Désherbage des légumes : Vers de plus en plus d’usages orphelins

Les cultures légumières sont à la peine quant aux solutions de désherbage disponibles sur le marché. Parfois, les solutions alternatives ne sont pas adaptées aux cultures.

Coquelicot Concerné par la résistance (groupe B) - Illustration Désherbage des légumes : Vers de plus en plus d’usages orphelins

Robots désherbeurs, couverts végétaux, solutions alternatives… Les plans de guerre pour lutter efficacement contre l’utilisation de solutions chimiques se multiplient, et gare à celui qui n’emboîte pas le pas de ces nouvelles façons de protéger ses cultures…

Pourtant, il existe bons nombre de situations conduisant les producteurs à des impasses. Les cultures légumières souffrent particulièrement de manque de moyens. « Le nombre de solutions chimiques varie suivant les cultures, qui sont plus ou moins bien achalandées. Dès que les surfaces consacrées à une espèce deviennent importantes, le nombre de substances disponibles sur le marché devient important Â», introduit Sophie Szilvasi, experte en cultures légumières et intervenant sur le sujet de l’évolution des solutions de désherbage en cultures légumières lors du dernier Sival, à Angers (49).

« Pour exemple, seulement deux substances sont autorisées sur artichauts. D’une manière générale, les cultures plantées disposent de moins de solutions, car elles peuvent bénéficier d’alternatives Â». L’utilisation d’outils en est une illustration, les légumiers l’utilisant depuis de nombreuses années. Mais ces passages de dents déracinant les plantes indésirables ne sont pas toujours techniquement possibles.

Conserver la rentabilité de la culture

Cyril Pogu est producteur de mâche sur le bassin nantais. Une culture qui demande une extrême vigilance vis-à-vis des corps étrangers qui peuvent se glisser çà et là, la mâche étant destinée à la 1re ou à la 4e gamme. « C’est un produit prêt à consommer, il faut être vigilant Â», estime le producteur. Le désherbage fait donc l’objet de toutes les attentions, car « au-delà de 20 brins d’herbe par m2, la planche est détruite Â» et les 1 000 plants par m2 empêchent le passage d’outils de désherbage mécanique dans cette culture. Faudrait-il alors modifier la densité des plants ?

« Les planches d’une largeur d’1,2 m comptent 34 rangs. Une solution peut être d’enlever 3 rangs pour le passage d’outils, mais cela ne passe pas d’un point de vue économique, ce serait une totale remise en question des techniques de production Â».

De plus en plus de substances sur la sellette

Sans juger du profil écotoxicologique et toxicologique des substances actives présentes sur le marché, sur lesquelles une suppression des molécules les plus nocives pour l’environnement et l’utilisateur est indiscutable, la profession se retrouve parfois laissée à l’abandon face à certaines mauvaises herbes. Le salissement des parcelles évolue, suite « au retrait régulier d’herbicide, comme récemment le Ioxynil ou le Linuron. 73 % des substances actives sont sans problème a priori. 13 % sont candidates à la substitution et sans critère d’exclusion. Les 14 % restant sont en mauvaise posture et sont donc quasiment perdues Â», déplore Sophie Szilvasi.

En 2017, 30 % des substances actives herbicides autorisées sur légumes ont subi un réexamen communautaire. L’utilisation de certaines spécialités est très hypothéquée, comme le Diquat, utilisé pour le défanage des pommes de terre. Il n’est pas encore évident qu’il soit réhomologué Â». Une conséquence directe de ces suppressions de molécules se manifeste par l’émergence de flore nouvelle, auparavant maîtrisée. « C’est le cas du datura, qui apporte dans un même temps des problèmes liés à la sécurité alimentaire et sanitaire, à cause des intoxications qu’il provoque. Il en est de même pour le séneçon Â». Sur culture de salade, les galinsogas donnent du fil à retordre aux producteurs, ou encore le souchet comestible, qui interdit des mises en culture en cas de prolifération trop importante.

Le post-levée pose problème

Quand elles existent, les solutions de désherbage en pré-levée fonctionnent plutôt bien. « Le cÅ“ur du problème se situe du côté de la postlevée Â». Les familles de légumes comme les alliacées, les apiacées, les différents choux ou les courgettes ont des programmes de désherbages en post-levées jugés insatisfaisants.

Du côté des solutions alternatives, des solutions comme le désherbage thermique, le binage, l’utilisation de vapeur ou la solarisation « donnent de bons résultats, mais demandent toujours un complément de désherbage pour être satisfaisant Â». L’artichaut est concerné par cette complémentation obligatoire, et les yeux se tournent vers les robots, qui pourraient ouvrir d’autres pistes.

Cyril-Pogu
Cyril Pogu, Producteur de mâche en Pays de la Loire.

On ne compte pas en heures, mais en minutes

La désinfection par la vapeur consomme 4 000 L de fioul par ha, et le fait de chauffer le sol peut être néfaste, au risque de bloquer certains éléments. Les couverts végétaux limitent le salissement, mais peuvent créer par la suite des brindilles qu’il faut éliminer : des trieurs optiques existent, mais fonctionnent mal en cas de résidus de couleur verte. La robotique avance sur ces sujets, mais je suis inquiet des vitesses de travail, les fenêtres de tir ne se comptent pas en heures, mais en minutes.

Cyril Pogu, Producteur de mâche en Pays de la Loire

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