Economie, marchés et gestion

Climat et savoir-faire portent l’agriculture bretonne

« C’est par l’innovation qu’on continuera à développer notre agriculture ». Michel Boucly, du groupe Avril, en est convaincu. Il estime que « la notion de décroissance est presque obscène ».

À l’heure où l’agriculture est parfois perçue comme la plus vile invention de l’homme par certains intellectuels, le directeur général adjoint du groupe Avril et de Sofiprotéol en appelle au contraire à « célébrer » le chemin parcouru par l’agriculture ces dernières décennies. « En 1960, un agriculteur nourrissait 2,3 habitants ; 4,5 en 2010. Il en nourrira 5,3 en 2030 ». Peut-il en être autrement ? Assurément pas pour cet ingénieur agronome qui voit poindre les 9 milliards d’habitants qu’il faudra nourrir alors que « la productivité des terres va décroître et que la SAU globale ne changera pas ». Une perspective qui conduit Michel Boucly à penser que « c’est par l’innovation qu’on continuera à développer l’agriculture » ; d’autant que la demande de la planète en protéines animales sera de plus en plus forte.

Un système agricole durable

Le défi pour nourrir toute cette population est d’autant plus grand que le changement climatique s’invite en trouble-fête. « Sécheresse et accès à l’eau vont devenir des sujets prioritaires », pointe-t-il, en faisant observer que « la France, qui représente 0,9 % de la population mondiale et 1,2 % des terres arables, dispose proportionnellement de ressources foncières importantes par rapport à sa population ; sans compter qu’elle est bien dotée en ressources hydriques ». Ne parlons pas de la verte Bretagne généreusement arrosée. « Climat et savoir-faire nous rendent parmi les plus productifs du monde », insiste le représentant du groupe Avril.
Aux agriculteurs et responsables du monde agricole venus l’écouter, le 29 mai à Rennes, lors de l’assemblée générale de la Caisse de Bretagne du Crédit agricole mutuel (CBCMA), Michel Boucly n’a pas manqué de rappeler que le système agricole français est par ailleurs premier au niveau mondial dans le classement « durabilité des systèmes alimentaires », établi par The Economist depuis 2016. Une performance trop souvent méconnue estime cet ingénieur agronome.

Les contraintes transformées en opportunités

Au-delà de l’adaptation au dérèglement climatique, l’agriculture devra également se conformer aux attentes du consommateur. Ou plutôt à sa plus forte exigence. Ce qui n’est pas forcément une contrainte pour Michel Boucly. « La recherche du local, du “made in France”, du naturel, du fait maison, etc., est une opportunité pour l’agriculture ». Il cite l’exemple de la Bavière qui « de l’échec des OGM en a fait une opportunité en produisant 90 % du lait régional sans soja OGM ». Un choix qui s’avère un levier commercial puissant et un outil de protection du marché. La France emprunte timidement cette voie puisqu’elle ne produit que 9 % de lait sans OGM, 8 % de viande bovine, 21 % de poulet de chair, 13 % d’œufs et 17 % de porc.

L’esprit collectif breton
Assurer l’avenir d’une agriculture dynamique et entreprenante dépend aussi – avant tout – de « la place de cette même agriculture dans la chaîne de valeur », rappelle comme une évidence le représentant du groupe Avril. Autrement dit, l’agriculteur doit être décemment rémunéré. Il ajoute : « La clé pour la valorisation de l’innovation repose sur l’organisation en filière car dans une chaîne il ne faut pas de maillon faible. Le développement de filières performantes passe par l’émergence de champions régionaux, nationaux, voire européens. Je suis extrêmement optimiste pour la Bretagne car il y a un esprit collectif qu’il y a rarement ailleurs ».
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