Productions Agricoles

La Bretagne est aussi une terre de maïs grain

Les rendements exceptionnellement hauts, enregistrés en ce début de campagne, compensent en partie les cotations basses de la céréale.

Avec des chantiers terminés dans le Sud Ille-et-Vilaine, la récolte de maïs grain bat son plein sur le reste du territoire breton, validant les bonnes surprises attendues au niveau rendement. Autre point de satisfaction, le temps sec et ensoleillé de cet automne préserve les sols et limite les frais de séchage.
« Plus de 60 % des parcelles ont été récoltées, avec des rendements oscillant entre 90 et 110 quintaux sec à l’hectare. Les grains ont été collectés entre 26 et 34 % d’humidité. Nous sommes dans des dates de récolte similaires à 2013, sauvés par un mois de septembre lumineux et chaud qui a permis de ne pas retarder les chantiers.

Une particularité de cette année est l’observation de pyrales sur les tiges de maïs qui a pour effet de casser certains plants, heureusement sans conséquence sur la récolte », note André Le Lay, entrepreneur en travaux agricoles sur Plonéour-Lanvern (29). Il note également la présence de rhizoctone, champignon responsable de la fragilisation de la plante. Ce phénomène nouveau de pyrale peut poser des problèmes sanitaires, en favorisant la formation de mycotoxines si la larve attaque l’épi. « C’est un phénomène qui se généralise sur la Bretagne », estime Michel Le Friant, responsable du pôle céréales chez Caliance. Et d’ajouter : « Les volumes collectés seront en hausse de 15 %, car les bons rendements de 120 quintaux secs sont courants ».

Été indien

La culture a bien sûr bénéficié des très bonnes conditions météorologiques. Comme le rappelle Michel Le Friant, « l’irrigation naturelle apportée pendant le mois d’août lors de la floraison femelle a été très bénéfique au remplissage du grain. Les températures douces de ce mois d’octobre assurent une bonne fin de cycle. Les ensilages, entre 16 et 20 tonnes de matière sèche à l’hectare, génèrent des stocks de fourrages importants. Faute de place, une partie de la culture peut trouver une valorisation en grain. Les différents points de collecte de la coopérative ont pour l’instant engrangé 25 % des prévisions, avec des départements moins avancés comme le Finistère. Les bonnes conditions de récolte nous font aussi parfois oublier d’être patients : certaines parcelles ne sont pas encore arrivées à maturité. »

Prévisions de récolte en Europe

Sur la base des estimations transmises à la Commission européenne par les États membres, la production communautaire 2014/2015 de maïs devrait atteindre 72,1 Mt, un record historique et une hausse de 10 % par rapport à la précédente campagne (65,7 Mt). Parmi les principaux producteurs de l’UE, la France et l’Italie devrait voir leur production augmenter respectivement de 14 et 22 %. La Roumanie, deuxième producteur de l’UE, dont la production est susceptible de subir de fortes variations d’une année à l’autre (sur les dix dernières années, elle a enregistré un maximum à 14,5 Mt en 2004/2005 et un minimum à 3,9 Mt en 2007/2008), devrait récolter 11,4 Mt, un niveau stable comparé à l’an passé. Autre acteur pesant sur la filière en Europe : l’Ukraine. Avec des tensions présentes depuis plusieurs mois, les semis et la récolte 2014 ont été très perturbées.

Le Breton garde son maïs

« Le débouché préférentiel du maïs grain reste l’alimentation animale, et l’export intra-européen demeure anecdotique vers les Pays-Bas, l’Angleterre ou l’Irlande. Dans ce cas, il ne se fait uniquement que pour des raisons d’optimisations logistiques, par exemple en secteur proche des zones portuaires. Nous souhaitons garder des marchandises sur la Bretagne, région déficitaire en maïs », explique Michel Le Friand.

Rebond des prix espérés

Difficile de prévoir le prix des céréales à la fin de campagne en juin prochain. « La filière ne peut pas tenir en  valorisant le maïs entre 115 et 120 € par tonne, c’est ingérable au niveau des frais de structure et dissuasif pour le producteur. Il est à souhaiter que les semis mondiaux de 2015 soient en baisse, ce qui aura pour conséquence une remontée des cours. En regardant les années passées, on peut remarquer qu’un incident climatique mondial peut peser tout de suite sur le marché. Souvenons-nous de la sécheresse de 2012 aux États-Unis qui a fait s’envoler les prix ». Un rebond a même été souligné sur le marché du maïs la semaine dernière à cause d’intempéries dans les champs américains, aboutissant à un ralentissement des récoltes. Ce regain a été tué dans l’œuf par le retour d’un temps plus clément ces derniers jours. Fanch Paranthoën

Lavis de Philippe André Président de la section céréale chez Triskalia

Le marché est sous pression, à cause d’une production mondiale importante. La donne est aussi différente cette année avec des céréales fourragères disponibles, qui n’ont pas pu alimenter le marché des céréales panifiables : les grandes régions céréalières françaises ont en effet connu le déclassement de lots avec notamment des indices de chute de Hagberg faible. Cette offre pléthorique tire les prix vers le bas. La collecte bretonne peut également fortement varier avec les choix opérés par les éleveurs laitiers. Quand le stock fourrager est constitué, la part non ensilée est moissonnée. Mais cette année, beaucoup d’éleveurs ensilent finalement cette part de maïs, suite à une demande laitière en hausse et à cause de cours de maïs grain bas.

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