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L’art de semer une pâture pérenne

À l’heure des mises à l’herbe, les semis de prairie de printemps sont à réfléchir. Le conseiller Florent Cotten souligne notamment l’intérêt d’implanter une prairie sous couvert d’avoine.

« La réussite d’un semis reste encore un problème chez bon nombre d’éleveurs qui souhaitent qu’une prairie dure mais aussi qu’elle soit productive dès la première année », démarre Florent Cotten chez PâtureSens. Celui-ci revient pourtant sur les multiples avantages de semer au printemps à la volée dans le Grand-Ouest. « Le premier aspect réside dans la réussite de levée de l’ensemble du mélange. Les légumineuses étant le moteur de la prairie, leur implantation est primordiale. Cette période printanière caractérisée par une phase d’augmentation des températures et de la lumière joue notamment en faveur du démarrage de certaines espèces plus lentes d’installation. » D’autant que les vers de terre ont brassé, soufflé le sol au cours de l’hiver dans le couvert végétal ou les résidus de cultures facilitant la réussite du lit de semence. Cependant, la question de la compétition photosynthétique et du salissement peut se poser. « C’est là que je conseille le semis sous couvert. Ce dernier a de multiples intérêts agronomiques qui par la suite auront également un effet économique pour l’éleveur », poursuit le conseiller en pâturage.

Semis simple et efficace

L’idée est d’implanter une avoine (50 à 60 kg de semence / ha) sous une prairie semée à la volée. Il est très intéressant d’associer cette avoine (particulièrement l’avoine blanche de printemps) afin de constituer une « couverture multifonctionnelle », explique Florent Cotten. Pour lui, l’avoine, « l’une des meilleures plantes compagne pour une réussite de semis simple et efficace », a de nombreux atouts.

Grâce à sa rapidité de développement, l’avoine réduit l’accès à la lumière des adventices de printemps et par conséquent limite le salissement. En complément, ses facultés allélopathiques « très marquées » réduisent la levée de dormance de diverses plantes non désirées comme les chardons de la prairie. « Elle a aussi la capacité de pomper l’azote ammoniacal, ce qui permettra une meilleure implantation de nos légumineuses et limitera aussi le développement des adventices. » L’avoine, par sa couverture, recré un micro-écosystème favorable à la levée et à la protection du vent et des fortes pluies des jeunes plantules de la prairie.

Enrichir le sol

L’avoine a également la capacité de structurer et d’enrichir le sol en profondeur. « En effet, à partir d’observations personnelles, je constate qu’elle elle peut développer un système racinaire fasciculé puissant proche de 80 cm sur un cycle de croissance de 70 à 80 jours. C’est bien plus profond que le blé ou l’orge. » Une fois la plante valorisée en surface, cet enracinement laissera place à un sol plus grumeleux, avec une microporosité que la vie microbienne mais aussi et surtout les plantules pourront explorer pour développer plus facilement leur propre système racinaire en profondeur. Par ailleurs, la forte teneur en carbone de son système racinaire enrichit le sol en humus stable, structurant à long terme, favorable au développement des champignons du sol. « Cette dégradation racinaire profonde enrichit aussi des horizons du sol en matière organique, avec un rapport C/N élevé, peu exploités par la prairie par la suite. »

L’avoine « améliore aussi la portance des 30 premiers centimètres » du sol de la prairie, offrant ainsi de multiples choix pour une première valorisation (voir encadré). Cependant, l’avoine a en priorité un but précis : favoriser la bonne levée de la future prairie, « c’est pourquoi on ne va pas chercher à sortir un gros rendement, sous peine d’étouffer les plantules par une compétition au niveau photosynthèse et au niveau hydrique. »

Valoriser l’avoine en 1ère utilisation ?
Pour une avoine implantée courant mars ou début avril, il est envisageable d’y réaliser un premier passage fin mai début juin, soit 2 à 2,5 mois après semis. « Au préalable, un simple test de bon enracinement des plantules peut servir de repère pour y aller », conseille Florent Cotten. Valorisée jeune et feuillue, cette avoine de printemps est intéressante en termes de valeur nutritive (20 % de MAT, 0,8 UF / kg de MS) et en sucres. Plusieurs options possibles : fauche pour enrubanné, topping (fauche devant pâturage) afin de s’assurer de la consommation totale de l’avoine ainsi que de la quasi-totalité des adventices s’étant développées avec le mélange prairial (chénopode, renouée, capselle) et qui auront séché… « Voire le pâturage seul, envisageable si peu d’adventices présentes. Par contre, on évitera le foin qui, pour des raisons de passage mécaniques (fanage, andainage), peut amener à déraciner des plantules à croissances plus lentes (luzerne, fétuque…). »
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