À l'étranger

Regard d’un Breton sur l’Irlande : le lait permettra-t-il de garder des jeunes dans les campagnes ?

La filière laitière irlandaise, est aujourd’hui en passe de réaliser son pari d’augmenter la production de 50 % en 5 ans. Jules Hermelin, doctorant en sciences sociales, livre son point de vue.

Vu de Bretagne, un élan d’optimisme semble traverser l’île aux vertes campagnes et aux coûts de production réduits. Les Irlandais surferaient-ils sur une vague de bonheur et d’enthousiasme alors que nos élevages seraient enfermés dans la morosité et l’absence de perspective ? Leur fameux lait à l’herbe suffit-il à garantir un bon niveau de rémunération, qualité de vie et renouvellement des générations ?

Le troupeau moyen a doublé en 10 ans

Jules Hermelin
Jules Hermelin

Après une semaine intense faite de rencontres, de visites de fermes et d’entretiens avec des éleveurs et des responsables du secteur agricole, ce portrait idyllique devient plus nuancé. L’agrandissement de leurs structures pose à l’ensemble du secteur de colossaux défis économiques et sociaux. Les agriculteurs irlandais doivent aujourd’hui les relever au risque, peut-être, de sacrifier la vitalité des territoires ruraux.

L’augmentation de la production s’est faite essentiellement par la spécialisation ou la conversion d’élevages allaitants. Le troupeau moyen a presque doublé en 10 ans. En 2016, il atteint 76 VL et devrait continuer de croître… La physionomie de l’élevage laitier irlandais est en pleine mutation. L’image d’une Irlande composée de petites fermes laitières commence à être légèrement obsolète. On compte 4 200 exploitations de plus de 100 VL, presque autant que les 5 000 fermes de 30-50 VL. La tendance devrait d’ailleurs se poursuivre, car les projections officielles annoncent un troupeau moyen autour de 100 VL d’ici 2025.

Image du métier dégradée

La croissance soudaine du cheptel national (+ 300 000 VL en 5 ans) aurait dû provoquer des embauches massives dans les 17 000 exploitations laitières. Il n’en a rien été. Au contraire, selon Teagasc, on assiste désormais à un déficit de main-d’œuvre qualifiée et motivée, tant familiale que salariée. Pour produire les 2,5 milliards de litres supplémentaires, les éleveurs ont dû travailler beaucoup plus, sur des tranches horaires étendues. Faire vêler 150 vaches en deux mois entre février et avril est un exercice compliqué et chronophage, surtout quand on doit tout gérer à la fois, animaux et stagiaires.

Dans les campagnes irlandaises, on parle de plus en plus de burn-out, d’isolement au travail, de déperdition de la vie sociale. Aucun emploi direct n’a été créé par l’augmentation de la production. La surcharge de travail dans certains élevages dégrade l’image et l’attractivité du métier. À tel point que certains en viennent même à se demander si aujourd’hui, plus encore que le prix élevé de l’accès au foncier, le « facteur humain » n’est pas devenu le véritable facteur limitant de l’expansion laitière irlandaise.

Des producteurs âgés

La moyenne d’âge des producteurs de lait irlandais est de 58 ans, et 17 % d’entre eux ont plus de 65 ans. En 2012, 48 % des paysans déclaraient ne pas avoir de successeur officiel. Les jeunes font des études et partent à la ville. Il y a de moins en moins de main-d’œuvre dans les campagnes, pour de plus en plus de vaches à traire.

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