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Handicap : Sur les planches, l’échappée belle

Le projet théâtre mené par l’association médico-sociale L’Arche Le Caillou Blanc, à Clohars-Fouesnant (29), a déclenché une formidable aventure humaine dans laquelle s’impliquent une dizaine de pensionnaires, chacun avec son handicap et son talent.

Ils ont découvert les planches en préparant une comédie musicale, il y a 5 ans, pour célébrer les 30 ans de l’Arche Le Caillou Blanc, l’association médico-sociale qui les accueille à Clohars-Fouesnant un joli village du Finistère sud. Danse, chant, mime, musique, théâtre… tous ces moyens d’expression leur ont procuré alors une joie profonde et partagée. Et même davantage de confiance en soi, en offrant sur scène un beau spectacle aux invités. Les graines d’une activité durable étaient semées, l’esprit de troupe était né.

S’épanouir en interprète

Printemps 2017, rendez-vous en fin d’après-midi à la salle polyvalente du village pour une répétition. Le spectacle « Coup de barre Rouge Cacahuète » va partir en tournée ! Il se peaufine avant les représentations calées pour cet été. Il se bonifie au fur et à mesure que Léo, Xavier, Claude, Donatienne, Clémentine, et Christian s’approprient leur rôle et s’épanouissent en interprètes.

Ils sont épaulés par Charlotte, Mélanie et Monique, éducatrices au foyer de l’Arche Le Caillou Blanc et très investies dans cette dynamique de projet théâtre. Au delà du fait que c’est un bon support d’expression vocale et corporelle pour les handicapés, elles soulignent que « c’est un temps qui nous aide à vivre tout le reste entre personnes accueillies et ceux qui les encadrent, avec envie et toujours une certaine exigence ».

La troupe se retrouve en effet après la journée de travail et d’ateliers pour certains, avec cette volonté de mener une aventure commune, avec engagement. Les profils de « nos artistes » sont très différents en fonction de leur handicap mental ou maladie psychique (autisme, schizophrénie…). Mais chacun semble trouver sa mesure sur scène. Leurs interprétations sont convaincantes, touchantes même. Sans doute parce que c’est aussi leur création commune.

Un combat pour la paix

La pièce débute par des voix off en coulisse sur une citation d’Etty Hillesum de 1942 (auteure juive déportée à Auschwitz) . « Si la paix s’installe un jour, elle ne pourra être authentique que si chaque individu fait d’abord la paix en soi-même ; extirpe tout sentiment de haine pour quelque race ou quelque peuple que ce soit ; ou bien domine cette haine et la change en autre chose, peut-être même à la longue en amour…Ou est-ce trop demander ? ».

La paix est le fil rouge de leur création. Cette quête les anime personnellement, car ils éprouvent souvent — en raison de leur handicap — la difficulté de se maîtriser nerveusement, de combattre l’angoisse et des douleurs d’enfance qui se réveillent. On évoque Jean-Jaurès, Martin Luther King, Gandhi… pour souligner l’importance de l’Histoire mais l’action se situe en 2017. Un mur tagué, une place publique comme décor, un vocabulaire actuel : le récit évolue au gré de personnages qui vont progressivement s’ouvrir aux autres, accepter leurs différences physiques, évacuer les colères. Les scènes se succèdent, les uns dialoguent ou déclament des poèmes, les autres dansent ou miment, d’autres les accompagnent en chant et musique.

Une aventure d’émotions

Une énergie formidable se dégage. Des regards complices s’échangent au sein de la troupe, des émotions fortes les traversent. Manifestement cette aventure théâtrale les remue ! Qu’ils soient éducatrice, jeune en service civique ou pensionnaire du foyer, ils sont fiers de la vivre ensemble.

« À la différence d’une vie ritualisée et rangée, ce projet théâtre procure beaucoup de joie et d’enthousiasme. Il leur apporte une aisance relationnelle et leur permet de témoigner avec beaucoup de bon sens » souligne Charlotte qui porte la mise en scène, avec ses collègues.

La sincérité des confidences des artistes et la spontanéité de leurs fous rires en témoignent. Ils ont hâte de partir « en tournée ». Cela promet de belles aventures à partager avec un petit vent de liberté. Chacun avec son talent et ses difficultés.

L'Arche : la synergie d'une communauté

Depuis plus de 50 ans, l’Arche crée des lieux où vivent et travaillent ensemble des personnes avec un handicap mental et des assistants qui les accompagnent, salariés et jeunes volontaires en service civique. Fondée par Jean Vanier en 1964, l’association est aujourd’hui présente dans 38 pays sur les cinq continents, avec 149 communautés. En France, 32 communautés accueillent au total 1 200 personnes avec un handicap mental. Cette institution médico-sociale propose aux personnes handicapées accueillies de dépasser la seule relation d’aide et de travail mais de s’intégrer dans une réelle dynamique collective.

Parmi celles-ci, l’Arche Le Caillou Blanc, fondée en 1982, dans le village de Clohars-Fouesnant (Finistère), accueille chaque jour 39 personnes en situation de handicap mental : 20 d’entre elles sont hébergées dans l’un des trois foyers de l’association et 19 sont externes (vivent en appartement ou chez leurs parents). Une trentaine d’assistants salariés sont engagés dans la communauté. Une douzaine de volontaires de service civique complètent, chaque année, cette équipe qui bénéficie en outre du soutien d’un important réseau de bénévoles.
L’Arche Le Caillou Blanc c’est :
– un service d’accueil de jour (SAJ) pour les personnes les plus fragiles (activités manuelles, artistiques, détente, loisirs) ;
– un Esat (Établissement et services d’aide par le travail) pour les personnes qui sont en capacité de travailler (menuiserie, ébénisterie, espaces verts, bûcheronnage, cuisine, lingerie).
http://www.arche-france.org

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