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Le robot de traite est un outil, pas un remplaçant

Sur le terrain, les automates de traite continuent de gagner du terrain. Mais malgré les progrès technologiques, le facteur main-d’œuvre pour les accompagner demeure déterminant.

Globalement, les fermes laitières grandissent, s’étalant parfois, produisant davantage surtout. Ce développement s’accompagne d’une charge de travail supérieure et usante alors que le nombre de chefs d’exploitation diminue. En réponse, la proportion de salariat progresse, tout comme le taux de pénétration de l’automatisation de la traite depuis plus de 15 ans. Mais l’heure où un robot sera capable de conduire de manière quasi autonome un cheptel de vaches laitières est encore loin d’avoir sonné. Si certains ont d’abord pensé que le robot permettait d’offrir une part conséquente de temps libre, dans les faits il n’en est rien. Pire, la performance de la machine, malgré les avancées technologiques à chaque génération, dépend avant tout de la technicité et de l’assiduité de l’homme à ses côtés pour l’accompagner.

Baisse de la pénibilité, pas du travail

« Ne nous voilons pas la face, par rapport à la salle de traite, on ne gagne pas vraiment de temps avec le robot. L’intérêt, c’est la souplesse dans l’organisation de la journée et surtout, et ce n’est pas un détail, une baisse substantielle de la pénibilité du travail », explique Louis Delépine, salarié de remplacement au Sdaec. « En système classique, on referme la porte après la traite et c’est fini jusqu’à la fin de l’après-midi. En robot, le travail se fait par séquences. Il n’y a pas de miracle, trois visites dans l’étable par jour minimum sont nécessaires. Il y a toujours une vache à aller voir », rapporte-t-il.

Même son de cloche du côté de François Piton, conseiller spécialisé robot chez BCEL Ouest. Le conseil avant achat est un des services qu’il propose. À cette occasion, il explique souvent aux éleveurs en projet que « la traite automatisée ne dégagera pas beaucoup de temps par rapport au système classique ». Le spécialiste précise aussi que « plus la stalle est saturée, plus il y aura de temps à passer autour du robot car il faut absolument éviter tout creux de fréquentation ». François Piton avance un repère pour estimer l’astreinte quotidienne en robot : « On parle de 1,2 heure de travail pour 100 000 L de lait produits. » Pour un box saturé par 65 vaches en production pour un niveau d’étable à 8 500 kg par vache et par an, cela fait plus de 6 heures par jour. « Quand on n’a plus le contact direct avec ses animaux deux fois par jour comme en traite classique, il faut être bon techniquement et bien observer ses animaux. »

Économies de temps avec plusieurs stalles ?

« On dit souvent qu’une personne peut gérer deux stalles. Mais sur le terrain, on rencontre des éleveurs débordés avec 120 vaches et deux robots… », confiait récemment Paul Lacombe, consultant en gestion de troupeau automatisé pour la société FDS, lors d’un club robot Triskalia. « Au départ, moi aussi, j’ai cru à l’économie d’échelle grâce à la multiplication des stalles automatisées dans un élevage. Mais à l’étranger, les éleveurs disent que « deux robots, c’est deux fois plus de boulot »… Pour le spécialiste, l’augmentation de la taille de l’effectif peut permettre de faire des économies sur l’achat en gros d’aliment ou d’intrants.

« Mais pas sur le temps de travail… Avoir plus de vaches dans la stabulation, cela veut dire avoir plus de vaches à problèmes à gérer. » Un point de vue partagé par François Piton : « Avec trois stalles, la charge ne sera peut-être pas multipliée par trois. Mais plus on augmente le nombre de box, plus l’effectif est important et plus il y a de vaches à pousser et de tâches autour du troupeau. En traite robotisée, une bonne partie du temps de travail est en fait incompressible et les résultats dépendent de cette présence. »

Le pilote automatique n’existe pas

Bien plus que l’appétence pour l’informatique (« Les logiciels sont faits de manière à être facilement compris »), Louis Delépine estime que c’est avant tout « l’œil de l’éleveur » qui fait la différence en système robot. Et François Piton d’enfoncer le clou : « Souvent, les situations d’échec d’élevages en traite robotisée sont à relier à des personnes pas assez présentes au pied du troupeau et de l’automate. Il ne faut pas croire qu’on peut mettre un robot et aller faire autre chose. »

Être capable de faire du cas par cas

Optimiser le pilotage d’un robot demande d’y consacrer du temps, de s’y investir. Bien sûr, il est possible de tout gérer de manière automatique en suivant des courbes prédéfinies pour tout le troupeau. Mais les derniers gains de performance, les derniers euros à aller chercher, proviennent de la capacité de l’éleveur à reprendre la main pour faire du cas par cas. Ajuster par exemple l’alimentation d’une vache jugée trop grasse ou trop maigre. Ou plus globalement, réadapter régulièrement au cours de l’année la couverture à l’auge en fonction du stade moyen de lactation du troupeau… Dans de nombreuses exploitations, c’est encore trop peu réalisé.

Paul Lacombe, Consultant en gestion de troupeau automatisé
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