Economie, marchés et gestion

Le bio ne s’impose pas que dans les sondages

Le Crédoc suit à travers ses enquêtes la consommation des foyers français depuis 30 ans. Ses résultats les plus récents annoncent des changements alimentaires profonds.

« Globalement, les changements s’accélèrent », démarre Pascale Hébel, directrice du département consommation et entreprises du Crédoc, à l’Assemblée générale de Nutrinoë à Rennes (35). L’urbanisation, d’abord, a poussé la majeure partie de la population vers les grandes villes et l’a déconnectée du monde agricole. L’idée du « local » avance dans les politiques publiques. « Dans la foulée de l’exposition universelle, 160 grandes villes européennes -comme Bordeaux, Nantes, Lyon, Paris…- ont signé le pacte de Milan. Cela se concrétise par exemple par une journée végétarienne par semaine dans les cantines. »

Les jeunes « nés dans l’environnement »

Dans les résultats d’études du Crédoc, le mot « pesticide » ressort en premier chez les Français interrogés sur les risques liés à leur alimentation. « Comme en Italie, Belgique ou Allemagne, nos peurs sont concentrées sur l’ajout de produits chimiques. En Finlande, Suède ou au Royaume-Uni, le bien être animal est la première préoccupation. Au Portugal ou en Espagne, on s’intéresse avant tout à la fraicheur, on a peur du produit périmé, de la contamination bactérienne… » Aujourd’hui, 25 % des consommateurs français se déclarent préoccupés par la dégradation de l’environnement. « Les plus jeunes sont nés dedans. On leur en parle dans toutes les matières des programmes scolaires. » En juin, au Bac, des sujets ont tourné autour de la cruauté animale, du véganisme ou du végétarisme…

La fraude à la viande de cheval a également fait remonter la peur alimentaire. « Collectivement, les Français ont eu l’impression de revivre un scandale type crise de la vache folle… Et les documentaires à charge, tous les jours, à la télévision participent à amplifier ces peurs. » Selon le Crédoc, la peur des Français se concentre majoritairement sur les pesticides pour les fruits et les légumes. « Pour la viande, le consommateur s’inquiète d’abord des antibiotiques et de plus en plus des conditions d’élevage. D’où l’intérêt pour les filières de pouvoir préciser “sans antibiotique” sur l’étiquette. »

À l’heure des maladies de civilisation

Pascal Hédel insiste aussi sur la question des « maladies de civilisation ». Plusieurs facteurs favorisant le cancer sont identifiés comme le tabac ou l’alcool. « Mais de nouvelles informations viennent de sortir dans la presse concernant l’alimentation : 60 % de Français ont une consommation de charcuterie au-dessus de la recommandation, 30 % pour la viande rouge. Les choses vont bouger. Déjà, les flexitariens mangent moins de viande pour raison de santé… Et demain, il y aura dix fois plus de végétariens. »

La question revient souvent dans les assemblées entre la grande proportion de sondés qui déclarent vouloir du bio et leurs actes d’achat réels… Pascal Hébel entend la remarque mais insiste sur une tendance très claire : « La consommation bio en France a cru de 21 % en 2017. En 2018, ce sera plus encore. Une partie de la population ne peut pas en acheter, mais en rêve. Et la loi Alimentation va imposer 20 % de bio dans les cantines… Nous talonnons aujourd’hui l’Allemagne sur la question et si de grandes enseignes lancent des magasins spécialisés, ce n’est pas un hasard. » Hervé Vasseur, président de Nutrinoë, confirme le mouvement : « En alimentation animale, les volumes bio ont progressé de 15 % en France, de 18 % en Bretagne en 2017 ».
Pour la spécialiste, d’autres tendances sont claires. « Sans pesticides, sans colorant, sans OGM, sans conservateur, sans nitrite… Le “sans” va également s’enraciner. Enfin, les 18-24 cherchent de la fortification nutritionnelle grâce à des aliments équilibrés, riches en vitamines et minéraux. »

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