Dossiers

Affourager en vert sans se mettre dans le rouge

enquête sur les pratiques des éleveurs

Valorisation des prairies non accessibles ou des cultures dérobées, diversification de la ration… BCEL Ouest, qui vient de diligenter une étude sur le sujet, revient sur la pratique de l’affouragement en vert chez les éleveurs bretons.

Bretagne Conseil Elevage Ouest a lancé récemment une étude sur la pratique de l’affouragement en vert. « Nous avons demandé à 30 de nos conseillers opérant sur le Finistère, les Côtes d’Armor et le Morbihan de faire remonter la liste des éleveurs qui le pratiquent », explique Julien Rigaud, Chef produit fourrages. À l’arrivée, une centaine d’élevages ont été identifiés. « Nous estimons que cela concerne environ 5 ou 6 % des exploitations. En 2009, nos résultats avaient déjà conclu autour de 3 %. » Dans le panel de pratiquants, le spécialiste précise qu’il y a « une grande diversité de situations tant en termes de matériel, du plus simple au plus sophistiqué, que de recul ou d’expérience. » Par exemple, 40 % pratiquent depuis plus de 5 ans et 30 % depuis moins de 2 ans…

vache-prim-holstein-fourage
L’affouragement en vert est un bon complément du maïs ensilage en faveur d’une ration diversifiée et équilibrée.

Parcellaire morcelé et non accessible

Marie Stéphan, l’étudiante du lycée La Touche de Ploërmel chargée de l’étude, a questionné 29 éleveurs. Le morcellement du parcellaire et la non accessibilité est la première raison qui pousse à opter pour la récolte et distribution de l’herbe. « Dans 75 % des réponses », rapporte Julien Rigaud. Son collègue, Stéphane Saillé, chef produit nutrition, ajoute que « quand les restructurations avec des regroupements d’exploitations concentrent les vaches sur un seul site, l’affouragement en vert offre la possibilité de valoriser les prairies de l’autre site s’il n’est pas trop loin. » 75 % des adeptes enquêtés, à l’étroit autour de leur étable, déclarent disposer de moins de 15 ares par vache.

À l’autochargeuse, 12 à 18 kg de MS/m3 d’herbe

Stéphane Saillé, BCEL Ouest : « Pour bien valoriser l’affouragement en vert, il faut savoir d’abord ce que la vache mange réellement. Est-ce que j’apporte, par vache et par jour, 3 ou 6 kg de matière sèche en vert ? Pour estimer ce qui est apporté à l’auge, on donne ces densités comme repères : 12 à 18 kg de MS ou 100 kg brut / m3 d’herbe récoltée à l’autochargeuse. Avec un matériel de type Taarup, c’est le double, on retient 30 kg de MS / m3.
Quand l’affouragement est quelque chose de très linéaire sur l’année, il n’y a aucun souci. Mais dans la pratique, entre les problèmes de météo ou les journées où l’éleveur a manqué de temps pour récolter, le régime n’est pas toujours stable. Dès qu’il n’y a pas d’herbe, penser à remettre de l’azote dans la ration, un peu de correcteur et 2 kg de maïs ensilage en plus afin d’éviter des baisses de production liées par exemple à un arrêt sur quelques jours de l’affouragement.
Plus généralement, l’herbe fournit un azote très fermentescible. En complément, opter pour des correcteurs semi-tannés où l’écart PDIN-PDIE est de 70 g/kg et adapter les apports d’urée s’il y a en a… »

Autre source de motivation : « L’exploitation des dérobées, la réduction des coûts alimentaires et l’amélioration de la ration. » Les deux observateurs notent que, d’une manière générale, cette « mode de la valorisation des dérobées est de plus en plus prégnante sur le terrain. » Ils expliquent : « Les chargements en bovins augmentent mais les surfaces des exploitations ne suivent pas. Les dérobées sont donc une piste pour augmenter la matière sèche produite à l’hectare. De plus, elles sont souvent associées aux cultures de vente implantées en priorité sur le foncier non accessible. L’affouragement en vert donne alors une opportunité de les faire consommer au troupeau. »

Un menu diversifié pour des vaches en forme

Traite robotisée ou pas, de plus en plus de troupeau reste à l’intérieur. Pour autant, certains éleveurs veulent conserver une ration diversifiée. « Pour un grand troupeau, il devient souvent bien plus simple de traverser la route avec un tracteur qu’avec plus de cent vaches pour valoriser les prairies. »

Evolution d’un système maïs-pâturage vers une approche maïs-affouragement

« Réflexion un peu plus nutritionnelle accompagnant l’intensification, apporter du vert sans sortir les vaches est un levier d’action possible pour agir sur le coût alimentaire. Sans oublier l’impact positif sur la santé des animaux, même s’il est très difficile à chiffrer. Ces quelques UFL sous forme de sucres ou cellulose plutôt que seulement d’amidon de maïs soulagent un peu le foie des vaches… », livre d’expérience Stéphane Saillé. Des premières lectures de l’enquête, Julien Rigaud confirme : « C’est très empirique, mais tous les éleveurs parlent de vaches en forme, de beau poil, d’une meilleure rumination… »

stephane-saille-bcel-ouest
Stéphane Saillé, chef produit nutrition et traite robotisée au BCEL Ouest.

RGA tardif – TB pas trop agressif, la référence

Pour autant, tous les « louzous » ne se valent pas. « Tant qu’à faire ce travail, il faut aller chercher de la qualité. Car quand l’herbe perd en valeur, l’intérêt économique se réduit », rappelle Stéphane Saillé. Deux éleveurs questionnés ont d’ailleurs tenu à préciser que « ce n’est pas parce que l’herbe passe dans la machine qu’elle gagne de la valeur… » Sur le terrain, cela passe donc par un choix judicieux des espèces puis par une bonne gestion des dates d’entrée dans les parcelles. Comme pour un pâturage. « La souplesse d’exploitation est importante. Il convient de privilégier des variétés tardives : quand un RGA demi-précoce épie mi-mai, un tardif le fait début juin… Et attention aux trèfles trop agressifs, comme certains TB, qui, sans piétinement, prendraient toute la place du ray-grass. » Dans nos régions c’est bien l’association RGA tardif – TB pas trop agressif qui « reste la référence pour son compromis valeur alimentaire, rendement et souplesse d’exploitation. » Toma Dagorn

Mots-clés

Peut vous intéresser

Bouton retour en haut de la page
Fermer