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Il est urgent que les cochons partent

En l’absence de fluidité du marché, les cochons tardent à sortir des élevages. Conséquence : la livraison d’animaux lourds pénalise la rémunération et met à mal les conduites techniques.

« En ce moment, les côtes de porc sont énormes », rapportent plusieurs observateurs. L’illustration concrète du terrible manque de fluidité en amont de la filière.

Certains groupements très pénalisés

Il y a 15 jours, un groupement faisait le bilan de sa semaine : « Habituellement, nous livrons des animaux de 90 à 95 kg. Là, près du quart des lots était au-dessus de 100 kg et 10 % dépassaient 102 kg. »  Ce qu’on confirme à la Maison du Porc à Plérin (22) : voici 3 semaines consécutives que le poids moyen des porcs dépasse 95 kg carcasse sur la zone Uniporc Ouest, 2 kg de plus qu’il y a un an. « On n’a pas tué à l’heure. Et sur le marché, il y a une pression de viande phénoménale de l’Espagne et du Nord de l’Europe. La France n’est pas compétitive à l’export… » On parle de « 100 000 porcs en stock en Bretagne ».

Si certains groupements sont assez peu impactés, d’autres sont très pénalisés avec des poids d’abattage au-dessus de 98 kg. Dans les bâtiments, les cochons s’accumulent. Pour les OP les plus touchées, c’est un casse-tête pour prioriser les départs en fonction de l’urgence. Des salariés sont entièrement affectés « aux relations adhérents et au démarchage des abattoirs » pour gérer plannings et logistique, d’autant qu’une partie des lots ne passe plus par le cadran. Des industriels ont même rencontré « des problèmes mécaniques parce que les chaînes ne sont pas adaptées à des cochons si lourds », témoigne un responsable.

« Le pire est de ne plus trier »

« On a jamais vu ça. C’est la pire des situations de ne pas pouvoir sortir les cochons », confie Michel Bloc’h, président de l’UGPVB. Face à une demande faible des abattoirs, les éleveurs s’arrachent les cheveux. « Avant, on triait. Dans une case de 15 animaux, on faisait d’abord partir les 2 plus gros laissant plus d’espace aux autres. Puis encore les 2 plus gros, avant de tout faire partir. Aujourd’hui, on livre des lots hétérogènes en vidant des salles entières d’un coup pour pouvoir transférer des cochons du post-sevrage vers l’engraissement. Ne plus trier, c’est le pire : certains partent à 130 kg vif. Là où j’obtenais 15 ct de plus-value en triant, aujourd’hui je me situe entre 0 et 10 ct… », désespère un Costarmoricain. Un Finistérien confirme : « J’ai 250 cochons à partir. Seuls 175 seront embarqués. Dans 2 semaines, certains seront « hors gamme lourds »… » Effectivement, on constate un fort accroissement des déclassés. Désespéré, un autre producteur, syndicaliste dans l’âme pourtant, va plus loin : « Sur une période, je suis prêt à vendre à 1 € pour retrouver de la fluidité, retrier les animaux et regagner en résultats techniques. Quitte à voir de la viande à 2,30 € dans les GMS pour qu’il y ait du dégagement. C’est la priorité. Ce n’est plus une question de prix, mais de volume… »

Des éleveurs sont obligés d’augmenter le nombre de porcelets par case en post-sevrage. D’autres récupèrent une porcherie de façonnage ou paillent des silos couloir pour placer des cochons. Ou pensent à garder les animaux sur le quai d’embarquement pour pouvoir vider et laver des salles. On a vu des porcelets sevrés dans des couloirs de maternité, derniers m2 disponibles. « C’est du bricolage. De la gestion à la petite semaine. Mais quand on a 500 cochons en retard d’enlèvement, on imagine tout. Et puis 500 cochons non vendus, c’est 50 000 € de trésorerie qui manquent mais de l’aliment en plus à acheter, un IC qui se dégrade et une technique qui marche moins bien. »

« On dépend de dates d’enlèvements aléatoires »

Un jeune agriculteur raconte. « C’est pénible au quotidien. Même si je n’ai qu’une journée de battement, je lave et je chauffe encore ma salle entre deux bandes. Quand d’habitude, j’avais 5 jours de vide. » Certains prennent le risque de recharger aussitôt. Beaucoup y passent leur week-end : « On dépend du départ des cochons. Les dates d’enlèvement sont devenues aléatoires. Dès que ça part, il faut laver. Nous faisons en 2 ou 3 jours ce que nous faisions en une semaine. On est sur le fil du rasoir. » Si le prix administré de l’été a eu un impact positif sur les trésoreries, « avec des marges brutes correctes sur le 3e trimestre », confie un éleveur, « on va perdre 2 fois ce qu’on a gagné. Personne n’aurait cru qu’on en arriverait-là… » Toma Dagorn

L’avis de Michel Bloc’h, président de l’UGPVB

Nous avions un léger problème de fluidité avant l’été. Mais depuis septembre et la baisse du volume d’abattage chez certains opérateurs, il y a accumulation vertigineuse des retards d’enlèvements. On constate un recul de 9 % de la consommation de viande fraîche, même si les résultats se tiennent en charcuterie. Avec le recul, on se dit que cela est lié en partie au récent décret interdisant toute promotion hors septembre et janvier. Les traditionnelles foires au porc de fin d’année n’existent plus…  Nous ne l’aurions jamais imaginé : il n’y a pratiquement plus de mise en avant du porc en GMS. Et pourtant, aujourd’hui, il faut absolument une grosse promotion. C’est le mot d’ordre politique. D’autant qu’avec Noël et le jour de l’an, il y aura deux jours d’abattage en moins juste avant le mois de promotion.

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