Lait : une stratégie d’entreprise bien pensée

Anne Lucie Menier, CERFrance 35 - Illustration Lait : une stratégie d’entreprise bien pensée

Comment élaborer sa stratégie d’entreprise face aux nouvelles donnes en production laitière ? Entretien avec Anne-Lucie Menier, responsable veille et études au CerFrance Morbihan, qui introduira la conférence donnée sur ce sujet au Space.

Pourquoi vous intéressez-vous aux nouvelles donnes en production laitière ?

Indépendamment de la conjoncture laitière difficile à laquelle les producteurs et les transformateurs sont confrontés, nous pensons qu’il est nécessaire de se projeter et de construire sa stratégie d’entreprise pour assurer l’avenir dans un environnement en mouvement.

Vous voulez parler de la fin des quotas laitiers ?

Pas uniquement. La fin des quotas laitiers a effectivement marqué l’année 2015, mais ce n’est qu’un des éléments des changements que vit la filière. Le marché des produits laitiers est mondialisé, avec une baisse des politiques d’intervention et des prix exposés à la volatilité. L’offre et la demande vont fluctuer plus que par le passé en raison des aléas climatiques, des crises sanitaires, des taux de change, des perspectives de croissance des économies…

Quelles sont les conséquences de cette libéralisation ?

Avec la flambée des cours des matières premières, les coûts de production ont terriblement augmenté. Il en va de même des coûts de structure liés aux bâtiments, à la mécanisation, à la robotisation. Sur les 15 dernières années, nos études montrent que l’ensemble des charges de l’exploitation ont progressé d’une centaine d’euros pour 1 000 litres de lait. Dans le même temps, le prix du lait n’augmente que de 30 à 40 €. L’agrandissement des troupeaux pose la problématique du renouvellement des forces vives de la profession au regard de la pyramide des âges vieillissante, mais aussi de la gestion des risques entrepreneuriaux. La fin des quotas nous interroge également sur la gestion des volumes et les prix différenciés qui sont désormais fonction des stratégies retenues par les laiteries. L’après quotas impose aussi de revoir les modalités de transmission selon la nature du contrat qui lie le producteur à son collecteur.

Face à ces changements, y a-t-il de l’espoir pour les producteurs ?

Bien sûr ! Les perspectives de marché sont favorables avec l’accroissement de la population mondiale et l’élévation des niveaux de vie en Asie notamment. De nouveaux débouchés, créateurs de valeur ajoutée, s’offrent à la filière laitière française dont la qualité est unanimement reconnue : nutrition santé, valorisation de la fraction protéique du lait…

Quels messages souhaitez-vous faire passer à vos adhérents producteurs laitiers ?

Les craintes des producteurs sont légitimes, mais des opportunités demeurent en dépit des turbulences actuelles. Il n’y a plus de modèle unique. Les stratégies de volumes ou de compression des coûts ne sont pas seules porteuses d’avenir. Chacun doit se fixer un cap en appréhendant sa capacité de résistance face à des marchés et à des prix volatils, en sachant où il veut aller, en choisissant la meilleure alliance de compétences pour réussir dans le système qui est le sien. En résumé : analyser ce qui se passe autour et réfléchir aux adaptations nécessaires sur son exploitation permet de choisir et non de subir. CerFrance Morbihan


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