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En attendant le retour de la pousse de l’herbe

Les Rendez-vous de l'herbe

Les fortes températures d’août ont entraîné l’arrêt de la pousse de l’herbe. Aussi, Yves Coadou et Thomas Quelever distribuent-ils de l’enrubannage à leurs 65 Jersiaises, pour ralentir le rythme de pâturage.

À Plonévez-du-Faou (29), à peine la traite terminée, les 65 vaches jersiaises attendent avec impatience d’aller pâturer les vertes prairies. Il faut dire que plus de 70 mm de pluie sont tombés depuis le 15 août, permettant d’envisager sereinement la fin d’été, et même de poursuivre la constitution d’enrubannés sur un îlot de 15 ha (les stocks de fourrages hivernaux représentent aujourd’hui 1,6 t MS/ VL). « Pendant la semaine du 10 au 15 août, où les températures ont allègrement dépassé les 30 °C, entraînant l’arrêt de la pousse d’herbe, nous avions 20 jours d’avance ! » Conséquence : par précaution, les éleveurs distribuent en ce moment de l’enrubanné, à raison de 3 kg MS/ VL, afin de ralentir le rythme de pâturage et permettre de revenir dans le périmètre de base. « On arrêtera de leur en distribuer d’ici 15 jours, la pousse sera suffisante et la production de lait devrait remonter. » Les vaches produisent 12 L /jour avec un TB à 54 et un TP à 37.

Prix le plus élevé de l’année

Les choix techniques des éleveurs portent leurs fruits : « Le prix de base du lait est en ce moment le plus élevé de l’année, 524 €/ 1000 L. En moyenne l’année dernière, nous étions à près de 600 € / 1000 L » Le coût alimentaire est de 40 €/ 1000 L.

Si leurs conditions de travail (6 semaines de vacances / an/ associé) satisfont les éleveurs du Gaec, Yves Coadou n’oublie pas d’avoir un regard critique sur la filière régionale de lait biologique, en demandant une amélioration de la rémunération des producteurs. Plusieurs raisons le condusient à formuler ces revendications : l’enjeu pressant du renouvellement des générations et un marché porteur. Pour Yves Coadou, les départs en retraite des producteurs laitiers devraient amorcer une réflexion sur l’incitation à mieux valoriser le lait bio produit en système herbager pâturant : « Un jeune qui s’installe avec un renouvellement important des pâtures et qui le fait par entreprise, ça lui coûte 500  € / ha, soit près d’un revenu annuel pour l’agriculteur. Et il lui faudra au moins 5 ans pour que le système herbager tourne correctement. C’est au démarrage de l’activité que la rémunération doit être au rendez-vous ! ».

Par ailleurs, la demande de lait bio ne cesse d’augmenter et les volumes produits sont désormais conséquents. De ce fait, l’éleveur s’insurge de la limitation des volumes au printemps : « C’est anti-économique, quand on connaît les difficultés généralisées à produire du lait l’été ». Présentés comme un handicap, les volumes supplémentaires de lait printanier doivent pourtant trouver une plus grande valorisation pour bénéficier directement aux producteurs, comme la production massive de fromage de garde : « Pourquoi pas fabriquer de l’emmental de printemps bio ?».

Bien faire vieillir ses prairies

Le projet PERPeT (2016-2020) a pour objectif de mieux comprendre les facteurs de pérennité des prairies temporaires d’association graminées-légumineuses. Cet observatoire, sur 80 parcelles, a été coordonné par le Réseau Civam. En voici 10 enseignements :
– Bien faire vieillir ses prairies c’est possible, avec une moyenne de 7 t MS/ha/an et 5 cycles de pâturages/an.
– La protéine est dans le pré avec 145 g MAT/kg MS. +10 % de légumineuses implique +12 % de MAT/kg MS.
– Jusqu’à 9 ans au moins, une prairie produit toujours la même quantité de protéine. 50 % du rendement annuel se fait au printemps. À l’automne, les vaches peuvent récupérer plus d’1 t MS/ha d’herbe de qualité.
L’évolution d’une prairie est complexe mais on peut identifier les principaux déterminants.
– Les prairies sont pour la plupart robustes mais avec quelques vigilances sur les pratiques (pression de pâturage, temps de retour, portance).
– Le fond de prairie se diversifie au bout de 3-4 ans avec une multiplication par 2 des espèces observées.
– Choisir un mélange adapté est essentiel à la bonne exploitation de la prairie (ex. la fétuque élevée à feuille souple permet une exploitation en condition séchante, et, grâce à ses rhizomes, elle limite le développement d’espèces diverses telles que le pâturin, l’agrostis, les stolonifères…).
– Changer ses critères de retournement et accepter une évolution de la flore vers une diversification.
– Trouver une fonction à chaque prairie dans son système fourrager et faire évoluer ses pratiques en fonction de l’évolution de la prairie et de ses attentes.
Pour aller plus loin, RDV sur https://www.civam.org/experimenter-sur-les-fermes/prolonger-la-productivite-des-prairies/

Zone intermédiaire

J’ai fait pâturer jusqu’au 15 août avec 5 kg de maïs et 5 kg d’enrubannage pour rester 4 jours par paddock. Avec la chaleur qui a ralenti la pousse, je suis passé à 8 kg d’enrubannage. Depuis le 17 août, les laitières sont sur une parcelle parking. Il est tombé 70 mm depuis le 16 août, ce qui laisse espérer une bonne repousse. Je vais attendre et rependre mon tour d’herbe vers le 26 août. Les vaches sont à 18,5 kg (TP : 32,5 ; TB : 41). Les taries sont sur une parcelle RGI/TV, j’ai ajouté un râtelier de foin. Pour les génisses, c’est juste, mais je pense que ça va passer en 100 % pâturage. Suite à la récolte de mon méteil, je vais semer une prairie RGH/TV la semaine du 24 août. Civam AD 56 : 06 83 60 88 61
Gregory Heyman, Grand-Champ (56),

Zone humide

Cette année nous avons eu plus d’herbe plus longtemps, j’ai moins coupé et au meilleur moment. De plus, la durée de pâturage par paddock a pu être allongée sur la fin grâce au topping. Le silo de maïs est ouvert depuis le 3 août, le « vrai » pâturage est terminé, il n’y a plus d’herbe. Les vaches continuent de sortir et de tourner sur les paddocks de 3 ou 4 jours. J’estime à 1-2 kg/MS jour la quantité d’herbe ingérée. Elles reçoivent 11 kg de maïs, 5-6 kg d’enrubannage et 800 g de blé. Les vaches produisent 22,2 L de lait à 39,2 de TB et 32,8 de TP. La part d’herbe pâturée dans la ration augmentera cet automne notamment grâce à 3 ha de RGA-TB et 3 ha de RGI 6 mois semés après céréales. Cédapa : 02 96 74 75 50
Yannis Collet, Plumieux (22)

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