Politique et Syndicalisme

Xavier Beulin se voulait président de terrain

Sa vision agricole n’était pas partagée par tous. Xavier Beulin, président de la FNSEA, décédé dimanche, laisse cependant le souvenir unanime d’un homme combatif, ardent défenseur d’une certaine idée de l’agriculture.

« Le premier devoir d’un président national, c’est d’être sur le terrain ». Cette phrase, Xavier Beulin la répétait souvent et la mettait en œuvre. En Bretagne, il venait régulièrement à la rencontre de ses troupes. Il faut rappeler, qu’en 2010, les Bretons avaient appuyé sa première accession à la présidence de la FNSEA quand, lui « le céréalier », disputait la succession de Jean-Michel Lemétayer avec « l’éleveur » Dominique Barrau, de l’Aveyron, soutenu par un autre éleveur Pascal Férey, de la Manche. Le soutien au céréalier de la Bretagne, pays d’élevage, avait quelque peu surpris à l’époque. Mais peut-être fallait-il y déceler ce goût partagé pour la combativité du patron de la FNSEA et des agriculteurs bretons ?

Toujours est-il que Xavier Beulin était apprécié par les FDSEA bretonnes. Il n’y a qu’une fois, à Saint-Brieuc, le 2 juillet 2015, lors de « La nuit de l’élevage en détresse », que le président national fut sérieusement chahuté par des éleveurs laitiers costarmoricains particulièrement excédés par la crise. Une douloureuse épreuve pour le patron du syndicat majoritaire. Sa dernière apparition publique dans la région date du 3 février 2017 à la tribune de la FDSEA du Morbihan.

Fils de paysan, Xavier Beulin était un autodidacte. La mort de son père, quand il avait 17 ans, le conduisit à arrêter ses études pour reprendre les commandes de la ferme familiale. Un point de départ qui le mène rapidement sur le chemin syndical du CDJA, puis de la FDSEA du Loiret.

Un capitaine qui donnait le cap

« Il a donné tout ce qu’il avait pour les idées d’un syndicalisme ouvert et indépendant. Xavier Beulin a donné au syndicalisme et aux filières agricoles des lettres de noblesse et un élan incomparable », commente la FNSEA qui parle de la perte « d’un capitaine qui donnait le cap ».

Dans son ouvrage  « Notre agriculture est en danger : Ce qu’il faut faire », paru début janvier, Xavier Beulin revenait sur les attaques de plus en plus vives à l’égard de l’agriculture et rappelait le sens de son engagement : « Avant tout, apporter des solutions en termes d’organisation aux producteurs ». Et d’ajouter que le succès du groupe coopératif permettait de « tirer des enseignements pour d’autres pans de l’agriculture française », à travers l’exemplarité de la réussite collective.

Un grand communicant

Aux attaques répétées et de plus en plus dures dans les médias, l’homme préférait dire qu’elles ne l’atteignaient pas. À Grand-Champ (56), lors de l’assemblée de la FDSEA, il a néanmoins exprimé sa fatigue au regard « des émissions à charge et des attaques directes, comme l’incendie dans la ferme dite des 1 000 veaux dans la Creuse (…). Face à des esprits totalitaires, ce n’est pas facile… Nous devons continuer à communiquer ».

Communiquer. Le président de la FNSEA se montrait très à l’aise dans ce rôle. Aussi bien avec les médias auprès desquels il délivrait une image moderne de l’agriculture, qu’avec les ministres pour négocier et cogérer. Au cours de ses deux mandats, qui devaient se prolonger par un troisième fin mars à Brest, Xavier Beulin n’a eu de cesse de défendre son « modèle » d’agriculture. Un modèle « adapté à une nouvelle donne économique, sociale et sociétale. Toute l’agriculture vit déjà cette mutation. Il faut en définir le cadre, c’est l’un de nos plus grands chantiers pour les prochaines années », écrivait-il dans son livre. « Ce cadre doit notamment être décidé au niveau européen », où la présence française s’est, selon lui, fortement affaiblie ces dernières années.

Préserver la diversité de l’agriculture

Xavier Beulin évoquait également dans ce livre, qui apparaît désormais comme son testament, « la nécessité de préserver la diversité de l’agriculture française, la nécessaire modernisation des exploitations, le rôle crucial de l’innovation en agriculture, l’importance d’une fiscalité plus adaptée aux aléas de l’activité agricole, ou encore le statut de l’agriculteur encore à créer ».

Christiane Lambert, présidente
Conformément aux statuts de la FNSEA, c’est l’actuelle première vice-présidente du syndicat, Christiane Lambert, qui assurera la présidence « jusqu’au prochain conseil d’administration électif du 13 avril prochain », précise le syndicat.
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