Economie, marchés et gestion

Compenser les surcoûts et rémunérer les biens publics

Avec de meilleurs revenus malgré un coût de revient supérieur, les producteurs de lait bio se portent mieux que leurs homologues conventionnels. Les aides Pac y contribuent. Au-delà de la compensation des surcoûts, on peut y voir le paiement par la société de « biens publics ».

Malgré un volume de lait inférieur de 38 % à celui de leurs homologues conventionnelles, les exploitations laitières bio dégagent en 2020 un résultat courant par éleveur plus élevé de 31 %. Quelle est leur recette ?

Meilleurs sur l’alimentation

Les systèmes bio sont indéniablement plus économes sur le poste alimentation du troupeau (65 € pour 1 000 litres de lait contre 104 €) grâce à des systèmes basés sur le pâturage. Le poste ‘conduite de l’atelier’ (frais vétérinaires, reproduction, paille…) est équivalent au groupe conventionnel. À l’inverse, les 6 autres postes du coût de revient (mécanisation, bâtiments-équipements, foncier, capital, travail, frais divers) sont plus élevés de 67 %, car dilués sur moins de litrages. Comme en production conventionnelle, les charges engagées sont en partie couvertes par le produit viande et les aides Pac. Ces dernières s’élèvent à 114 €/1000 litres en bio contre 46 € en conventionnel.

Du lait et des « biens publics »

Les systèmes herbagers, historiquement moins bien pourvus en aides Pac que les systèmes « maïs », ont bénéficié depuis 2015 du mécanisme de convergence des aides. Les valeurs DPB des premiers ont augmenté tandis que celles des seconds ont baissé. En parallèle, les aides au maintien bio (MAB) ou les MAEC systèmes herbagers (MAEC SPE) ont apporté un soutien complémentaire important.

Malgré ce niveau d’aide, et la plus-value sur le prix du lait (130 €/1000 L), il manque encore 15 à 20 € pour atteindre totalement les objectifs de rémunération du travail, du capital et du foncier(1). Mais la situation est bien meilleure qu’en lait conventionnel où le différentiel s’élève à plus de 40 € pour 1 000 litres. Le niveau des aides à la bio peut paraître élevé. Sauf si l’on considère qu’au-delà du lait, les éleveurs produisent des « biens publics » : biodiversité, qualité de l’eau, de l’air, des sols. Les bio plus encore que les autres. Ces biens aussi ont un prix. Tant que celui-ci ne sera pas intégré par le marché, il devra l’être sous forme de soutiens directs aux producteurs.

Anne Bras / Cerfrance Bretagne

(1) Rémunérations des capitaux propres à 1,5 %, du foncier en propriété à 150 €/ha, du travail exploitant à 2 smic annuels nets.

 

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