Coopératives

Les coopératives défendent leur modèle

Engagées dans la montée en gamme de leurs produits, les coopératives ne souhaitent pas pour autant que les nouveaux textes législatifs les fragilisent dans leur rôle de « traitement de la masse ».

Le résultat des États généraux de l’alimentation (EGA) est pour le moment jugé « décevant » par les responsables des coopératives, réunis le 26 avril à Rennes à l’occasion de l’assemblée générale de Coop de France Ouest. « La théorie du ruissellement pour conforter le revenu des agriculteurs, j’y crois peu. Nous sommes dans un marché libéral dont les prix sont établis par la loi de l’offre et de la demande, fruit d’un rapport de force dans lequel nous ne sommes pas encore assez influents », a souligné Jean-François Appriou, président de Coop de France Ouest.

Olivier Allain, vice-président du Conseil régional de Bretagne, demande aux producteurs « un peu de patience, les dispositifs des EGA sont en place pour deux ans. » Il ajoute que « dans un monde libéral, nous devons passer par de la contractualisation sur de gros volumes avec des prix en lien avec les coûts de production. »

« Planifier partout où c’est possible »

« Certes, nous devons répondre aux attentes nouvelles des marchés et planifier les productions partout où c’est possible », ajoute Dominique Chargé, président de Coop de France. Mais il « ne valide pas les ordonnances actuelles qui visent à dénaturer le modèle coopératif. L’ordonnance sur la rémunération abusivement basse pourrait détourner l’adhérent de sa coopérative et le faire entrer dans une démarche de judiciarisation. »
Et d’ajouter : « Les coopératives ne sont pas dans une relation commerciale avec leurs adhérents. Elles collectent et vendent ou transforment pour la vente la production de leurs adhérents. Elles ont pour obligation de prendre toute leur production et maintiennent parfois de l’activité économique là où la rentabilité n’est pas immédiate. »

Selon Dominique Chargé, il faudrait revenir sur la LME (loi de Modernisation de l’économie) de 2008 qui a libéralisé comme jamais les relations entre les grandes surfaces et leurs fournisseurs. « L’autorité de la concurrence privilégie systématiquement le consommateur et le pouvoir d’achat. Mais aujourd’hui, on peut devenir destructeur de son emploi. »

« L’observatoire du Crédit agricole indique que l’international a été important sur 2017 pour les entreprises agroalimentaires, représentant 55 % du chiffre d’affaires, via l’export et les filiales. Les coopératives affichent moins de rentabilité que les acteurs privés car elles ont un retour du bénéfice aux adhérents. Et elles ne développent pas de filiales faisant travailler d’autres agriculteurs à l’étranger, contrairement aux entités de droit commercial. Par contre, les coopératives affichent plus de résilience », souligne Axel Rétali, du Crédit agricole Pôle agroalimentaire.

« La compétitivité de nos métiers et filières est la grande oubliée des EGA », regrette Dominique Chargé. « Elle est pourtant fondamentale sur la scène européenne et internationale. Les privés peuvent s’arbitrer en délocalisant la production, ce qui peut avoir des conséquences pour les coopératives. »

Choisir entre conseil et vente
La séparation du conseil et de la vente des produits phytosanitaires est un autre sujet d’inquiétude pour les coopératives. « Il n’y aura pas de retour en arrière de la part du gouvernement. Nous devrons nous organiser différemment », note Vincent Magdelaine, directeur de Coop de France. Les coopératives et négoces vont devoir choisir entre le conseil et la vente, avec une remise en cause de leur « business model ». Jean-François Appriou est « convaincu que ce projet, s’il aboutit tel qu’il est aujourd’hui rédigé, nous fera faire un grand pas en arrière. Vont se développer, via le e-commerce, des pratiques de vente, de diffusion et d’utilisation des produits totalement hors de contrôle. »
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