Élevage

Ovin : Des tannins pour maîtriser le parasitisme ?

Pour éviter l’apparition de résistance aux antiparasitaires de synthèse, l’utilisation de plantes riches en tannins est possible. Mais les modalités d’utilisation restent à définir.

« Les parasites sont de plus en plus résistants aux familles d’antiparasitaires, et une fois la résistance installée dans un élevage, elle est irréversible », rappelle Laurent Saboureau, vétérinaire intervenant lors de la journée ovine des Pays de la Loire à Campbon (44), le 16 octobre. Alors les tannins permettront-il demain de limiter l’usage des antiparasitaires de synthèse ? Les résultats de nombreux essais restent variables et ne permettent pas d’élaborer de conseils précis à ce jour. De nombreuses interrogations persistent.

Effet inhibiteur sur le développement des parasites

Des essais in vivo sur des moutons canulés ont permis de démontrer que l’ingestion de sainfoin plante entière, riche en tannins, face à un régime à base de luzerne (sans tannins) a une action sur la fertilité des larves parasites (mais variable de 20 à 80 %). Et les œufs de ces parasites se développent moins vite en larves infestantes sur la pâture, diminuant ainsi la pression parasitaire pour les ovins. On retrouve « l’effet tannant » du fourrage : « Les protéines des tannins se lient à celles de la cuticule des strongles adultes et de la gaine des larves L3 provoquant un durcissement de ces parois ».

Meilleure résilience de l’animal

Au niveau de l’animal, un régime riche en tannin favorise l’absorption de protéines alimentaires tannées, stimulant la réponse immunitaire de l’individu. « Aussi, même en présence de parasites, différentes études ont montré une meilleure résilience de l’animal avec des gains de poids, de laine et moins de signes cliniques d’anémie, de diarrhée et de mortalité ».

Mais ces différents essais méritent d’être consolidés. Il en ressort néanmoins que du fait de leur métabolisme digestif, les ovins répondent mieux aux tannins que les caprins pour lutter contre le parasitisme. D’autres éléments liés aux strongles interagissent : leur stade parasitaire et leur localisation dans le tube digestif. À cela, il faut ajouter les facteurs liés aux plantes : quelles espèces et variétés faut-il favoriser ? Quelles quantités faut-il distribuer ? Sous quelle forme ? À quelle dose ? « L’effet dose et la durée du traitement semblent indéniables », ajoute le spécialiste ovin. Des expérimentations sont en cours pour essayer de répondre à ces questions.

Toxique ou bénéfique ?
Certaines plantes comme les ligneuses et leurs fruits ou les légumineuses fourragères sont riches en tannins (polyphénols). Ils constituent des éléments de défense de la plante contre leurs prédateurs (couleur, amertume, dureté…). Ils existent sous deux formes. Hydrolysables, comme dans les glands, ils sont absorbés par le tube digestif de l’animal et représentent un effet toxique potentiel, en attaquant le foie et le rein. Sous forme condensée, par contre, les tannins ne passent pas la barrière intestinale et agissent sur les strongles gastro- intestinaux.

Les modalités de distribution testées

Au Ciirpo, près de Limoges, les agneaux subissent des cures de 10 jours sur des parcelles implantées en chicorée (10 kg), plantain (5kg) et lotier (2,5 kg) depuis deux ans, avec pesées, coprologies et prises de sang régulières. Il ne semble pas y avoir de différence sur l’excrétion. Mais à 176 g/jour, le GMQ du lot « tannin » était de 17 % supérieur au GMQ du lot témoin sur les 86 jours de suivi. Les traitements des données se poursuivent. Un autre essai est mené jusqu’en 2019 avec des agneaux à l’herbe complémentés avec 300 g/jour de granulés de sainfoin ou 150 g/jour d’écorce de châtaigne.

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