Découvertes

Tous les atouts du bambou

Portée par ses nombreux circuits de valorisation, la filière « bambou » développée par OnlyMoso représente une opportunité de diversification.

Dotés déjà de belles feuilles vertes, les plants de bambou âgés de 18 à 24 mois étaient stockés dans le hangar à l’ombre, arrosés copieusement au moins deux fois par jour. Ce vendredi 14 juin, ils ont été mis en terre sur la parcelle de 0,3 ha située à deux pas du siège d’exploitation. Le lendemain, 1,2 ha a été planté un peu plus loin. Distants de 2,2 m les uns des autres, ils vont progressivement avancer dans ces parcelles grâce à leurs rhizomes souterrains, s’installant pour de longues années, 100 ans peut-être…

« C’est une culture qui me fait rêver, qui m’attire… Et les débouchés sont nombreux », souligne Hervé Gilard, éleveur à Drouges (35) à la tête d’un troupeau de 120 VL, lassé de la faible rentabilité de la production laitière. C’est sur son exploitation que les premiers bambous géants OnlyMoso de Bretagne ont été plantés. Des producteurs de plusieurs départements français avaient fait le déplacement. Son fils Mathieu Gilard réalise son mémoire de fin d’études d’ingénieur chez OnlyMoso, société fondée en Italie en 2014.

2 000 ha en Italie

Aujourd’hui, plus de 2 000 ha sont exploités par 900 agriculteurs italiens en partenariat avec la société, sur des surfaces de 1 à 36 ha par exploitation. En France, un agriculteur lyonnais a planté un hectare en mai dernier et s’apprête à planter les 16 ha suivants cet été.
Dans sa pépinière de 20 ha en Italie, OnlyMoso produit des plants adaptés à la production de pousses pour l’alimentation et les cosmétiques et de chaumes pour la construction, le mobilier, la cellulose, l’énergie, le textile… « Ils sont issus d’une sélection de la variété phyllostachys edulis, très productive avec une grande capacité d’adaptation. C’est une herbe géante qui peut atteindre jusqu’à 25 m de hauteur avec un diamètre de 12 à 18 cm. Elle peut résister à des températures très faibles, jusqu’à – 20 °C », explique Étienne Dill, responsable du projet OnlyMoso pour l’Europe francophone.

« Cette culture se plaît bien en terrain drainant, mais pas en zone humide. En effet, le bambou se développant à partir d’un rhizome, une terre hydromorphe peut l’asphyxier. Les terres trop argileuses (+ 50 %) sont donc souvent déconseillées. Un système d’irrigation en goutte-à-goutte est par ailleurs indispensable sur les trois premières années, pour assurer la production. La culture nécessite un volume d’eau de 1 500 à 2 000 m3/ha/an. Le matériel peut ensuite servir à de la fertirrigation », précise Mathieu Gilard. Autre précaution, pour empêcher ces bambous traçants de coloniser les parcelles voisines, il faut creuser une tranchée de 60 cm de profondeur autour de la bambouseraie.

« Aucun traitement phytosanitaire n’est nécessaire sur le bambou. Il faut par contre le fertiliser plusieurs fois par an. » Autre atout écologique de cette culture, « une forêt de bambous est capable d’absorber environ 5 fois plus de CO2 qu’une forêt « classique ». Comme le roseau, il a aussi des capacités de phytoépuration », ajoute Étienne Dill.

Les pousses de bambou se récoltent pendant trois semaines en avril – mai.

De la main-d’œuvre au printemps

Les plantations se font de mars à début septembre, à raison de 1 800 plants/ha environ. Ensuite, la bambouseraie se met en place pendant 4 à 5 ans, puis les premières récoltes arrivent. Les pousses sont cueillies pendant 3 semaines en avril – mai. « Nous achetons celles inférieures à 25 cm ». Sur cette période, il faut compter une personne par ha présente tous les jours (2 à 4 heures dans la matinée) pour assurer la récolte manuelle.Pour les chaumes, il y a moins d’urgence : ils peuvent être coupés de septembre à février (maximum 25 % de la surface). Compter environ 100 heures de travail/ha/an. Du fait de la hauteur conséquente que peut afficher une bambouseraie, il faudra aussi réfléchir à l’ombre qui peut gêner d’autres cultures…

Se substituer aux importations
« Le marché du bambou est très porteur. 2,5 milliards de personnes dans le monde mangent des pousses tous les jours. C’est un aliment peu calorique et riche en vitamines et minéraux », note Étienne Dill. L’entreprise développe d’ailleurs des recettes à base de pousses de bambous : crèmes, crackers… Au Sial 2018 (salon de l’alimentation à Paris), elle a remporté le 1er prix de l’innovation – section Italie avec son pesto au bambou. Cette plante est aussi utilisée dans les cosmétiques (shampoing, dentifrice, crème). En 4 – 5 ans, le bambou phyllostachys edulis présente un bois de qualité, résistant et flexible. Le bois de bambou est utilisé pour des charpentes, du parquet, des meubles, l’équipement intérieur de voitures… Le bambou est aussi utilisé pour produire du bioplastique, du bois énergie. Ensilé, il donne de la cellulose pour confectionner du papier ou des textiles quatre fois plus absorbant que le coton. « Les industriels qui transforment le bambou en Europe l’importent massivement. Ils pourraient être approvisionnés par une production locale. »

Forte rentabilité

Cette culture à forte rentabilité peut intéresser les agriculteurs, les propriétaires ou les investisseurs. La société OnlyMoso fournit des plants, apporte des conseils techniques et rachète les productions avec des contrats sur 10 ans à partir de la première récolte, environ 5 ans après les plantations. « Les prix indicatifs d’achat au producteur peuvent être raisonnablement estimés à 2 €/kg pour les pousses (sachant qu’on peut produire autour de 7 000 kg/ha/an) et 12 €/canne pour les chaumes (d’un diamètre de plus de 12 cm). Cette année, les pousses ont été achetées de 2,80 € à 4 €/kg aux agriculteurs en fonction de leur diamètre. » Si le coût d’implantation total comprenant le système d’irrigation s’approche de 30 000 €/ha au maximum, le revenu net par hectare pondéré sur 15 ans varie de 10 000 € à plus de 20 000 € par an selon les rendements obtenus. L’entreprise propose une avance sur récolte lors de la plantation.

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