soja-graines - Illustration Marché du soja : les USA seuls en piste jusqu’en février

Marché du soja : les USA seuls en piste jusqu’en février

Jusqu’en début 2017, les USA restent les seuls fournisseurs de graines de soja sur le marché mondial.

Depuis cet été, les cotations du tourteau de soja refluent, perdant 100 €/t de juillet à octobre, soit 23 % de leur valeur. Après un petit coup de chaud il y a deux semaines, lié essentiellement à des mouvements d’arbitrage* entre huile et tourteaux sur le marché de Chicago, les prix sont revenus toucher les 340 €/t en ce début de mois de novembre sur la première mensualité disponible (spot). Au-delà d’une valeur pour le mois en cours, il est possible de se positionner aux achats sur les 6 de novembre 2016, mais aussi sur les 6 de mai et les 6 de novembre 2017. L’écart entre toutes ces périodes est assez faible actuellement, ce qui n’est pas toujours le cas. Alors que faire ?

L’offre fait le prix

Plus que la demande, assez atone en France, c’est bien l’offre qui fait le prix. La parité euro/dollar peut aussi jouer sur notre marché national, mais la volatilité de la devise européenne reste malgré tout assez faible.
À la grande différence de l’automne 2015, le Brésil et l’Argentine sont « suiveurs ». Il y a un an, les élections argentines débouchaient sur une libéralisation des marchés agricoles et une dévaluation de 40 % du peso. Le marché tablait donc sur un déstockage massif des graines accumulées depuis trois saisons. Côté brésilien, le real était particulièrement bas face au dollar, permettant aux exportateurs de se positionner facilement face aux USA.

Aujourd’hui, les choses ont changé. En Argentine, tout d’abord, le soja n’a pas bénéficié des mêmes largesses de la part du gouvernement que les céréales. La taxe à l’exportation a été légèrement abaissée sur la graine, alors qu’elle a été entièrement annulée sur le blé et le maïs. Quant aux mesures prises pour redresser l’économie, elles entraînent un passage par la case récession qui ne fait pas les affaires des Argentins. L’inflation reste très élevée, et le soja continue à être géré comme une devise. Après quelques mois d’approvisionnement plus régulier des usines de trituration, les ventes se font de nouveau au compte goutte, motivées essentiellement par des besoins de trésorerie ou lorsque les prix sont rémunérateurs.

Les stocks toujours conséquents, ne sont donc pas vraiment disponibles et il ne faut pas compter rapidement sur une embellie économique dans le pays. Au final, les exportations de graines et de tourteaux sont en baisse de respectivement 24 % et 5 % depuis le début de la saison commerciale (mars). Au Brésil, les ventes de graines ont été tellement fortes en début de campagne vers la Chine, qu’il ne reste plus grand-chose à vendre. Quant à celles de tourteaux, elles n’ont pas décollé de la saison. Là encore, il ne faut pas compter sur des disponibilités importantes et sur une réelle agressivité des exportateurs (le real ayant remonté), d’ici l’arrivée de la prochaine récolte.

Deux périodes distinctes pour le soja

Rappelons que le marché du soja se décompose en deux périodes distinctes : les 6 de novembre (les six mois de novembre à avril) et les 6 de mai (mai à octobre). Cette pratique recouvre l’arrivée au marché des récoltes des deux hémisphères avec comme principaux fournisseurs, les USA à l’automne et l’Amérique du Sud au printemps. Même si les importations maritimes de tourteaux de soja sur le marché français proviennent en très grande majorité du Brésil tout au long de l’année, les prix évoluent bien en fonction de la mise au marché de l’ensemble des acteurs. Il ne suffit donc pas de regarder ce qui se passe aux États-Unis en ce moment, pour essayer d’anticiper l’évolution des prix des 6 mois à venir, par exemple.

Un stock doublé en fin de saison

Reste donc les USA. Là-bas, la récolte est exceptionnelle, et devrait permettre d’engranger 10 Mt de plus que l’an passé. Mais malgré une bonne demande sur le marché local et export, les stocks ne pourront que continuer à s’accumuler. Ils pourraient atteindre 11 Mt à la fin de saison, le double de 15/16 ! Cela ne veut pas dire que les prix vont s’écrouler, puisque le pays est seul sur le marché de la graine et peu actif sur celui du tourteau.

Un marché « encadré »
Actuellement, le tempo des ventes nord-américaines est donné par la demande chinoise. Le rythme actuel est soutenu et à mettre en relation avec la cherté des huiles sur le marché mondial, mais aussi les dévaluations successives du yuan, qui entraînent une accélération des achats. Si jamais ces derniers devaient ralentir, cela pourrait bien sûr avoir un impact baissier sur le marché à terme de Chicago. Mais les USA restant le seul magasin ouvert jusqu’en janvier, ce sont eux, ou plutôt les agriculteurs, qui ont la main.
Au-delà de 10$/bu, les producteurs sont à la vente, en dessous, ils gardent leur marchandise. Cela permet de définir un canal assez étroit (9/10 $/bu**) dans lequel la cotation de la graine peut évoluer un certain temps. Le tourteau reste, lui, arrimé à un niveau pivot de 300 $/tonne courte. La sortie par le haut pourra avoir lieu si la météo met en péril la future récolte sud-américaine.Patricia Le Cadre, Céréopa

* pratique qui consiste à acheter un actif et en vendre simultanément un autre, afin de générer un profit.
** bu : boisseau (1 bu de soja = 27,21 kg)


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