Élevage

« Des maïs secs et moins digestibles »

Johann Cariou, responsable technique nutrition à BCEL Ouest, décrypte la qualité du maïs ensilé cet automne.

Depuis deux ans, le maïs est récolté à un stade avancé.

« Au vu de l’hétérogénéité des maïs cette année, entre parcelles et intra-parcelle, il faudra faire régulièrement des analyses de ce fourrage », conseille Johann Cariou.
« Au vu de l’hétérogénéité des maïs cette année, entre parcelles et intra-parcelle, il faudra faire régulièrement des analyses de ce fourrage », conseille Johann Cariou.

Les ensilages de maïs 2018 sont secs, et ce malgré des dates de récolte anticipées de 15 jours à 3 semaines par rapport à l’année passée. Sur plus de 600 analyses à fin novembre, le taux de matière sèche s’élève en effet à 37,4 % (+3 points/2017). Les fortes chaleurs en septembre ont surpris, le maïs évoluant de 4 à 5 points par semaine. « Et si l’année dernière 8 % des maïs ensilés étaient à plus de 40 % de MS, cette année cette proportion a fortement augmenté, représentant ¼ des chantiers », pouvant entraîner des problématiques de tassage et de conservation. Les carottages présentent en effet des densités de silos hétérogènes, variant de 180 à 300 kg MS/m3, avec une moyenne de 230 kg MS/m3.

L’ensilage 2018 est également marqué par une digestibilité de la matière organique et une MAT plus faibles. Ce qui caractérise le plus les ensilages cette année, outre son taux de matière sèche élevé, c’est en effet la grande hétérogénéité intraparcellaire et entre parcelles de la digestibilité de la matière organique (dMO), qui varie de 66,1 à 74,2 % contre 69 à 73,5 % en 2017. Et si la teneur en amidon est correcte (32,7 %), seul un bon éclatage du grain permettra pour beaucoup de silos de valoriser un amidon récolté au stade vitreux.
La matière azotée totale (MAT) est également plus faible qu’en 2017 : -0,4 % de MAT, entraînant une baisse de 3 à 5 points de PDIN. Soit un déficit de 45 g de PDIN pour une vache ingérant 15 kg d’ensilage de maïs, qui devra être compensé par 0,5 à 0,8 kg de correcteur azoté base soja.

Alors comment faire ingérer ces maïs secs et équilibrer les rations ?

Pour compenser la plus faible dégradabilité de l’amidon du maïs, on peut distribuer 1 à 1,5 kg/VL/j de blé. Si le problème vient de la faible valeur MAT du maïs, de l’urée peut combler le déficit d’azote soluble (PDI faible). Mais attention aux valeurs PDIE. Il faut vérifier que le rapport microbien (PDIN-PDIE)/UF soit entre 2 et 4, sans dépasser ce seuil, et que la concentration des PDIE/UF soit égale à 100, pour ne pas pénaliser la prodution laitière. Si le maïs manque de PDIE, un correcteur tanné sera préférable.

La teneur en MS va fortement influencer l’ingestibilité du fourrage. Pour des maïs jusque 40 % de MS, bien fermentés et bien tassés, il n’y aura pas d’impact sur l’ingestion. Au-delà, les conséquences sur l’ingestion vont être très hétérogènes selon les élevages. Pour faire consommer du maïs ensilage supérieur à 38 % MS, il faut l’arroser. Ajouter 5 L d’eau/VL/jour dans la mélangeuse permet par exemple de baisser le taux de matière sèche de la ration de 4 à 5 points. Les vaches doivent aussi avoir accès aux points d’eau. L’ajout d’acide propionique peut aider à conserver une température correcte du front d’attaque du silo, et à maintenir l’appétence du maïs. Sinon, le recours à des aliments liquides à base de glycérol ou de mélasse peut augmenter l’ingestion et réduire aussi un éventuel déficit énergétique. Si l’ingestion de l’ensilage n’est pas bonne, penser aussi à diversifier les fourrages mis à disposition des animaux.

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