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Les filières veulent segmenter les productions

Monter en gamme pour avoir des prix et des aides aux investissements. C’est, en résumé, le message du président de la République. Labels et bio sont fortement encouragés dans les plans de filière.

Ramener une part de la valeur ajoutée vers les producteurs et répondre à la demande sociétale. Voilà les principaux objectifs des États généraux de l’alimentation. Une nouvelle approche de la contractualisation est en discussion pour atteindre le premier volet. Le plan prévoit d’inverser la construction du prix en partant des coûts de production. Encore faut-il s’arranger sur le niveau retenu. Une moyenne dans chaque production ? Dans chaque région ? Les coûts les plus bas ; les plus hauts ? Les différents maillons des filières n’ont certainement pas le même avis. De sacrés débats en perspectives…

Le danger est d’aboutir à un prix déconnecté du marché européen. L’exemple à ne pas suivre est celui du prix « politique » du porc français, fixé à l’automne 2015, en pleine crise. Les 1,40 €/kg, censés réjouir les éleveurs, avaient abouti au fait que les cochons ne sortaient plus des élevages. Les transformateurs s’étaient approvisionnés dans les pays voisins où les prix, reflétant le marché réel, étaient bien plus bas.

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Les critères qui viennent à l’esprit du consommateur quand on évoque la qualité des produits a évolué ces cinq dernières années. En 2007, les termes qui revenaient le plus souvent étaient le prix (élevé, donc de qualité), le goût et la fraîcheur. En 2015, le terme bio est le plus souvent cité.

Un leurre ?

Comment faire ? « Les agriculteurs doivent pouvoir s’organiser en organisations de producteurs (OP) commerciales », répond Nicolas de Béthune, conseiller de la Chambre d’agriculture, lors d’une réunion publique à Ploërmel. Un préalable indispensable pour peser face aux centrales d’achat et négocier des prix tenant compte des coûts de production. Puissent ces OP être assez fortes pour obtenir prix et volumes…, tant il est difficile d’y croire sans mesure protectionniste, contraire à l’esprit européen.

Dans l’immédiat, de nouvelles pratiques commerciales sont censées redonner de l’espoir aux producteurs. Le seuil de revente à perte est relevé de 10 % ; les promotions seront encadrées. La loi Sapin 2 doit permettre de clarifier les relations commerciales entre fournisseurs et GMS. Au vu des pratiques promotionnelles de la grande distribution en ce début d’année, on en est loin…

15 % de la SAU en bio en 2022

Le deuxième objectif est de répondre aux demandes sociétales. Le projet, pour y répondre, se base sur un plan Ambition bio qui prévoit 15 % de la SAU en agriculture biologique en 2022. Face à cette offre, 50 % des produits proposés dans la restauration collective devront être locaux ou bio. Chaque filière a élaboré un plan pour répondre à ces objectifs. Toutes prévoient une augmentation de la bio et des labels mais aussi une production standard de qualité avec une charte proche de ce qui se fait actuellement. Certains de ces objectifs (voir par ailleurs), semblent pour le moins ambitieux à moyen terme (marchés, approvisionnement local en matières premières bios…).

Étiquetage

L’idée de cette segmentation est de créer de valeur ajoutée, grâce aux signes de qualité, et de protéger la production française standard de la concurrence de pays qui proposent des produits similaires, à un coût de production plus faible. « Attention à ce que cette segmentation ne soit pas trop technique et incompréhensible pour le consommateur », prévient Franck Pélerin, élu à la Chambre d’agriculture . « Il faudrait plutôt travailler sur l’étiquetage. La notion “bleu-blanc-rouge”, en référence au “produit en France”, est simple et séduit le consommateur ».

Pour Frank Guéhénnec, président de la FDSEA, « ces plans ne seront satisfaisants que si la valeur ajoutée revient aux producteurs, d’autant plus que le coût de production sera bien plus élevé dans ces segments de production ». Le plan gouvernemental de soutien aux investissements de 5 milliards d’euros ne sera débloqué qu’à la condition d’une montée en gamme.

De la segmentation dans chaque filière
  • Lait  : Logo appelé « France, terre de lait », qui reprend les bonnes pratiques actuelles (lait standard). Volume de lait bio doublé en 5 ans. Démarches « pâturage », « sans OGM » ou « lait de proximité » encouragées.
  • Bovins viande : Doubler la production de viande bovine bio en 5 ans Passage de 3 % à 40 % de Labels Rouge Segmentation sur des critères organoleptiques
  • Porc : Élaborer un socle de base adossé au logo « Le porc français » Logo « Charcuteries de France », élaborées à partir de viande française standard Bio de 0,5 % à 10 % de la production et les labels de 4 % à 12 %
  • Volaille : Logo « Volaille française » doit reprendre 10 % de parts du marché intérieur en 5 ans. Doublement des productions bio et label. 50 % de la production d’œufs en systèmes alternatifs à horizon 2022. Augmenter de 50 % le nombre de poules bio en 5 ans et de 20 % en Label Rouge.
  • Légumes : Augmentation des légumes sous signe de qualité (dont le bio) de 25 % en 5 ans
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