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880 vaches, une aventure humaine

Michel Welter, directeur de la ferme des 1000 vaches, a connu l’enthousiasme des débuts, les déceptions, la frustration, la colère, et enfin, la satisfaction. Il donne des conseils aux porteurs de projets.
Michel-Welter
Michel Welter est intervenu lors d’une journée sur les grands troupeaux, organisée par Boumatic et Grands Troupeaux Magazine.

Dix ans d’aventure et au moins autant d’ennemis jurés. Michel Welter, à la tête du projet depuis l’origine, a la dent dure. Devant un auditoire d’éleveurs, acquis à sa cause, réunis lors d’une journée technique sur les grands troupeaux, il se lâche et livre en pâture les noms de syndicalistes, d’anciens ministres de l’Agriculture et de l’Environnement, d’associations locales, sans oublier les anonymes des réseaux sociaux « une catastrophe ».

Bizarrement, les services administratifs sont épargnés. L’éleveur a appris à les connaître, après quelques désagréments : montage, démontage, remontage d’un hangar à paille pour 13 jours de retard de permis de construire, 1500 pages de dossier d’installation classée, jugé insuffisant…. « Tout projet doit être co-construit avec les services de l’État. Dès lors, ils sont vos alliés car ils font leur travail dans la discrétion, en accord avec les lois ». Le temps et l’argent investis en amont du projet évitent des complications générant frais d’avocats et reports de dossier, très préjudiciables. « C’est pareil avec le voisinage. Il ne faut rien cacher ». Aujourd’hui, la ferme accueille deux mille visiteurs dans l’année. « On s’adresse souvent à des gens qui cherchent la faille. Ce n’est pas toujours facile de communiquer. Les opposants sont dans l’émotion, nous sommes dans le factuel ».

Dérives

« Au niveau financier, il faut être très pessimiste, notamment les 3 premières années ». L’agriculteur, auparavant en Gaec avec un frère sur une ferme d’une centaine de vaches, n’avait pas tout prévu : un renouvellement multiplié par deux au démarrage, par rapport à un troupeau en croisière. Le regroupement d’animaux provenant de plus d’une quarantaine d’étables laisse des traces au niveau sanitaire. « On constate, partout, qu’il y a un pic de mortalité les 3e et 4e mois, auquel nous n’avons pas échappé ». Il conseille de s’attarder sur les chiffres. « Il faut faire des tableaux de bord pour suivre les charges, les résultats, et ajuster rapidement. Nous avions, au début, une dérive de 0,5 € de coût alimentaire par vache et par jour par rapport au prévisionnel. Si on attend le passage du comptable… ».

Le budget initial doit tout intégrer pour éviter les mauvaises surprises, jusqu’aux voies d’accès enrobées. Autre impératif : oublier toute forme d’autoconstruction, « une perte de temps dans une course contre la montre ; une source d’erreurs qui pénalisent la production ».

Organisation

L’éleveur, ingénieur chez Arvalis en début de carrière, spécialiste du pâturage – ça ne s’invente pas – évoque la main-d’œuvre. « En dessous de 100 vaches, le système reste généralement familial. Entre 100 et 200 vaches, il s’agit de regroupements à 2 ou à 3 associés. Au-dessus de 500 vaches, on entre dans un système d’organisation industrielle du travail avec une hiérarchisation des tâches, des procédures et des contrôles à tous les niveaux. Il faut 3 salariés capables de faire les tâches spécifiques (inséminations…) pour éviter tout problème, notamment les remplacements en cas d’absence imprévue et le chantage à la démission. Entre 200 et 500 vaches, c’est plus compliqué à gérer au niveau de l’organisation du travail ». Il conseille d’acheter des systèmes plutôt que des outils. Tout le matériel de gestion des effluents chez le même fournisseur, par exemple. « Pour assurer une cohérence et pouvoir rejeter la responsabilité d’une éventuelle défaillance d’un des équipements ».

Réussite technique…

L’éleveur parle d’une aventure humaine extraordinaire. Il déplore l’évolution de la société pour laquelle « il est criminel de ne pas faire du bio ou de ne pas sortir les vaches au pâturage » mais se dit satisfait et fier d’avoir réussi au niveau technique. Plus de 10 000 litres par vache avec un intervalle vêlages de 390 jours. Ne lui demandez pas le prix d’équilibre. « Trop bas, on nous accusera de contribuer à la baisse des prix de vente. Trop haut, on nous dira : tout ça pour ça ». La dernière question d’une dame dans l’auditoire jette un trouble : « Quelle a été votre vie de famille le temps du projet ? ». Quelques secondes d’hésitation ; puis, une confidence… L’homme a pris cher, sa famille aussi.

Trafic intense
Au-delà de 200 vaches, il faut penser à la logistique de rapprochement des fourrages. Chez nous, cela fait beaucoup de remorques du champ à l’étable. Neuf journées d’ensilage de maïs et 5 journées d’herbe sont réalisées au moment des récoltes. À 8 kg de concentré par vache et par jour, il faut compter une livraison d’aliment tous les 3 jours. 8 000 tonnes de fumier sont sorties dans l’année soit 300 à 400 bennes de 25 tonnes (une par jour). 25 000 m3 de lisier, soit mille tonnes à lisier. Un camion de lait par jour et des engins agricoles pour le millier d’hectares. Ce trafic ne peut se faire que sur des routes bitumées. Je ne parle pas des intervenants extérieurs et, surtout, des 27 salariés qui doivent accéder en voiture sans aucun problème.
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