Betterave fourragère en Bio : maxi-réussite avec les mini-mottes !

Une mini-motte de betterave, au stade 3-4 feuilles, prête à planter. - Illustration Betterave fourragère en Bio : maxi-réussite avec les mini-mottes !
Une mini-motte de betterave, au stade 3-4 feuilles, prête à planter.
Souvent abandonnée par les éleveurs biologiques, la betterave fourragère, dont la production en bio s’avère très difficile à mener, garde pourtant tout son intérêt dans la ration alimentaire des bovins laitiers. La plantation de mini-mottes, en alternative au semis direct, lui redonne un nouvel élan grâce à un itinéraire de culture simplifié.

La betterave fourragère est la plante énergétique la plus productive en bio mais elle est probablement une des plus difficiles à produire. La production par semis direct peut s’avérer très délicate tant les étapes de désherbage post-levée sont déterminantes mais périlleuses. Le calendrier de semis est également assez serré. Il faut savoir patienter pour attendre les conditions de ressuyage et de température du sol idéales, sans être trop tardif et risquer les conditions limitantes d’une fin de printemps trop sec. Bref, nous l’aurons compris, le semis direct de semences de betteraves fourragères est une opération périlleuse. Comment faire alors pour maximiser les chances de réussite de la culture ? Zapper le semis !

Mini-mottes et maxi-réussite

Les établissements Thomas Plants, à Ploubazlanec (22), produisent chaque année 100 millions de jeunes plants maraîchers. Michel et Jean-Yves Thomas exploitent aujourd’hui 7,5 ha de serres et 6 ha en extérieur. L’entreprise a mis en place une production de mini-mottes de betteraves. “L’idée est simple”, nous explique Éric Guillou qui suit la production biologique de l’entreprise. “Il s’agit de repiquer en terre des jeunes plants déjà développés au stade 3 à 4 feuilles et ainsi supprimer les étapes de germination et de croissance de la plantule”.
Pour produire ces mini-mottes de betteraves, Thomas Plants a transposé son savoir-faire et son équipement aux particularités de l’espèce. “Il a fallu nous adapter à une graine beaucoup plus grosse que celles que nous travaillions habituellement”, détaille le responsable de culture. “Nous avons également porté une grande vigilance sur la densité de la motte. Il faut qu’elle soit suffisamment compacte pour bien tomber à la plantation mais pas trop pour ne pas étouffer le développement des racines.”

La plantation et développement des mini-mottes

Le repiquage des jeunes plants permet d’étaler les plantations du 15 avril au 15 juin. Les densités de plantations les plus courantes sont de l’ordre de 40 000 plants / ha et peuvent monter jusqu’à 70 000 plants / ha. Pour ce faire, l’utilisation d’une planteuse 2 ou 4 rangs est nécessaire, avec un écartement de 50 à 75 cm entre les rangs et 30 cm sur le rang.

Déjà bien formé, le jeune plant reprend très vite et la couverture végétale se développe à vive allure. Les interventions de binage et hersage sont réalisables dès 8 jours après la plantation. Fort de ses premiers essais, Michel Thomas se félicite des rendements obtenus : “Avec 40 000 mottes par hectare, nous n’avons obtenu que des rendements bruts supérieurs à 100 tonnes/ha. En améliorant encore le protocole de plantation, notamment la préparation du sol, et en adaptant la densité des plants, nous pourrions même envisager d’atteindre des rendements supérieurs à ceux du conventionnel”.

Intégration de la betterave dans la ration

La betterave permet de diversifier la ration des vaches et d’apporter de l’énergie sous forme de sucres fermentescibles. Elle a l’avantage d’être peu encombrante et très appétente. Cependant, elle peut s’avérer contraignante : distribution, conservation, salissement de l’auge… Pour bien l’intégrer dans la ration des vaches, il faut donc veiller à respecter les équilibres nutritionnels requis. Avec une matière sèche variant entre 15 et 22 %, la valeur UFL oscille de 1,12 à 1,15. Il est déconseillé de ne pas dépasser 3 à 4 kg MS, soit environ 20 kg brut de betterave par vache/jour, car elle est très riche en sucres et a une faible teneur en cellulose. Si elle est distribuée en trop grandes quantités et/ou que la teneur en cellulose de la ration est trop faible, le risque d’acidose devient alors important. Au-delà de 3 kg MS par jour, il faut fractionner la distribution en deux repas, ou en ration mélangée. Avec un faible encombrement, la betterave améliore l’ingestion globale de la ration de base. Elle a alors un intérêt marqué dans des rations de base fibreuses et encombrantes : elle permet de concentrer la ration en énergie.

Respecter le bon équilibre

La betterave étant une source d’énergie fermentescible, il est intéressant de l’utiliser dans des rations contenant du maïs ensilage non stabilisé car l’amidon du maïs non fermenté n’est pas encore suffisamment dégradable. Son intégration concentre la ration en énergie, mais un apport de fibres supplémentaire est nécessaire pour la sécuriser. Un apport plus important d’azote soluble dans la ration est aussi recommandé afin de valoriser l’énergie fermentescible apportée. De plus, il faut surveiller la teneur en MS du maïs ensilage. Si celle-ci est trop faible, lorsque l’on y ajoute de la betterave, la teneur en MS de la ration totale est trop faible, et son aspect mécanique se voit détérioré.

Un intérêt économique incontestable

La première économie de l’utilisation de la betterave réside sur le coût de la semence puisqu’il en faut 2 fois moins pour la production de mottes que pour un semis direct. Le coût d’achat des mini-mottes reste important mais il est rapidement amoindri par le gain de temps au désherbage précoce et surtout par une sécurisation de la production tout entière.

Si l’on distribue environ 3 kg MS et que tous les équilibres nutritionnels de la ration sont respectés, il est possible d’augmenter le TP de 0,8 à 1 point et le TB de 1 à 3 points, ce qui entraîne une plus-value du prix du lait sur la période de distribution. Elle permet aussi une diminution de la distribution de concentré de production du fait de sa teneur élevée en UFL. De quoi redonner de belles années à la culture de la betterave en bio. Thomas Plants, quant à eux, ont déjà pour objectif de mettre 20 millions de mini-mottes bio en production pour 2019/2020.

Accompagnement

Triskalia accompagne ses adhérents dans la mise en œuvre de cette culture en fournissant les mini-mottes en provenance de chez Thomas Plants et en ayant identifié un réseau de partenaires pour la prestation de plantation. Pour plus d’informations, contactez le technicien bio de votre secteur.
Michel Roudaut (29) : 06 63 37 19 86 ;
Frédéric Gazan (22 et nord 35) : 06 89 90 16 46 ;
Damien Ganne (56 et sud 35) : 06 70 35 77 75.

Clara Baudoin / Triskalia


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