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Les forges du Cap, de fer et de feu

Des sons et des odeurs. En poussant la porte de la forge de Pont-Croix (29), les percussions cristallines du marteau sur l’enclume et l’odeur de la combustion du coke réveillent les sens d’un riche passé rural. Thierry Potier, lui, en fait son présent, son avenir.

Allumer le feu. Premier geste matinal, premier geste machinal, de Thierry Potier quand il démarre sa journée dans sa forge figée par le froid du fer et de l’hiver. À courte distance du foyer qui crépite son feu d’artifice d’étincelles excité par la soufflerie, brûle une autre flamme, douce celle-là. Une flamme de lumière. Celle d’une bougie posée sur l’établi. Tous les jours, du matin au soir, elle éclaire la vie de Thierry Potier et celle de Titouan, son fils, qui partageait sa passion pour la ferronnerie d’art traditionnelle. Aujourd’hui encore, chaque coup porté sur le fer rougi résonne de cet amour commun pour la forge ; résonne de la révolte contre cette vie brûlée dans la fleur de l’âge.

Les forges du Cap, Pont-Croix (29).

La force et précision de la main de l’homme

L’amour du métier, l’amour de la belle ouvrage, apaise bien des tensions, admet le forgeron de Pont-Croix. Lui aussi, comme son fils à côté de lui, a apprivoisé son métier en regardant, puis en portant le fer au feu. « Le métier, je l’ai appris chez un vieux maître forgeron à Sainte-Catherine-de-Fierbois, dans l’Indre », raconte Thierry Potier, fier de faire partie des derniers détenteurs d’un savoir ancestral. « J’utilise les mêmes techniques que les derniers forgerons traditionnels se sont transmises de génération en génération », explique-t-il en désignant des dizaines de pinces, plusieurs enclumes aux formes variées et une panoplie de marteaux. Seule exception parmi cet outillage manuel, deux marteaux mécaniques de 30 kg qui permettent de soulager les bras et le corps du forgeron.

Mis à part ce robuste outil qui imprègne sa cadence musicale pilonnante aux Forges du Cap, point d’autre grosse mécanique capable de soumettre le fer aux froids désirs de la machine. Ici, la maîtrise du feu et le travail du fer jaillissent avec force et précision de la main de l’homme. Dans l’atelier de Thierry Potier, tout est fait main. De quoi imprimer à la dentelle de fer qui décore garde-corps et autres mains-courantes, l’authenticité et la singularité de l’ouvrage unique. « Les clients viennent avec une idée. Je commence par réaliser un dessin à taille réelle, puis je forge les pièces une à une avant de les assembler », décrit le forgeron avant d’entamer une démonstration de ferronnerie.

Les forges du Cap, Pont-Croix (29).

Chauffé à blanc, le fer rouge a le cœur tendre

Portée au feu, la barre métallique carrée ne tarde pas à rougeoyer dans le foyer. En quelques minutes, elle frôle l’incandescence. À 1 100-1 150°C, le fer s’incline et se plie aux désirs de l’homme. Dans sa robe rouge semi-translucide qui semble sourdre de l’intérieur, le métal devient plastique. Sous la lourde charge du marteau mécanique, la tige cubique se cingle et s’effile. Puis, replacée au cœur du foyer ardent, la pièce métallique blanchie en refroidissant retrouve les couleurs du sang de la terre.

Le forgeron la découpe à présent en la frappant sur une tranche à chaud enchâssée dans l’enclume. Chauffé à blanc, le fer rouge a le cœur tendre : la coupe est rectiligne, sans bavure. « C’est comme de la pâte à modeler », image le forgeron qui pratique maintenant une incision longitudinale dans la pièce métallique malléable. Puis, d’un geste expert, plie en volute l’extrémité du morceau de fer ciselé, avant de s’atteler à son jumeau.

La magie opère toujours

La pièce anonyme prend progressivement forme dans les mains de l’artiste. Les passages au feu s’intercalent entre les pliages et les coups de marteau dompteurs. De la pièce métallique inerte éclot bientôt un objet de vie. Thierry Potier vient de donner naissance à un escargot tout chaud. Puis, prestement, il le plonge dans un bain d’eau qui devient soudainement bouillonnant. En l’espace d’un instant, le morceau de fer retrouve sa nature froide, mais grandie de l’âme chaude d’une représentation animale que seul l’homme peut donner à la matière en mariant le fer et le feu. Jadis, c’est cette aptitude à manier deux éléments hostiles, et par nature si opposés, qui valait respect au forgeron du village. Aujourd’hui dans l’atelier de Thierry Potier, la magie opère toujours.

Contact : www.forges-du-cap.com
Toulbren 29790 Pont-Croix  /  Tel : 02 56 06 12 22

Le son cristallin de l’enclume
L’enclume est toujours au cœur de la forge. Suivant les usages et les métiers, sa forme diffère. Elle se termine généralement par une ou deux pointes, appelées bigornes, servant à former l’objet. Cette dernière peut être de forme conique (la bigorne « ronde ») ou pyramidale (la bigorne « carrée »). Certaines formes d’enclumes ont gardé le nom du métier pour lequel elles ont été conçues : la maréchale, légèrement incurvée, a été conçue pour le façonnage des fers à chevaux ; la bordelaise, avec une table à épaulement, était destinée aux couteliers. Une bonne enclume produit un son généralement cristallin ou aigu qui la distingue des enclumes mal ou non trempés.
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Un commentaire

  1. Mr LE DU, je tenais a sincèrement a vous remercier pour ce magnifique article…. il ma fait pleurer… vous avez tellement , par vos mots réussit , il me semble, a faire partager mon métier et l’âme de mon cher Titouan….Grâce a vos mots, vous me l’avez fait revivre un instant… je vous en remercie….. mème si ce n’est plus mon atelier, la porte vous sera toujours ouverte mème pour juste partager un café….. savoir manier les mots et un savoir aussi important que de manier un marteau sur une enclume….merci mon amis…. a vous voir bientôt…. MR POTIER pour les forges du cap

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