Découvertes

Rugby : des agriculteurs dans la mêlée

Le Rugby club du pays de Morlaix (RCPM) compte dans son effectif des agriculteurs qui allient passion sportive et métier physique. Rencontre avec trois de ces joueurs.

« Le Rugby club de Morlaix (29) recrute des joueurs expérimentés ou novices, grands, dodus, moustachus, petits, minces ou enrobés… », affiche la caricature du club sportif Nord-finistérien. Tous les gabarits peuvent jouer au rugby et le rugby a besoin de tous les gabarits. Ainsi, le dimanche, la troupe de quinze vert et rouge viennent en découdre avec un adversaire le temps d’un match. Parmi eux, des agriculteurs. Étrangement, un lien fort s’est tissé entre le monde rural et le fameux sport au ballon ovale : dans l’enseignement agricole, les terrains enherbés sont, pour la plupart, dotés de poteaux aux longues perches. Agenda trop chargé ? Peur d’une blessure ? Non, rien ne les arrête. La passion pour le jeu que certains qualifient de combat est trop forte. Inévitablement, l’attraction du terrain les fait revenir de façon hebdomadaire à la rizière, nom donné au théâtre des opérations, situé sous le pont de Morlaix.

Jérémy : 3e ligne aile

Jérémy Colin est installé en production laitière sur Plougonven (29). Son poste de 3e ligne aile ou centre le place dans une position d’intervention rapide. « Je ne suis pas un grand technicien avec la balle. En revanche, j’adore le plaquage. Mon rôle dans l’équipe est de stopper l’attaque adverse quand le ballon sort de la mêlée », explique-t-il. Un poste exposé, où les contacts sont virulents. Pour autant, il estime que « les blessures peuvent aussi arriver au travail. Le rugby, s’il n’est pas pratiqué à fond, ne procure pas de plaisir ». Et le gaillard prend du plaisir depuis quelque temps, puisqu’il a démarré la pratique à 7 ans, poussé par un père qui était à l’origine de la création du club de Quimperlé. Après un passage à Guidel (56), puis Lanester (56), ou Jérémy joue en Fédéral 3.

Jérémy Colin
Jérémy Colin

Il garde comme souvenir ce premier match dans lequel il marque un essai, lui, le jeune joueur, formé sous l’aile des plus anciens. Les études le poussent alors vers le Lycée agricole de Pommerit-Jaudy (22) avec, au passage, un sacre de Champion de France Ugsel en rugby à 15 en 1999, et une titularisation en équipe de Bretagne. Quand il s’installe avec son épouse, la recherche d’un club l’amène vers le RCPM, proche de chez lui. L’embauche d’un salarié lui donne la bouffée d’oxygène et le temps nécessaire à la pratique du sport. « Mon métier est exigeant, physique et rigoureux. Comme le rugby ».

Yann : 2e ligne

Même production, même ardeur chez Yann Kerdodé, éleveur laitier à Morlaix-Ploujean (29). « J’ai débuté le rugby au Lycée du Nivot (29), comme activité du mercredi après-midi. Après trois années au club de Landivisiau, j’ai adhéré au club morlaisien pour l’ambiance. Il m’est arrivé de rentrer pour la traite le dimanche soir après une défaite, en ayant mal partout, sans voir mes enfants qui sont déjà couchés, avec en plus un vêlage difficile dans la foulée… Les images du match circulent dans mon esprit. Cependant, j’ai hâte de revenir à l’entraînement du vendredi soir ».

Yann Kerdodé
Yann Kerdodé

Mais qu’est-ce qui pousse le producteur de lait à y retourner ? « C’est un exutoire indispensable. Il faut que je me défoule. Le rugby affiche toutes les valeurs que j’aime : le respect, la solidarité, et des règles bien cadrées. Mon métier et la pratique de sport me font rester en forme ». L’éleveur avoue tout de même lever le pied à des périodes de pic de travail, comme « pour les chantiers d’ensilage où je ne peux pas me permettre d’être absent.  L’équipe le comprend très bien, nous avons une relation simple entre rugbymans ».

Ewen : 3e ligne aile

Ewen Michel n’est pas encore installé sur l’exploitation familiale de Mespaul (29), qui produit des légumes biologiques et de la volaille Label Rouge en plein-air. L’agriculteur pense rejoindre l’EARL après la fin de ses études, un BTS horticole préparé à Saint-Ilan (22). « J’ai commencé le rugby à 9 ans, et suis arrivé à Morlaix à 11 ans. J’ai accédé au pôle espoir de Brest en cadet 1re année ». Le jeune étudiant possède un talent particulier qui lui donne un avantage sur l’adversaire : une tonicité et des appuis de fer. « Le fait de courir derrière les poulets dans le parc pour les faire rentrer n’est peut-être pas étranger à mon jeu de jambes… Il m’arrive même de chausser les crampons pour courir après les pintades ! ».

Ewen Michel
Ewen Michel

Dans la mêlée, il occupe le poste de 3e ligne aile. « J’aime être toujours dans le feu de l’action. Je me souviens de cet essai, avec une attaque de l’équipe adverse où j’intercepte le ballon sur la ligne des 22, pour passer en revue toutes les lignes de défense, par des raffuts ou des crochets. Le 3e ligne doit figurer sur toutes les photos du match, à moins de 10 mètres du ballon », explique le robuste joueur. Bon coureur, il estime « qu’il n’y a rien de plus agréable qu’un plaquage réussi, dans les règles de l’art ».

À la gloire du pull vintage

Une étrange tradition se perpétue dans les rangs du club morlaisien depuis quelques années. Essai loupé, chaussures oubliées ou retard le jour du match… Tous les prétextes sont bons pour vêtir le gagnant, désigné par l’ensemble de l’équipe, avec un applaudimètre mêlant d’étonnants bruits d’animaux, d’un affreux pull d’un autre temps, appartenant auparavant à un pilier du club : Pascal Fabre. L’heureux bénéficiaire devra porter la chose jusqu’au match suivant, peu importent les obligations vestimentaires que lui impose sa profession. Fabriqué avec une laine spéciale, le pull va comme un gant à tous les gabarits.

Une famille, une ambiance

C’est bien connu, le rugby est un sport d’ambiance. Après avoir combattu sur le terrain, chacun se retrouve lors d’une troisième mi-temps chaleureuse. Signe d’un grand respect mutuel, la haie d’honneur réconcilie les protagonistes du jour. Au RCPM, ce moment de fin de match fait hurler le cri de guerre à des hommes crottés, fatigués et parfois blessés, mais l’abnégation des acteurs envers leur club respectif fait oublier les tracas de fin d’épreuve. Le capitaine lance, tel un ténor courbaturé : « Gars de la rizière, quel est ton métier ? » Agriculteur, monsieur. Fanch Paranthoën

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