Élevage

Les strongles gastro intestinaux chez les génisses

Les travaux de recherche menés dans le cadre de la chaire AEI ont permis de développer des outils simples et opérationnels du traitement raisonné pour lutter contre les strongles gastro-intestinaux chez les génisses de première saison de pâturage.

Les strongles gastro-intestinaux (SGI) sont des vers ronds parasites du tube digestif présents chez tous les bovins ayant accès au pâturage. Parmi les différentes espèces de SGI identifiées en France, Ostertagia ostertagi est considérée comme la plus fréquente et la plus pathogène. Chez les jeunes bovins, réceptifs et sensibles aux infestations, O. ostertagi peut induire des diarrhées ou plus fréquemment des baisses de production se traduisant par des chutes de croissance.

Une résistance aux vermifuges

Pour limiter les pertes de production dues à O. ostertagi, les mesures de contrôle reposent essentiellement sur l’utilisation des traitements vermifuges qui éliminent les parasites chez l’hôte et préviennent des réinfestations lorsqu’ils persistent dans le temps. Cependant, une forte utilisation de ces médicaments soulève 3 risques majeurs : un développement de l’immunité insuffisant chez le jeune bovin, la sélection de populations de SGI résistants aux vermifuges, l’impact environnemental lié à l’usage de certaines molécules (avermectines).

Tout en assurant un contrôle efficace de l’infestation permettant d’éviter les conséquences zootechniques et médicales, il est ainsi important de rationaliser l’usage des vermifuges afin de réduire leur utilisation et d’assurer la durabilité de leur efficacité. En fonction des conduites de pâturage mises en place, il est admis que la période à risque dans les pays tempérés peut démarrer à partir de 2-3 mois après la mise à l’herbe et s’étaler de juillet à octobre. Deux périodes de traitement sont donc classiquement envisagées : la mi-saison et la rentrée en bâtiment.

cycle-SGI-ostertagia

Stratégie en mi-saison

La mise en place d’une stratégie de traitement ciblé sélectif (TCS – traitement des individus les plus infestés) à cette période permet de prévenir toute perte de poids jusqu’à la fin de la saison mais nécessite un regroupement ponctuel des animaux (pesée, traitement) à une période où les génisses peuvent être sur des parcelles éloignées des bâtiments. La stratégie de TCS en mi- saison consiste à traiter 50 % des individus d’un groupe présentant les GMQ (gain moyen quotidien de poids) les plus faibles, les GMQ étant mesurés entre la mise à l’herbe et la mi-saison. Afin de réaliser cette stratégie de TCS, les animaux doivent donc être pesés au minimum à 2 reprises : à la mise à l’herbe et en mi-saison. La mise en place en parallèle de conduites protectrices de pâturage permet de réduire le niveau d’exposition des animaux avec les SGI (ex : sortie tardive, rotations, supplémentation) et d’accentuer le succès de la stratégie de TCS.

Stratégies à la rentrée en bâtiment

La rentrée en bâtiment est une période adaptée pour faire le point sur les conduites de pâturage mises en place ainsi que pour bloquer, manipuler et traiter les animaux. Cette période trouve également sa justification dans les résultats favorables obtenus en termes de croissance après traitement. À partir des conduites de pâturage mises en place dans les 24 groupes de génisses en suivi, les études ont montré qu’il est possible d’identifier les groupes à risque au travers de 3 indicateurs simples de con-duite de pâturage (la date de mise à l’herbe : avant/après juin, la durée de pâturage : inférieure/ supérieure à 5,5 mois et la durée totale de forte supplémentation où l’herbe devient la part minoritaire de la ration : inférieure/supérieure à 2 mois).

Ces indicateurs simples ont permis d’identifier 94 % de groupes réellement à risque (6 % de faux négatif). En utilisant des informations plus précises telles que le planning de pâturage (date de mise à l’herbe/rentrée, rotations, durée de supplémentation), les traitements effectués et les conditions météorologiques, un système expert, Parasit’Sim[1], a permis d’identifier l’ensemble des groupes réellement à risque (0 % de faux négatif). Parasit’Sim modélise le nombre de générations larvaires d’O. ostertagi rencontrées par les génisses durant la saison de pâturage.

Il n’existe donc aujourd’hui plus d’excuse pour continuer à traiter systématiquement les génisses de première saison de pâturage sans diagnostic préalable. Le traitement raisonné est devenu possible et abordable pour chaque éleveur, à vous de jouer !

La Chaire AEI, de quoi s’agit-il ?
Les coopératives Agrial, Terrena, et Triskalia, les établissements d’enseignement supérieur agronomique et vétérinaire Agrocampus Ouest, Esa et Oniris ont signé le 13 septembre au Space le renouvellement pour 5 ans de l’accord cadre qui les lie depuis 2012 pour faire vivre la chaire d’entreprise AEI. L’Inra rejoint ces 6 membres fondateurs et devient ainsi le 7e membre principal.

Gouvernée par un conseil de direction et un comité d’orientation scientifique composés de représentants des membres signataires, cette chaire a pour objectif de promouvoir l’agro-écologie et les techniques d’agriculture écologiquement intensive qui en découlent. Cela passe par l’élaboration de connaissances théoriques en agro-écologie, le développement de solutions opérationnelles pour les producteurs et la réalisation de formations à destination des personnels des coopératives, des agriculteurs et des étudiants.

La chaire AEI a financé une douzaine de mémoires de fin d’études et projets d’ingénieurs et cofinancé 5 thèses de doctorat sur le fonctionnement des sols, la protection des cultures, la santé des animaux et les conséquences socio-économiques de la transition agroécologique. Aurélie Merlin a effectué ses travaux de recherche pendant 3 ans au sein de la chaire AEI et soutenu sa thèse de Doctorat en janvier 2017 « Optimisation de l’usage des antiparasitaires chez la génisse laitière d’élevage en vue de prévenir le risque d’émergence de populations de strongles digestifs résistants : développement d’une stratégie durable de traitement sélectif. »

Aurélie Merlin / Christophe Chartier

[1] Un fichier Excel pour l’utilisation de Parasit’Sim est disponible sur demande à Alain Chauvin, alain.chauvin@oniris-nantes.fr

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