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Anticiper le semis de maïs

Intérêt et limites des semis précoces


En semant tôt, on recherche en premier lieu la mise en place précoce d’une surface foliaire capable d’intercepter le rayonnement des jours longs, à la fin du mois de juin et au mois de juillet, ceci afin de maximiser la photosynthèse. L’offre climatique en températures étant plus importante en semis précoce, on peut logiquement semer une variété un peu plus tardive pour bénéficier de son potentiel de rendement supérieur. En année avec un stress hydrique estival marqué, une installation précoce de la culture permettrait également de limiter la perte de rendement.


Les semis très précoces bénéficient plus au maïs grain qu’au maïs fourrage
Les semis très précoces bénéficient plus au maïs grain qu’au maïs fourrage.

Un réseau d’essais pour mesurer les impacts

En matière de maïs fourrage, les références expérimentales concernant les dates de semis remontaient à quelques décennies. Un réseau d’essais regroupant des sites en Bretagne et en Picardie a été conduit par Arvalis pendant 4 ans, entre 2011 et 2014. Huit essais ont été mis en place, avec 2 ou 3 dates de semis selon les sites et 3 variétés de précocité différentes. Le profil climatique des 4 campagnes a été suffisamment diversifié pour en tirer des enseignements intéressants. Les années 2011 et 2014 ont été plutôt très favorables, tout au long du cycle. Les années 2012 et 2013 ont connu des conditions de démarrage froides et humides, avec un déficit hydrique estival plus marqué en 2013.
 L’objectif principal de ce réseau d’essais était de mesurer l’incidence des semis très précoces, réalisés sur la première décade d’avril (semis 1), en comparaison avec des semis réalisés sur la deuxième quinzaine d’avril (semis 2), devenus assez courants dans la pratique. En fonction des conditions climatiques, une dernière date de semis a souvent été réalisée au mois de mai (semis 3), représentative de la fin de période des semis de maïs. Au niveau de la précocité, pour une date de semis intermédiaire, entre le 15 et le 25 avril, sur les 4 dernières campagnes, les dates de floraison ont varié entre le 15 juillet et le 9 août (exemple d’une variété demi-précoce à Bignan). En moyenne, une avance de 15 jours au semis se traduit par une avance de seulement 3 jours à la floraison (tableau). Sur le rendement, on enregistre en moyenne une légère baisse sur les semis précoces (- 3 %) mais surtout une plus grande variabilité interannuelle. La qualité des maïs fourrage (UFL et Dinag) est globalement identique sur les semis d’avril, mais elle chute sur les semis du mois de mai.

Un écart entre maïs grain et maïs fourrage

Des récoltes en maïs grain ont également été réalisées sur ces essais et les résultats sont un peu différents de ceux obtenus en maïs fourrage. En moyenne, les semis très précoces de début avril apportent un faible gain de rendement (de l’ordre de + 2 %) par rapport aux semis de la deuxième quinzaine d’avril, avec toutefois une plus grande variabilité interannuelle. Sur les semis de mai, les rendements observés en maïs grain décrochent plus (-10 %) qu’en maïs fourrage (graphique). La diminution de la composante poids de 1 000 grains explique l’essentiel de cette baisse de rendement en maïs grain.

 

Les risques des semis précoces

Du côté des risques liés aux semis précoces, les accidents climatiques et l’exposition aux ravageurs et adventices doivent être identifiés et pris en compte. Pour des semis réalisés très tôt (début avril, voire avant), le risque de gel précoce ne constitue pas le risque majeur aujourd’hui, bien qu’il soit souvent mis en avant. En effet, avec le réchauffement des températures observé depuis 25 ans, un semis de mi-avril en 2015 n’est pas plus exposé au risque de gel qu’un semis de début mai dans les années quatre-vingt. Le risque d’observer des dégâts de froid tardif, après le stade 6 feuilles, n’est pas non plus à craindre en Bretagne sur les semis précoces.
 La survenue d’une période froide et humide juste après le semis, comme en 2012 et 2013, constitue l’un des risques majeurs en semis précoces. En moyenne en Bretagne, un semis de début avril mettra 20 à 25 jours à lever, contre 12 à 15 jours seulement pour un semis réalisé entre le 15 et le 25 avril. Des conditions humides et froides pendant la levée et la phase d’installation exposent le maïs aux problèmes agronomiques (battance des sols) et aux ravageurs (mouches notamment). En semis précoce, le désherbage peut être également plus difficile du fait du moindre gabarit des maïs et de la couverture lente des interrangs.

Recommandations pour les semis précoces de maïs

Les essais réalisés entre 2011 et 2014 ont montré que les enjeux liés à la date de semis étaient faibles sur la première quinzaine d’avril, notamment en maïs fourrage. Sur le mois d’avril, les conditions d’implantation apparaissent au moins aussi importantes que la date de semis. Quelle que soit la date retenue, il est indispensable d’attendre le ressuyage de la parcelle avant d’intervenir. L’objectif est d’obtenir un profil sans semelle, sans lissage par les outils et sans compaction, ce qui facilitera la mise en place des racines. De plus, un sol ressuyé se réchauffe mieux. De même, si de bonnes conditions sont réunies début avril, mais avec des prévisions météo annonçant pluie et froid sur la période à venir, il sera préférable de différer la date de semis.

Incidence de la date de semis sur le rendement du maïs grain et du maïs fourrage
Incidence de la date de semis sur le rendement du maïs grain et du maïs fourrage (8 essais réalisés en bretagne et picardie (2011-2014)

Favoriser le démarrage

Les conditions climatiques pour l’installation de la culture sont souvent moins favorables pour des semis précoces. Tout ce qui favorise le démarrage rapide de la culture est à privilégier : variété à bonne vigueur au départ, engrais starter localisé dans la raie de semis. En semis précoces, mouches oscinies et géomyza sont autant à craindre que le taupin. Une protection insecticide en traitement de semences ou en micro-granulés dans la raie de semis sécurise le peuplement. Enfin, en semis précoce, le recouvrement de l’inter-rang peut être lent et le resalissement des parcelles peut exiger un renforcement du programme herbicide ou un rattrapage mécanique au moyen d’un binage.

 Michel Moquet – Vincent Bouetel / Arvalis-institut du végétal



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