Côtes d'ArmorEconomie, marchés et gestion

« Une transmission est une histoire d’échanges et de compromis »

Émilie Doussal et Romain Guégan témoignent pour le Mois de l’installation-transmission. À l’adresse des porteurs de projets et des cédants, ils plaident pour des reprises de fermes en l’état pour limiter le poids de l’investissement.

« Aujourd’hui, de très nombreux éleveurs arrivent à la retraite avec des exploitations transmissibles en l’état. Ces structures sont prêtes, souvent performantes, fonctionnelles et aux normes. Il suffit de les reprendre et de les valoriser », démarrent Émilie Doussal et Romain Guégan, éleveurs laitiers à Louargat (22). « De notre point de vue, à l’installation, il n’est pas forcément nécessaire de produire les 300 000 L de lait proposés par la laiterie. Sinon vous êtes parfois obligé d’investir bien davantage, synonyme de pression financière pour des années, pour adapter vos moyens de production. » Un message clair et pragmatique que le couple a envie de partager avec les visiteurs à l’occasion de la porte ouverte organisée par le Cédapa sur leur ferme, mardi 16 novembre, dans le cadre du Mois de l’installation-transmission. À cette occasion, ils détailleront leur parcours et présenteront les résultats technico-économiques de leur stratégie herbagère.

Embaucher le cédant comme salarié

Au départ, ils voulaient s’installer ensemble après avoir trouvé un élevage qui leur plaisait. Dans leur tête, ils avaient défini un cahier des charges précis : un parcellaire groupé présentant peu de contraintes pour extensifier ou intensifier dans un secteur pédoclimatique favorable à la pousse de l’herbe, un bâtiment sans gros travaux à effectuer… Ils ont fini par trouver la bonne adresse à Louargat : 84 ha de SAU et un troupeau de 80 Normandes. « Les cédants, Anne-Marie et André Brochen, avaient vraiment la volonté de transmettre à des gens qui allaient produire du lait. De notre côté, nous avions vraiment envie de reprendre cette ferme… » Mais une transmission est aussi et surtout une histoire d’échanges, de respect, d’efforts de chacun, de compromis, insiste Émilie. Une des conditions était qu’André puisse effectuer deux ans comme salarié pour valider ses derniers trimestres avant de faire valoir ses droits à la retraite. « Cela faisait partie du deal », sourient les Costarmoricains. Dans un premier temps, Romain s’est donc installé seul en octobre 2018 comme gérant de l’EARL en employant André. 
Ce-dernier, retraité désormais, a aujourd’hui laissé la place à Émilie, entrée à son tour comme salariée début 2021. « Avant que je démissionne de mon ancien emploi, cette période nous a permis de voir que la ferme pouvait faire vivre deux personnes sur 480 000 L de lait livrés », explique la jeune femme.
Les repreneurs tiennent à souligner comment leurs cédants ont joué le jeu en leur faisant confiance dès le départ. « Tout de suite, j’ai pu implanter des prairies avec l’objectif de mettre en place un système low-cost, c’est-à-dire s’appuyant au maximum sur la valorisation de l’herbe », explique Romain.

Nouvelle organisation, nouveaux objectifs

Création et rénovation de chemins, mise en place d’un boviduc, découpage du parcellaire en paddocks et installation de nouvelles clôtures, développement du réseau d’eau pour desservir toutes les parcelles, abandon du robot de traite pour remettre en route une installation traditionnelle (« Une chance, la fosse et le parc d’attente avaient été conservés »), diminution de la part de maïs (de 28 à 18 ha) et de céréales (de 20 à 13 ha) dans l’assolement au profit des prairies (de 36 à 53 ha)… « Notre objectif était de fermer le silo de maïs dès la première année de reprise. On a pu le faire de mi-avril à mi-août. Pour nous, c’est le moment où l’atelier laitier est le plus efficace économiquement. Cette année, nous avons pu tourner sans maïs jusqu’à mi-octobre. »

Porte ouverte : Mardi 16 novembre, dès 13 h 45 à Coatillou à Louargat (
fléchage depuis le bourg). Gratuit, sans inscription. Contact : 02 96 74 75 50

50 € / 1000 L de coût alimentaire
« Nous ne voulions pas baser notre projet sur l’augmentation du volume de lait produit. Face aux montants d’annuité de la reprise, nous travaillons donc sur la baisse des charges », explique Romain Guégan. « Pour nous, le système pâturant est le plus résilient. Ainsi la flambée actuelle du prix des intrants – aliments, phytosanitaires, engrais, carburant… – nous conforte dans le choix d’un tel système économe », poursuit Émilie Doussal. Aujourd’hui, le coût alimentaire est de 50 € / 1 000 L pour une marge brute de 331 € / 1 000 L. « Ce sera difficile de gratter davantage sur les charges alimentaires. Malheureusement, les autres charges incompressibles augmentent : énergie, assurance… », notent les éleveurs qui regrettent que le lait soit encore mal rémunéré. « Bio, non-OGM… À l’avenir, nous aimerions rapporter de la valeur ajoutée. Mais actuellement, il n’y a aucune opportunité pour entrer dans un cahier des charges permettant de valoriser nos pratiques très herbagères. »
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