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Même l’Irlande freine sa production laitière

À l’annonce du dispositif d’aides à la réduction de production laitière, beaucoup d’éleveurs bretons craignaient d’être les seuls à faire l’effort pendant que d’autres pays continueraient à accélérer. La réalité est tout autre.

Les marchés agricoles sont caractérisés par une grande instabilité et quelques pourcents de décalage entre la production et la consommation conduisent à faire fluctuer les prix très fortement. Mais compte tenu de la structure des coûts de production (le ratio charges variables sur charges fixes est relativement faible), les éleveurs laitiers n’ont pas intérêt d’eux-mêmes, en période de prix bas, à réduire spontanément leur livraison : tant que les coûts variables sont couverts, ils perdent moins à continuer d’écraser les coûts de structure.

Dans ces conditions, une crise peut durer longtemps et les stocks d’intervention se remplir très vite sans pour autant que les prix bas ne permettent de rééquilibrer le marché. Jouer directement sur l’offre ou la demande devient alors inévitable et c’est aux pouvoirs publics (s’ils ne veulent pas voir émerger des cartels) d’assurer la coordination de la réduction.

« L’enveloppe dépend de la participation des éleveurs »

C’est ce à quoi s’est résolue la Commission européenne qui a ainsi fait un véritable pas de côté vis-à-vis du discours habituellement entendu à Bruxelles. Annoncé dans le détail en juillet, mis en œuvre à partir de septembre, l’aide à la réduction de la production a pour objectif de réduire la production de 1,07 milliard de litres, soit l’équivalent de 2,8 % de la production du quatrième trimestre. Pour ce faire, une enveloppe de 150 millions d’euros est mobilisée afin de verser 14 centimes par litre de lait non produit. Les États membres pouvant, comme en France (24 centimes), compléter l’aide pour la rendre plus incitative. Car particularité importante, cette aide est volontaire et la répartition de l’enveloppe dépend seulement de la participation des agriculteurs et non d’arbitrages entre États membres.

Si les craintes étaient fortes que seuls quelques pays et une fraction de producteurs supportent l’essentiel de la baisse, ce dispositif d’un genre nouveau en Europe a connu un succès important en termes de participation. Tous les pays européens l’ont ouvert (sauf la Grèce) et surtout 98,8 % des aides ont été demandées dès la première période, alors que 4 rounds avaient été initialement prévus.

L’Irlande adhère au programme d’aides

En analysant de plus près les résultats pays par pays, il apparaît que le dispositif a davantage été utilisé pour inciter une réduction à la marge et non pour financer des arrêts complets de production. Si l’on retrouve les principaux pays producteurs parmi les premiers demandeurs (l’Allemagne suivie de la France arrive en tête en valeur absolue), en analysant le taux de participation, en croisant la part de la production nationale engagée à réduction et la part d’éleveurs engagés, on obtient un classement qui voit à sa tête la Belgique et l’Irlande. Le « pays vert » qui affichait une volonté farouche de profiter de la fin des quotas pour augmenter ses volumes et ses exportations est, en effet, parmi les pays qui a le plus participé au programme.

L’Irlande a en effet engagé à la réduction l’équivalent de 4,4 % de sa production de 2015 et 32 % des éleveurs se sont engagés. Pour la Belgique (et la France), les mêmes ratios sont de 3,3 % (et 2,9 %) et de 45,5 % (et 32,3 %). En fait, il existe une relation entre la participation au programme et la croissance de la production entre 2012 et 2015 : les pays qui ont le plus demandé l’aide sont aussi ceux qui avaient le plus augmenté leur production précédemment.

Le beurre et la poudre remontent

Au-delà de la participation, le succès de ce programme se mesure aussi à l’aune de ses effets sur les prix. Et même si les éleveurs attendent surtout que le programme joue sur le prix payé à la production, les prix de la poudre et du beurre se sont déjà fortement redressés depuis leur plus bas niveau du premier semestre. Alors que le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, a annoncé la semaine dernière que la réforme de la Politique agricole commune pour l’après 2020 serait placée sous les mots « simplification » et « modernisation », nul doute que, même s’il est loin d’être parfait, ce nouveau type de programme volontaire, incitatif et largement dématérialisé dans son administration, pourra constituer une référence pour enfin doter la Pac d’outils de régulation modernes. Il était temps !

Et il est regrettable d’avoir à en passer par une crise aussi lourde pour que les discours et les actes deviennent plus pragmatiques pour réfléchir et mettre en œuvre les outils de régulation nécessaires pour limiter la volatilité structurelle des marchés.

Frédéric Courleux, Think Tank Momagri

Lait et matière grasse ont un prix
La crise est là et bien là. Preuve en est les chiffres du revenu des agriculteurs, en net recul, qui viennent d’être diffusés. Mais, depuis quelques semaines, les producteurs de lait observent la remontée des cours mondiaux des produits industriels, des fromages et même des prix du lait chez nos voisins européens. Ils entendent également les craintes des industriels et des distributeurs face à la baisse de la collecte dans toutes les régions de France et dans l’Ouest. Ils ont enregistré le fait que le marché manque de matière grasse de façon structurelle.
Pour la FRSEA Ouest, les industriels privés et coopératives ont là une occasion de se racheter de cette année catastrophique en annonçant, sur les prochains mois, des prix du lait qui gommeront l’écart entre les prix de 2014 et 2016. Sur cette période, celui-ci a baissé de 22 %. Si les entreprises veulent du lait et de la matière grasse, qu’elles les payent et vite. Marie-Andrée Luherne, FRSEA Ouest
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