Productions Agricoles

La qualité de l’air influence les résultats avicoles

Des essais ont prouvé que le bien-être des volailles ne venait pas essentiellement de la densité. La qualité de l’air dans les bâtiments d’élevage y contribue aussi et permet d’optimiser les résultats économiques et sanitaires.

« La qualité de l’air en élevage hors-sol est un enjeu majeur pour la santé animale », lance Alassane Keïta, chef du service d’élevage et d’expérimentation avicole et cunicole à l’Anses de Ploufragan (22). Son intervention lors de la journée technique sur « l’innovation au service de la qualité de l’air et de la performance des élevages » qui s’est déroulée le 19 juin a fait le lien entre bonnes performances techniques et maîtrise de l’ambiance des bâtiments. En préambule il a tenu à rappeler quelques chiffres,

Alassane Keïta
Alassane Keïta, chef du service d’élevage et d’expérimentation avicole et cunicole à l’Anses de Ploufragan

« les bâtiments d’élevage hors-sol, comme en poulet de chair, sont volumineux et souvent supérieurs à 1 000 m2. Ils nécessitent des températures élevées, plus de 30 ° C au démarrage et environ 20 ° C à 35 jours. De plus, Ils connaissent une production d’humidité liée à la litière, au chauffage… Je rappelle que 1 kg de propane génère 1,6 L d’eau. Donc pour 8 kg de propane/m2/an, cela fait 12 800 L d’eau produits par an dans un poulailler de 1 000 m2. »

Une mauvaise ambiance peut causer des pathologies

La ventilation et le renouvellement de l’air sont nécessaires pour bien oxygéner les animaux, évacuer les gaz nocifs (CO2, NH3, H2S, CO…), éliminer les poussières et gérer l’ambiance en maintenant une température et une hygrométrie optimales. « Il y a 3 règles importantes lorsque l’on parle de ventilation : il faut un débit de renouvellement d’air précis et sans vitesse d’air excessive. Mais aussi une bonne diffusion de l’air neuf. Enfin bien respecter les consignes (température, humidité) grâce à une bonne régulation. »

L’ambiance dans les bâtiments peut être une cause de pathologies. Pour l’illustrer, Alassane Keïta cite l’exemple d’un élevage de poulets standard, connaissant depuis un an une dégradation des performances. « L’étude des courbes des 5 dernières bandes montre des poids inférieurs aux objectifs, des IC dégradés et des infections à Escherichia coli et Enterococcus caecorum. Les traitements antibiotiques permettaient uniquement de stabiliser la situation. Après réalisation d’un audit, des facteurs d’environnement sont apparus anormaux (3 500 ppm de CO2 à  3 jours d’âge alors que la norme bien-être est à 3 000 ppm maxi). Une modification du système de ventilation a permis de ramener le taux de CO2 dans les normes avec un rétablissement des performances et une diminution drastique des consommations d’antibiotiques. »

Le bien être n’est pas lié qu’à la densité

Des études menées en Angleterre et en Italie visent à montrer que le bien-être du poulet de chair n’est pas lié qu’à la densité. « Les auteurs ont fait varier la densité de 30 à 46 kg/m2 en conditions commerciales, en notant aussi la température, l’hygrométrie, la qualité de l’air et de la litière. Le bien-être est évalué par la mortalité, des critères physiologiques, le comportement et la santé (habilité à marcher, problèmes aux pattes…). » Les 2 enquêtes arrivent aux mêmes conclusions, « les différences d’ambiance entre producteurs ont plus d’impact sur le bien-être que la densité elle-même. La densité toute seule n’est pas un bon indicateur du bien-être. Il n’y a pas de relation nette entre densité et l’incidence des lésions corporelles ou la mortalité. La maîtrise des conditions environnementales, en particulier la litière, apparaît comme un facteur clé de bien-être du poulet. »

D’autres essais ont permis de mesurer l’impact de concentrations croissantes en dioxyde de carbone (CO2) et ammoniac (NH3) sur les résultats techniques en poulet de chair. « Il s’avère que lorsque l’on dépasse la limite de 3 000 ppm de CO2 la mortalité augmente progressivement avec le taux de CO2. Le poids vif et l’IC sont significativement dégradés de 5 % et 3 % pour 52 ppm de NH3 (2,5 fois la dose autorisée) en comparaison avec 0 ppm », rapporte Alassane Keïta. Et de conclure « l’enjeu dans nos élevages est de fournir aux animaux les meilleures conditions pour exprimer leur potentiel. Il ne faut pas négliger la qualité de l’air et l’ambiance en général, éléments cruciaux pour optimiser les résultats économiques et sanitaires. »  Nicolas Goualan

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