« Je ne suis pas optimiste pour la production porcine française »

antonio-tavares-president-section-porc-copa - Illustration « Je ne suis pas optimiste  pour la production porcine française »

L’AG du groupement Prestor s’est conclue par un débat sur la compétitivité de la filière porcine française. Les propos d’Antonio Tavares, président de la section porc du Copa* ont frappé les esprits.

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il n’a pas pris de gants. Bien enfoncé dans son fauteuil et se délectant de l’effet de ses propos provocateurs sur son auditoire d’éleveurs, le président de la section porc du *Comité des organisations professionnelles agricoles de l’Union européenne a dénigré la filière porcine française. Ou plutôt encensé les politiques de développement de pays voisins. « Depuis 10 ans, on sent une évolution dans certains pays européens. Les structures se modernisent, avec une spécialisation des élevages, en naissage ou en engraissement. Pas en France ». Ses arguments portent : « Quels sont les pays qui augmentent leur production ? Les Pays-Bas et le Danemark, qui se sont spécialisés dans le naissage, l’Allemagne, dans l’engraissement ou encore l’Espagne qui développe l’élevage multisite ». Ces pays sont aussi ceux qui exportent le plus vers les pays en dehors de l’Europe. « Partout, la grande distribution fait pression sur les prix à la baisse. L’Allemagne, l’Espagne, les Pays-Bas ou le Danemark, qui ont aussi des difficultés sur leur marché interne, compensent le manque à gagner à l’export, sur les marchés des pays tiers. Pour eux, l’export rééquilibre ».

La France veut-elle encore d’une production porcine ?

À cette question, posée par un éleveur, Philippe De Guénin, directeur de la Draff Bretagne a répondu : « L’État ne pousse pas les productions dans telle ou telle direction. Cette politique volontariste n’existe plus, surtout depuis le découplage des aides. L’État observe mais n’influe pas. Il a plutôt tendance à soutenir la production, en sauvant des entreprises, par exemple, conscient de l’importance du secteur agroalimentaire en Bretagne. Par contre, c’est vrai que la pression environnementale est forte. Mais est-ce l’État ou tout simplement la société qui est exigeante dans ce domaine ? Je rappelle que les Zes ont été supprimées, que le régime d’autorisation a été simplifié ou encore que la pression des contrôles va passer de 50 % d’exploitations contrôlées à 20 % dans les bassins contentieux. Cela va dans le bon sens. Permettre aux élevages de se développer pour payer les mises aux normes. Mais je ne cache pas que l’opinion que Bruxelles a de la production porcine bretonne n’est pas bonne : l’Union ne croit pas les efforts entrepris, ni les résultats obtenus en matière d’environnement ; un peu comme les Grecs en matière de finance. »

La bonne santé de l’élevage espagnol

Le développement de l’Espagne fait des envieux. Quels sont ses facteurs clés de réussite ? Aucune hésitation pour le portugais du Copa qui se lance dans une explication : « Un élevage de 1 000 truies naisseur engraisseur se transforme en naisseur de 2 000 truies, dans les mêmes bâtiments. Il produit deux fois plus en diminuant ses volumes de lisier de 30 %. En parallèle, il passe des contrats avec des céréaliers pour engraisser les charcutiers. Un bâtiment neuf de 3 000 places  coûte 600 000 euros, subventionné à 50 % (voire 60 % si JA) en zone défavorisée. Le retour sur investissement est de 5 ans. L’élevage engraisseur a un atelier neuf avec de bonnes performances et du lisier pour ses terres. Le financement est facilement accepté par les banques ». L’Espagne continuera à produire plus et dépassera bientôt l’Allemagne (voir par ailleurs). « C’est le système le plus efficace en Europe ». Où vendront-ils leur production supplémentaire ? « Jusqu’à Paris », ironise- t-il. Ils bénéficient aussi d’une main-d’œuvre pas chère. Les Allemands profitent, quant à eux, d’un meilleur tarif du biogaz et d’avantages sociaux et fiscaux.

Handicaps bretons

Le responsable du Copa est sévère avec un modèle breton naisseur engraisseur qui a pourtant ses atouts et ses défenseurs. Il est dans le vrai quand il évoque le manque de modernité des structures françaises. Le parc bâtiment vieillit et ne permettra pas longtemps aux éleveurs bretons de conserver leur excellence technique et de répondre aux nouveaux enjeux sociétaux tels que la réduction de l’usage des antibiotiques. Un challenge dont la réussite pourrait même devenir un enjeu commercial. Pour réagir, il manque un élément majeur : 20 centimes du kilo de porc. Les voisins européens ont approximativement le même prix et subissent aussi l’embargo russe. Mais, comme le résume Guillaume Roué, président de Prestor : « Nous avons un prix européen et des charges françaises », faisant allusion aux distorsions de concurrence dont souffre la filière. Bernard Laurent

Yves Audo, vice-président d’Agro-mousquetaires (Intermarché)

Nous croyons au maintien d’une production forte en France. Si nous avons investi dans l’abattoir de Josselin ou dans des outils de salaison, ce n’est pas pour acheter de la viande porcine espagnole ou allemande. Nous développons, au contraire, toute notre activité de salaison à partir de viandes françaises en misant sur la marque Louis d’Armel. Notre filière est 100 % française ; il ne nous manque que des jambons bio en raison de problèmes d’approvisionnement. Nous sommes optimistes pour le maillon production. Il faut seulement inventer les schémas d’avenir : sécuriser le revenu des jeunes par des contrats ou par d’autres moyens mais aussi revoir le système de promotions en GMS pour augmenter les prix, par exemple. Nous y sommes favorables, mais tout le monde (concurrence) doit le faire.


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