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Pomme de terre : Réfléchir à l’après anti-taupin

La lutte contre les taupins est venue alimenter l’assemblée générale de Bretagne Plants. Face à l’absence de solutions chimiques, les producteurs réfléchissent à d’autres moyens de lutte.

Faudra-t-il s’habituer à trouver sur le marché des plants de pomme de terre avec des tubercules présentant des trous, en conséquence d’attaques de taupins ? Si les producteurs conventionnels ont encore pu pour cette dernière campagne utiliser des solutions chimiques comme le Mocap, le chemin de ce moyen de lutte semble s’obscurcir pour les prochains mois, le ministère de l’Agriculture n’étant pas enclin à renouveler une dérogation pour son utilisation.

« Cela met en péril certaines zones de production », rappelle Dominique Morvan, président de Bretagne Plants, lors de l’assemblée générale du groupement de producteurs de plants certifiés. « Il est hors de question de laisser les autres pays continuer à produire avec une dérogation d’utilisation de ce produit », poursuit-il. Cette question d’une concurrence créée avec des règles du jeu différentes exaspère les producteurs. L’ensemble de la filière travaille sur une recherche de solutions alternatives capable de conserver la qualité actuelle de la production, tout en répondant à la demande sociétale.

Un essai avec des couverts végétaux

C’est le cas « des couverts végétaux, nous sommes en test sur certaines espèces », confie Michel Bléas, trésorier de Bretagne Plants. Le Succes GR, déjà utilisés pour combattre ce ravageur sur maïs, est en essai sur des parcelles suivies par Philippe Dolo, en charge de la recherche. « Nous n’avons qu’un seul essai pour l’instant, peu concluant. Il n’y a pas à ce jour de produits ayant un niveau d’efficacité correct », avoue le technicien.

Jean-Éric Chauvin, chercheur à l’Inra de Ploudaniel (29), note qu’il n’y a pas encore d’essais génétiques contre les taupins. Cependant, « la technologie est depuis 10 ans en train de révolutionner la recherche. C’est le cas de la technique permise par les ciseaux moléculaires (Crispr). La culture de pomme de terre offre une chance aux chercheurs, elle est facile à modifier in vitro ».

« Il n’y a pas de solution miracle »

Si ces solutions génétiques ne sont pas encore à l’ordre du jour et disponibles sur le marché, d’autres pistes méritent d’y porter attention. C’est le cas de la production biologique, qui n’a pas recours au levier chimique. Fabris Tréhorel, gérant de la coopérative biologique Douar Den, explique qu’il faut peut-être « expliquer aux clients que les facultés germinatives ne sont pas altérées si les plants présentent des trous. Il n’y a pas de solution miracle ».

Le producteur lutte aussi contre les attaques de maladies fongiques par des choix variétaux, notamment contre le mildiou, ou par des solutions alternatives comme l’huile de colza contre les pucerons. C’est pourquoi le producteur pense que « la réduction de l’utilisation de pesticide est possible. Nous l’avons fait en bio sans avoir à rougir de nos rendements ».

12 ans pour homologuer une molécule
Laurent Tasset, ingénieur conseil chez Syngenta, précise que l’homologation d’une molécule demande une période de 12 ans en moyenne. Cette molécule était auparavant jugée « à 90 % sur son efficacité et à 10 % pour son profil toxicologique. Ce rapport s’est désormais inversé. Les productions végétales disposent aujourd’hui du même nombre de molécules qu’en 1950 ». Sur la protection des cultures, le spécialiste explique que l’objectif est de « protéger les cultures, et non plus d’éradiquer un ravageur comme ce fut le cas avec l’utilisation de produits comme le Lindane. Il faut aussi prendre en compte la demande sociétale, avec des marchandises sans résidus. Nous travaillons aussi sur d’autres solutions alternatives, comme des stimulateurs de défense, mais qui seront peut-être à accompagner avec de la chimie ». Enfin, une autre piste est envisagée par la firme, avec une lutte contre les insectes ravageurs en plein champ avec des lâchers d’auxiliaires.
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