Côtes d'ArmorEnergies et environnementPolitique et Syndicalisme

La DN5 fige nos structures

Alain Tiengou, élu à l’Environnement à la Chambre régionale de Bretagne, explique l’appel au boycott des déclarations de flux d’azote.

Pourquoi les Chambres d’agriculture s’associent au mot d’ordre syndical en demandant de ne pas transmettre les déclarations de flux ?

La sortie des Zes impliquait de comptabiliser l’azote total à l’échelle départementale. Cela sous-entendait que, sur certaines zones, des projets d’élevage pourraient à nouveau voir le jour. Pour ça, il fallait une gestion la plus économique possible de la fertilisation : pourvoir remplacer l’azote minéral acheté par de l’organique disponible… Là-dessus, nous reconnaissons l’écoute de l’Administration.

Mais quand on rentre dans le détail des textes, il y a désaccord ?

L’Administration propose une mutualisation des engrais en comptant de la même manière 1 kg d’azote minéral et 1 kg d’engrais de ferme… Or il est connu que le coefficient d’efficacité d’1 kg de lisier ou de fumier, même en comptant l’arrière-effet, est plus faible qu’1 kg d’ammonitrate entièrement disponible pour la culture. En début d’année, nous avions discuté avec l’Administration d’un calendrier pour modifier le décret concernant les dernières lignes de la réglementation mettant en application la Directive Nitrates 5. Nous n’avons pas reçu cette assise juridique. Les éléments que nous avons poussés ne sont pas sur la table. Voilà pourquoi nous appelons à ce boycott.

Dans les Côtes d’Armor, l’Administration a compilé 8 600 déclarations de flux 2013-2014. Elle en tire une quantité moyenne épandue de 170 unités d’azote par hectare qui fait référence…

Ce qui nous serait proposé : que cette moyenne collective départementale n’augmente pas de plus d’1 uN / ha sur la campagne suivante (arrêtée en octobre), sous peine de sanction. Plus concrètement, si les déclarations de flux sur 2014-2015 atteignent par exemple une valeur moyenne de 175 uN / ha, soit un dépassement de 5 uN / ha par rapport à la référence de la campagne précédente (170 uN), il faudra que l’ensemble des exploitations baissent leur fertilisation de 5 uN / ha sur 2015 / 2016…

Vous voudriez que l’Administration soit capable d’appréhender plus finement l’évolution de l’azote épandu à partir des données…

S’il y a une hausse de la pression d’azote sur un département, il faut bien sûr regarder de plus près. D’ailleurs, l’informatique aidant, nous considérons que si nous envoyions un jour nos déclarations 2014 – 2015, l’Administration devra pouvoir isoler et étudier les cas où il y a augmentation car différentes raisons peuvent en être à l’origine. D’abord, des apports supérieurs de formes organiques aux dépens d’engrais minéral. Ensuite, l’évolution des assolements : certaines cultures ont davantage de besoins azotés que d’autres. Enfin, c’est aussi une possibilité, des excès de fertilisation. Nous aimerions qu’il ne soit possible de contraindre, c’est-à-dire de limiter la fertilisation de tous les agriculteurs sur la campagne suivante, qu’à partir de cette dernière raison. Car s’il y a un déséquilibre départemental moyen avéré, il est la somme des déséquilibres individuels.

Vous dénoncez les effets pervers de l’approche actuelle…

Cette DN5 devait mettre en avant une réglementation basée sur l’agronomie. Mais ce n’est pas le cas. Par exemple, sur mon exploitation, je cultive de l’orge en 2e paille. Une céréale qui a des besoins de 80 uN / ha. Si je veux la remplacer par du blé qui réclame 180 uN / ha, je suis coincé : la réglementation actuelle ne me permet d’augmenter ma fertilisation que d’1 uN / ha. Elle fige les assolements. En clair, on peut simplement implanter de nouvelles cultures qui consomment moins. Imaginons qu’il y ait des évènements climatiques dans les mois à venir pénalisant les céréales à l’échelle mondiale et faisant remonter les cours. À l’automne 2016, il ne sera pas forcément possible aux agriculteurs d’implanter davantage de blé pour profiter de cette opportunité de marché pouvant un peu compenser une rentabilité faible des élevages… Nos structures sont pénalisées par ce manque de souplesse. Propos recueillis par Toma Dagorn

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