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À Rostrenen, un gang anti-chardons sévit

Une poignée d’anonymes mènent des actions « piquantes » pour pousser élus et agriculteurs à détruire l’adventice.

D’une certaine manière, l’histoire rappelle un peu la milice des commerçants de Rostrenen qui s’était organisée il y a une quinzaine d’années pour faire face à des vols récurrents sur la commune. En plus des forces de l’ordre, les membres de la profession s’étaient pris en main pour effectuer des rondes. Cette fois-ci, dans la même zone, des personnes se sont structurées pour mener une campagne contre la prolifération des chardons des champs (Cirsium arvense).

« Dès avril, nous avons vu l’adventice apparaître partout. La population de cette plante est repartie de plus belle… », expliquent les militants qui restent anonymes « à cause du risque de représailles ». Certains sont agriculteurs, mais pas tous. « Peu à peu, les fleurs violettes sont sorties et aujourd’hui elles sont blanches, prêtes à essaimer. Cette production de semence étant florissante ici, nous avons donc décidé de bouger. » Rappelons que la destruction de cette plante pénalisante dans les champs est réglementée, rendue obligatoire par arrêté préfectoral dans chaque département breton.

chardon-insultes

« Nous avons souvent essayé d’en parler avec les gens concernés : les agriculteurs bien sûr, mais également les propriétaires privés, les représentants des communes ou des services départementaux… », expliquent les membres de la Lac, pour Ligue anti-chardons. « On nous a envoyé promener. Les agriculteurs répondent souvent : moi, je n’ai pas beaucoup de chardons, par contre mon voisin en a… » Chacun se renvoie la patate chaude et pendant ce temps, les chardons arrivent doucement à maturité.

Objectif zéro chardon en fleur ?

« L’année dernière, j’ai passé une journée pour maîtriser les chardons sur mes terres. Cette année, c’était trois… », témoigne l’un des acteurs de cette nouvelle lutte pour souligner l’aggravation de la situation. « Avoir des terres propres, pas envahies, c’est d’autant plus important que nous avons de moins en moins de produits désherbants autorisés. » Un complice enrage : « À l’époque de nos grands-parents, personne n’aurait supporté cela dans les parcelles. D’une honte, avoir des chardons est presque devenu une fierté pour certains. » Alors que des communes visent demain le « zéro phyto », la Lac ajoute « Pourquoi pas aussi le zéro chardon en fleur ? ».

Pour les membres, l’heure est désormais « à l’action et peut-être même à la verbalisation ». Ils attendent que les agriculteurs fauchent les adventices chez eux, mais aussi que les élus, voire le préfet, mettent la pression sur les récalcitrants et demandent à leurs services de désherber d’urgence sur les espaces municipaux et départementaux. « Les fleurs sont en graine. Même si c’est tard, tout le monde doit s’y plier dès maintenant car les graines des plantes une fois à plat voyageront beaucoup moins. Et surtout, le pli sera pris pour agir tôt l’année prochaine… »

Pas toujours si simple de le dire avec des fleurs. Dans la région de Rostrenen (22), la Ligue anti-chardons (Lac) stigmatise élus et agriculteurs qui ne fauchent pas leurs chardons pour les faire réagir. Depuis un mois, l’ambiance est un peu tendue dans les campagnes.
Pas toujours si simple de le dire avec des fleurs. Dans la région de Rostrenen (22), la Ligue anti-chardons (Lac) stigmatise élus et agriculteurs qui ne fauchent pas leurs chardons pour les faire réagir. Depuis un mois, l’ambiance est un peu tendue dans les campagnes.

Messages sur les routes et bouquets pour les maires

Cette grogne dissimulée s’exprime désormais au grand jour. Depuis fin juillet, la Lac multiplie les opérations. Cela a débuté et se poursuit par l’écriture de dizaines de messages à la peinture blanche sur la chaussée ou le placardage d’écriteaux, ça et là, aux entrées de champs ou sur des bottes de paille, pour signaler les chardons en végétation. « Éleveur de chardons, coupe tes chardons », « Chardons halte », « Le village des chardons », « Semenciers », « Herboriste de chardons »…

Des alertes, entre humour et ironie, que l’on découvre au fil des routes de campagne quand on parcourt les communes de Mellionnec, Plouguernével, Plélauff, Rostrenen et Bonen. Quelques-uns ont reçu le message et attelé la barre de coupe. D’autres ont arraché les pancartes ou peint leur réponse sur le bitume dans un langage plutôt fleuri… Après la mi-août, la Lac a aussi eu une attention particulière pour les maires : un bouquet de chardons et une lettre rappelant la nécessité d’agir déposés devant la porte de chaque mairie. Un élu a répondu par voie de presse rappelant l’obligation de détruire la plante tout en désapprouvant « la manière peu élégante » de préférer « la délation à la pédagogie ».

Bien loin d’être suffisant pour les « motivés » qui ont préparé une nouvelle missive à destination « des politiques qui doivent prendre le problème à bras-le-corps » et qui promettent de continuer à « solliciter les producteurs de semences rebelles ». Pour eux, ce ne sont pas les moyens ou outils –« barres de coupe, épareuses, broyeurs, faucilles, faux semis… »- qui manquent, « seulement la volonté ».

Cécile Goupille, Conseillère agronomie
Cécile Goupille, Conseillère agronomie

Une vivace redoutable et préjudiciable

Réglementairement, chacun a le devoir de contrôler la population de chardon des champs (Cirsium arvense) chez lui, les agriculteurs comme les collectivités. Si quelqu’un fait des efforts pour gérer ses chardons, il lui est difficile de voir les graines du voisin voler sur ses terrains. La lutte doit être collective face cette vivace redoutable dont la nuisibilité peut être importante. Par exemple, 15 pousses de chardons au m2 dans du blé peuvent entraîner une baisse de rendement de près de 35 % et des volumes importants d’impuretés dans la récolte.

Cécile Goupille, Conseillère agronomie, Chambre d’agriculture de Bretagne
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