Côtes d'ArmorCultures

Les couverts végétaux limitent les phytos

Des agriculteurs du bassin versant du Sulon (22) explorent différentes pistes pour limiter l’utilisation de produits phytosanitaires, mais aussi pour limiter les fuites d’azote pendant la période hivernale, notamment après une culture de pois.

Le couvert végétal casse le cycle des ravageurs et des adventices. Allonger sa rotation est aussi un levier connu pour ne pas avoir une flore qui devient au fil du temps difficile à maîtriser. Sur l’exploitation de Jean-Michel Gaude, installé à Saint-Ygeaux (22), ces deux éléments sont pris en compte, en ajoutant le fait qu’il ne laboure plus les champs. La couverture végétalisée des sols est une habitude vieille de 25 ans. « Nous utilisons depuis toujours des espèces simples après une culture de céréales, comme la phacélie, la moutarde ou encore de l’avoine de printemps, semée de façon dense et facile à détruire par un passage de rotavator en début février » explique-t-il.  À l’automne dernier, 5 ha ont fait l’objet d’un essai de semis en direct de céréale dans une moutarde brune développée.

Une plante couverture

Cet essai, mis en place chez un groupe d’agriculteurs du bassin versant du Sulon (22), vise à diminuer l’utilisation de solution chimique dans les parcelles. Chez Jean-Michel Gaude, le semis a été réalisé au 22 octobre, en pleine floraison de la moutarde brune, à l’aide du semoir Väderstad CarrierDrill 300 appartenant à Guy Le Pavec. « Pas de problèmes particuliers à signaler, et même si la semence est plus onéreuse, le coût d’implantation reste maîtrisé par le semis en direct ». La moutarde brune, semée dans un sol très sec au 25 juillet, a bénéficié de pluies salvatrices qui sont arrivées une quinzaine de jours plus tard pour un bon développement du couvert.

Le semis du blé au 22 octobre.
Le semis du blé au 22 octobre.

Après le semis, certains plants de moutarde on tenté de repartir en végétation, mais « sans concurrencer le blé. Dans tous les cas, le froid de janvier a détruit les dernières moutardes présentes ». Un désherbage est alors effectué à 3 feuilles de la céréale, le tallage se déroulant dans de bonnes conditions. « J’ai observé que la céréale avait un aspect plus vivant, souffrait moins du gel et était moins sensible aux écarts de températures, comme si le couvert la protégeait ». Pas de réduction de dose lors du désherbage, mais une culture plus résiliente, avec « des risques de fuite d’azote maîtrisés, après culture de pois de conserve, dont les reliquats post-récolte sont importants ».

Les autres effets de la moutarde brune

Si le choix de l’agriculteur s’est porté sur une espèce de moutarde brune, c’est aussi pour « un effet qu’il reste encore à étudier sur le piétin-verse. Les contraintes environnementales vont devenir plus fortes, il nous faut trouver autre chose pour réduire les doses de produits phytosanitaires et de fertilisants. Diminuer de 10 ou de 20 % la dose appliquée, c’est une dose encore plus faible qui peut potentiellement partir par ruissellement. De plus, un sol couvert retient l’eau au champ ».

Le blé, prometteur, a bien résisté au froid de l’hiver.
Le blé, prometteur, a bien résisté au froid de l’hiver.

« La moutarde a sans doute fournit un peu d’azote à la culture, mais il faut toutefois attendre 2 à 3 ans pour observer les arrières-effets », rappelle Annie Charter, conseillère en agronomie à la Chambre d’agriculture de Rostrenen (22). La date de semis et le stade de développement de la moutarde sont des sujets à améliorer, car une plante peu développée sera plus difficile à rouler au moment du semis de la céréale et une moutarde détruite trop jeune risque de relarguer son azote pendant l’hiver. « Une autre piste vise à exporter cette biomasse pour éviter les fuites d’azote et de la valoriser par les animaux ou par une unité de méthanisation. Certaines adventices peuvent aussi poser problème, comme le chiendent, qu’il convient de détruire avant implantation du blé, ce qui n’exclut pas d’utiliser la charrue ».

Autre observation : la « bonne portance du sol en sortie hiver, avec une terre qui ne colle pas, et qui peut aider à bien valoriser des effluents ». Un essai concluant sur de nombreux tableaux. Et si les parcelles présentent aujourd’hui très bien, les récentes fortes chaleurs ont été un facteur favorable à l’échaudage.

Les résidus de moutarde sont toujours visibles et se dégraderont au fur et à mesure.
Les résidus de moutarde sont toujours visibles et se dégraderont au fur et à mesure.

 

Faisan à la moutarde
La parcelle de l’essai se situe dans le périmètre couvert par un groupe d’intérêt cynégétique, ou le faisan est interdit de chasse. « Le gibier se plaît dans les champs, nous avons observé des nichées. Le bocage important et l’aménagement foncier, avec un maillage cohérent, favorisent le repeuplement. Nous discutons avec la société de chasse sur les espèces de couvert à utiliser », explique Jean-Michel Gaude.
Mots-clés

Peut vous intéresser

Lire aussi...
Fermer
Bouton retour en haut de la page
Fermer