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Le Shetland a tout d’un grand

La rudesse du climat a façonné son gabarit. De ce petit standard, l’homme en a fait un atout pour tirer les chariots dans les mines. Aujourd’hui, le poney Shetland a retrouvé l’air libre et les enfants qu’il a jadis remplacés dans les galeries.

poney-shetlandPetit, mais très robuste. Quand la nature est chiche et le climat rugueux, il faut lutter. Le poney Shetland puise sa rusticité originelle sur les îles du même nom. Là-bas, au large de l’Écosse et de la Norvège, en pleine Mer du Nord. Là-bas, sur des terres sauvages balayées par les vents glacés qui clouent végétaux et animaux au ras du sol. Le Shetland, économe et endurci, mais pas aigri, s’est modelé dans cet environnement hostile. « Son caractère sociable en fait un super-animal de compagnie », témoigne Olivier Blanchet, éleveur à Quévert (22) et vice-président de l’Association française du poney Shetland (AFPS).

Naturellement fait pour résister

Sa présence sur l’archipel subarctique du nord de l’Europe pourrait remonter à l’ère glaciaire. Des chevaux des steppes eurasiennes s’y seraient introduits en passant par la Scandinavie avant la séparation des terres par les eaux aux alentours de 8 000 av. J.-C. À l’image de sang neuf apporté au Mouton d’Ouessant lors de naufrages, des infusions de sang espagnol ou arabe auraient eu lieu lors des grandes croisades. « De plus, les races norvégiennes de chevaux ont très certainement influencé le Shetland tel que nous le connaissons aujourd’hui. Car au Moyen Âge, il existait déjà des relations commerciales entre la Norvège et les Îles Shetland », explique l’AFPS.

Utilisé par les habitants des Îles Shetland pour les travaux des champs, l’extraction de la tourbe et le transport, ce poney vivait jadis en harmonie avec des moutons sur de grandes étendues communales. Sa double couche de poils le protégeant du blizzard et de la pluie qui ruisselle en surface en préservant la fourrure intérieure de l’humidité. Se contentant d’une alimentation frugale, le Shetland est néanmoins assez vorace. « Il consomme 4-5 kg de foin par jour. Il convient d’ailleurs de limiter sa consommation car, trop nourri, il est sujet à la fourbure », souligne l’éleveur costarmoricain.

Remplaçant des enfants dans les mines

C’est dans les années 1850, alors que le Parlement du Royaume-Uni interdit le travail des enfants dans les mines de charbon, que se développe l’élevage de Shetland. À cette époque, la ponction de femelles dans le milieu naturel contribue à appauvrir génétiquement la race. C’est pourquoi un certain Lord Londonderry crée le premier élevage intensif de poneys Shetland destinés au travail des mines. C’est de cette période que date la taille maximale au garrot de 1,07 m (3 pieds et 6 pouces) définie par le stud-book de la race. « Cette taille permettait aux poneys de circuler facilement dans les galeries des mines », précise Olivier Blanchet.

Après la Grande Guerre, la motorisation annonce le déclin de l’utilisation du Shetland par l’industrie minière. La reine d’Angleterre, passionnée par ce poney de petite taille, contribue à lui donner une certaine noblesse auprès de l’aristocratie britannique. Dans les années 60, son succès auprès des centres équestres pour enfants lui vaut d’être exporté massivement sur le continent européen et en Amérique du Nord.

Une nouvelle ère s’ouvre à lui

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Olivier Blanchet, éleveur à Quévert (22) et vice-président de l’Association française du poney Shetland (AFPS).

Aujourd’hui, Olivier Blanchet accompagne ce poney sur le chemin du changement permanent d’usage qu’il a connu depuis sa domestication. « J’ai développé “Crins d’herbe” une entreprise d’écopâturage et d’animation », explique cet éleveur qui s’est passionné pour le Shetland quand il était enfant. « Un grand oncle, Paul Guillemot, vétérinaire à Ploubezre (22) et éleveur de mini-Shetland depuis les années 70, m’a transmis le virus », retrace-t-il. Et d’ajouter : « Actuellement, je possède une trentaine de poneys que je place dans des propriétés pour l’entretien. Toujours par deux minimum car il s’agit d’un animal grégaire ». Et l’éleveur d’expliquer que l’aptitude de l’animal à se contenter de peu n’en fait pas un débroussailleur universel : « Il ne mange pas les orties, les chardons et les ronces, etc. Mais en récompense de son travail, il fournit du crottin si prisé par les jardiniers ».

Cette activité d’écopâturage intéresse doublement certains établissements comme les écoles et les maisons de retraite. Elle permet en effet d’allier écologie et animation. Pour les personnes âgées, les poneys deviennent des animateurs de vie ; pour les scolaires une école de la vie.

Trois standards
Le Connemara, le Dartmoor, l’Exmoor, le Welche sont des races cousines. Le Shetland a aussi sa propre déclinaison en miniature obtenue par croisement des plus petits gabarits. Quelle que soit la catégorie (grand de 96 à 107 cm ; intermédiaire de 86 à 95 cm ; mini à moins de 86 cm), toutes les robes sont autorisées en Shetland, à l’exception des robes tachetées (appaloosa, léopard). Même si sa petite taille lui donne des airs de peluche vivante, le Shetland est considéré comme l’un des équidés les plus forts au monde par rapport à sa taille et il reste un animal vif. Il faut compter entre 800 et 1 000 € à l’achat, sachant qu’il faut toujours acheter deux au risque de voir un individu seul s’ennuyer…
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