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Belle-Île veut transformer son lait

Développement des territoires

2,2 millions de litres de lait produits chaque année sur Belle-Île sont transformés à Pontivy. Une situation difficile sur le plan économique.

Tous les deux jours, le lait des neuf élevages belle-îlois est transféré vers le continent, à la charge des éleveurs et de la collectivité. 90 % de la production, car une partie est transformée et vendue en direct, sur l’île. Une opération qui tient plus d’une politique sociale qu’économique. Trois éleveurs ont décidé d’inverser cette tendance.

Modèle coopératif

Lors de la dernière crise laitière, ils ont envisagé de créer un ou des outils de transformation sur place. Ces éleveurs, qui ont des enfants déjà installés ou prêts à reprendre, veulent assurer un avenir à la filière laitière locale et séduire les autres producteurs.
« Nous avons effectué, en 2016, des visites chez des éleveurs morbihannais qui transforment leur lait. Nous avons, en parallèle, réalisé des essais de fabrication de fromages chez l’un d’entre nous », indique Patrick Canevet, qui témoignait lors d’un forum sur l’agriculture et l’alimentation, au mois d’octobre, à Belle-île. « Il nous a semblé compliqué de produire, de transformer et de vendre en direct. Ce sont des métiers différents ». Au même moment, un investisseur privé leur propose de transformer leur lait sur l’île. « Nous avons refusé son offre, nous voulions garder la main ». Contactée, la Région accepte alors de financer une étude de faisabilité technique et économique pour la création d’une laiterie, sur le mode coopératif. Avec l’objectif de transformer 2 millions de litres et d’écouler tous les produits sur place. La consommation annuelle des 5 000 habitants et des 50 000 estivants correspond peu ou prou à ce volume.

Financement à boucler

Le projet coûterait 1,2 million d’euros, financé pour partie par les éleveurs, à hauteur de 20 000 à 30 000 euros chacun. Si les trois producteurs à l’initiative de la démarche s’engagent, les autres n’auront d’autre choix que de suivre, parie Jimmy Pahun, député du Morbihan. « Le camion de lait circulera encore pendant une période de transition, mais après, les deux systèmes ne pourront cohabiter ». Il estime qu’une partie importante du financement peut provenir du Plan de relance gouvernemental, au titre des structurations de filière ou du Projet alimentaire territorial. Une subvention de la Région (voir par ailleurs) semble acquise, à hauteur de 200 000 €. Les éleveurs imaginent un financement participatif (engagement de particuliers) de 50 000 à 100 000 € et un emprunt bancaire qui ne doit pas excéder 400 000 € pour assurer une rentabilité avec un lait payé aux producteurs d’au moins à 400 €/1 000 litres. « Pas en dessous », insiste Patrick Canevet, « ici, tout coûte plus cher ».

Cahier des charges

À ce stade, les éleveurs n’envisagent pas de produire du lait bio. « Nous sommes déjà très extensifs, en moyenne à 0,75 UGB/ha ». Sur les 1 250 hectares travaillés par les éleveurs laitiers, 280 sont emblavés en maïs pour sécuriser l’alimentation en période estivale, souvent très sèche, et hivernale. Le cahier des charges prévoit une période de pâturage de 200 jours, une alimentation sans OGM. « Nous répondons déjà à ces exigences. Nous réalisons des essais de soja, de pois, de luzerne pour l’autonomie protéique. Nous livrons un lait de qualité. Nous protégeons notre environnement, nous entretenons le paysage de Belle-île depuis des décennies ». Les producteurs aimeraient un retour ; une aide conséquente pour pérenniser leurs entreprises. Les partenaires (Centre permanent d’initiatives pour l’environnement de Belle-île, Chambre d’agriculture) poussent pour la réalisation du projet.

Un problème subsiste : le terrain pour construire. Chez un privé ou sur une parcelle communale ? Les problèmes juridiques devront être levés. « Il faut trouver le site avant la fin novembre pour pouvoir émarger au Plan de relance », prévient le député. Pour une mise en service de la laiterie en 2022 ? Beaucoup d’éleveurs, d’élus, de Belle-îlois l’espèrent.

Un projet qui a du sens

La collecte actuelle a un coût que la communauté supporte. Le projet de création d’une laiterie sur l’île est valorisant pour le territoire, contribue à préserver l’environnement et favorise l’emploi local agricole et agroalimentaire. Dans toutes les îles (Dom), la consommation est supérieure à la production. C’est le cas aussi à Belle-île. Le risque marché n’existe pas. L’opération marketing est sûre ; des produits estampillés « Produits à Belle-île » trouveront facilement preneur dans les différents points de vente de l’île. Pour ces raisons, la Région subventionnera le projet à hauteur de 200 000 euros.Olivier Allain, vice-président de Région

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