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Tasser le fourrage pour enfermer moins d’oxygène

Chaque mètre cube d’un silo de fourrage comporte 3 compartiments : la matière sèche du maïs fourrage, l’eau du fourrage et l’air. L’objectif de l’opération de tassage est de chasser l’air et donc l’oxygène de la masse.

À la fermeture du silo, la présence d’oxygène retarde l’atteinte des conditions anaérobies nécessaires au développement des bactéries lactiques acidifiantes. Pendant ce temps, les microorganismes indésirables occasionnent des pertes et se multiplient. Ils seront d’autant plus nombreux dès l’ouverture du silo…

Calculer la bonne masse pour tasser

Sur le silo, un minimum de 400 kg d’engin tasseur par tonne de matière sèche entrante par heure constitue une valeur repère pour tasser efficacement et ainsi réduire la porosité du silo. Il est donc important de mettre en adéquation le débit de chantier estimé de l’ensileuse avec les équipements à disposition pour étaler et tasser le fourrage. Au-delà du poids des engins, les dimensions et le gonflage des pneus influencent l’efficacité de tassage. Des pneus étroits et surgonflés exercent une pression sur le fourrage plus importante et améliorent le tassage.

La bonne épaisseur des couches

L’épaisseur des couches joue un rôle majeur. Plus la couche de fourrage est épaisse, moins l’action de tassage est efficace. Il est ainsi conseillé d’étaler et tasser successivement en couches d’environ 10 cm d’épaisseur. Dans la pratique, avec des ensileuses de 6 rangs (environ 450 cv) et plus, la présence d’au moins deux engins tasseurs devient obligatoire pour faire face au flux de fourrage. Dans ces situations, les engins peuvent avoir des rôles spécifiques, le plus « léger» pour étaler le fourrage, l’engin le plus lourd pour tasser. Cette organisation est d’autant plus facile à mettre en œuvre que deux silos sont confectionnés de manière simultanée.

Démarrer vite les bonnes fermentations

De manière générale, plus le maïs fourrage est récolté vert et humide, moins le silo tassé conserve de porosité, et plus vite le peu d’oxygène retenu est consommé par la respiration du végétal ou l’activité microbienne. À 30 % MS, seul environ 1 litre d’air par kg de matière sèche est enfermé dans le silo. Si le silo est fermé hermétiquement, l’oxygène disparaît en 3 à 4 heures. Levures et moisissures n’ont pas le temps de se multiplier. Les bonnes fermentations, qui transforment les sucres de la plante en acide lactique, abaissent le pH et facilitent la conservation, se déroulent sans délai.

Lorsque le maïs fourrage est plus sec (plus de 35 % MS), chaque mètre cube du silo est plus difficile à tasser. Il contient moins d’eau et plus d’air. 2 à 4 litres d’air par kg de matière sèche sont enfermés dans le silo, voire beaucoup plus dans les zones mal tassées au sommet du silo. Les cellules encore vivantes du maïs fourrage sont moins actives : il faut donc 3 à 5 jours pour épuiser l’oxygène enfermé. Pendant ce délai, les bonnes fermentations lactiques ne démarrent pas, mais les levures et moisissures se multiplient. Si le silo est bien hermétique, celles-ci se mettent en vie ralentie… Mais, plus tard, en présence d’air (trou dans la bâche, ouverture du silo), leur activité reprend : c’est la principale cause de perte de matière sèche lors de la conservation du maïs fourrage.

Obtenir une porosité inférieure à 40 %

La densité, exprimée en kg MS/m3 est souvent utilisée comme indicateur de risque d’échauffement au front d’attaque. La valeur pivot de 220 kg MS/m3 est couramment utilisée. En revanche, ce raisonnement occulte l’impact de la teneur en matière sèche du fourrage sur la porosité du silo. C’est pourtant bien la porosité qui régit la quantité d’oxygène et sa vitesse de pénétration dans la masse de fourrage lors de l’ouverture. Pour un fourrage dont la teneur en matière sèche est inférieure à 32 %, une densité de 220 kg MS/m3 correspond à une porosité inférieure à 40 %, ce qui est la recommandation pour éviter les échauffements (sous réserve d’assurer une vitesse de désilage de 10 cm/j en période froide et 20 cm/j en période chaude).

Au-delà de 32 % MS, il importe d’obtenir une densité plus élevée. En cas de récolte à teneur en matière sèche élevée (>36 %), il devient nécessaire d’obtenir des densités très élevées, supérieures à 250 kg MS/m3, difficilement atteignables. Enfin, il s’agit ici de densité moyenne à l’échelle du silo. Les couches supérieures du silo ne bénéficient pas de l’effet d’auto compaction et présentent des densités systématiquement inférieures aux couches basses (130 à 160 kg MS/m3 dans les 50 premiers centimètres de fourrage sur le dessus du silo, données Arvalis La Jaillière, 2015 et 2016). En raison de leur forte porosité, ces zones du dessus du silo ou des bords, moins tassées, sont souvent sujettes à l’échauffement lors de la reprise.

Anthony Uijttewaal / Arvalis-Institut du Végétal

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