Edito

Suivez le bœuf

Les éleveurs de viande bovine ont le moral au ras des pâquerettes. Depuis le 1er janvier, le prix des femelles allaitantes épouse le tracé d’un encéphalogramme désespérément plat. Comme scotché à un prix politique depuis 45 semaines. Quant au prix de la réforme laitière, il chute aussi vite qu’une feuille d’automne filant vers le plancher des vaches. Et, comme cette pluie de mauvaises nouvelles ne suffit pas, les éleveurs doivent en plus essuyer un incessant bombardement médiatique qui mine encore plus leur moral. La vidéo tournée dans un abattoir de l’Indre et publiée opportunément le week-end consacré aux morts de la Toussaint – les végans ont désormais leur « World Vegan Day » le 1er novembre ! – a constitué un tournant dans cette entreprise de déstabilisation savamment orchestrée. Le sujet incarne toute la puissance émotionnelle capable de faire basculer l’opinion : condamner « les pratiques cruelles, inadmissibles en France en 2018 », comme l’a résumé François de Rugy, ministre de la Transition écologique.

« Les éleveurs se sentent abandonnés », s’alarmaient la semaine dernière un conseiller d’élevage, puis une vétérinaire rurale. Pas une journée, sans qu’ils ne soient interpellés par des agriculteurs qui ne comprennent plus ce qu’il leur arrive. Ce qu’il leur arrive ? 0,5 % des Français qui proscrivent tout produit animal dans leur alimentation bénéficient d’une résonnance médiatique exceptionnelle. Entraînant dans leur sillage un tiers des consommateurs, les « flexitariens », qui modèrent sérieusement leur consommation de viande. Les 30 000 t de viande bovine promises au marché chinois, soit l’équivalent de 3 semaines d’activité d’un abattoir comme Bigard, ne suffiront pas à changer fondamentalement les choses.

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