec a facilité le pâturage : les sols ont été rapidement portants, la qualité de l’herbe est bonne et favorable à la production de lait. La situation est inquiétante, mais ce n’est pas la panique. Les stocks importants réalisés en 2021 et non consommés à cette date apportent une sérénité relative aux éleveurs… en attendant la pluie. Françoise Guillois, Conseillère Chambre d’agriculture

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