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Même absentes sur les plages, les algues vertes font la Une

Touchons du bois, pour l’instant, l’été breton est épargné par les échouages d’algues vertes. Tant mieux pour les touristes et le budget des communes. Mais le monde agricole vit comme une « agression » la répétition d’articles  sur les algues vertes dans les quotidiens régionaux.

« Nous ne pensions pas parler d’algues vertes cette année », regrette Olivier Allain, président de la Chambre d’agriculture des Côtes d’Armor. Mais l’actualité les a remises sur le devant de la scène : le 21 juillet, la Cour d’appel de Nantes a établi la responsabilité des gaz produits par les algues en putréfaction dans la mort d’un cheval à St-Michel-en-Grève (22) en 2009 condamnant l’État pour son manque d’efficacité dans la lutte contre les marées vertes. Le tribunal soulignant tout de même l’imprudence du cavalier…

« Scandaleuse confusion de discours »

Il n’en fallait pas davantage pour que les environnementalistes rebondissent. Ainsi en quelques jours, ont fleuri plus d’une dizaine d’articles dans la presse quotidienne régionale. Matraquage médiatique pointant sans cesse la responsabilité du monde agricole, l’insuffisance des plans de lutte, presque toujours illustrés par des engins convoyant de grandes quantités d’ulves échouées sur les plages. « On assiste dans la presse à une telle confusion de discours mélangeant algues vertes, crise de l’agroalimentaire, productions industrielles… On veut faire croire aux lecteurs que c’est un problème de modèle agricole. C’est grossier et scandaleux pour les agriculteurs. » Et Olivier Allain de rappeler qu’en décembre dernier, lors de la conférence débat « Agriculture et Environnement » organisée à Saint-Brieuc, parmi les invités, Gilles Huet d’Eau-et-Rivières avait lâché « Y a-t-il une évolution positive sur la ressource naturelle préservée ? Ce n’est pas un sentiment mais une certitude. Dans notre revue, nous soulignons d’ailleurs ces efforts du monde agricole en terme de capacité de stockage des effluents, de baisse de l’azote épandu… Quand on circule en Bretagne, presque toutes les parcelles sont couvertes, favorisant la biodiversité et évitant les fuites d’azote ou phosphore. »

« Seule région où les taux de nitrates baissent »

Alors Didier Lucas, président de la FDSEA 22 voit « cette répétition d’articles vers le grand public comme une agression envers les agriculteurs alors que les filières porc et volaille souffrent, que les revenus ne sont pas là… On nous a demandé des efforts sur l’environnement, nous les avons fournis : la Bretagne est la seule région en France, peut-être même en Europe, où les nitrates baissent dans les eaux superficielles depuis des années et des années. » D’autant qu’il y a très peu d’algues vertes cette année sur les côtes bretonnes pour l’instant. Frédéric Berrod, adjoint à l’environnement à Binic (22) depuis 2006 et membre de la Cellule locale de l’eau (Cle) du pays de Saint-Brieuc, confirme : « Le service technique de la commune n’a fait qu’un seul ramassage propreté sur les plages depuis le début de la saison.

En fait, à Binic, il n’y a pas eu de ramassage spécifique algues vertes ces trois derniers étés. » Et pourtant, pendant des années, ce site était emblématique pour la presse qui venait régulièrement photographier le « tapis vert » de la plage de la Banche pour illustrer ses papiers. Jean-Jacques René, vice-président de la Chambre et impliqué dans le bassin algues vertes du pays de Saint-Brieuc rebondit : « Dans notre baie, les surfaces d’échouage d’algues atteignaient 2 000 ha en 2008 contre 500 en 2013. En 2013, le flux d’azote total était de 3 000 t ; aujourd’hui, il est de l’ordre de 2 000 t. » Par exemple, à Binic, les taux de nitrates dans la rivière l’Ic sont montés « jusqu’à 80 mg / L en 2001, avec des pointes à 110 », précise Frédéric Berrod. Mais les programmes de bassin versant, sans oublier la station d’épuration neuve, ont porté leurs fruits : « Aujourd’hui, la médiane est proche des 50 mg / L avec des pointes à 60 mg. Nous avons bon espoir d’atteindre l’objectif du Sage : 90 % des mesures à 48,5 mg / L maximum en 2015. » Toma Dagorn

L’avis Jean-Jacques René, Baie du Pays de Saint-Brieuc

90 % des agriculteurs en Pays de Saint-Brieuc devront avoir signé la nouvelle Charte de bassin d’ici octobre prochain. Sur 1 400 exploitations, 1 150 diagnostics ont déjà été réalisés. Mais il nous reste du travail pour convaincre les derniers réfractaires, même si on conçoit tout à fait qu’il est difficile de faire accepter un nouvel engagement alors que tous les agriculteurs portent déjà depuis des années la ceinture et les bretelles de la réglementation avec les directives nitrates, Zes, BVC, ICPE… Mais cette Charte est un passage obligé pour ne pas risquer de basculer dans un tout réglementaire imposé.

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