Côtes d'ArmorProductions Agricoles

Épandre mieux, épandre moins

Les nouvelles technologies participent à améliorer la précision en matière de fertilisation. Mais elles ne font pas tout.

L’à-peu-près devrait être remisé au rang des pratiques anciennes quand il s’agit de fertilisation. Car « balancer » l’engrais coûte trop cher pour le porte-monnaie et l’environnement. C’est vrai pour les fertilisants minéraux ; c’est vrai pour les fertilisants organiques dont on mesure souvent moins la valeur réelle car ils n’engendrent pas de sortie de trésorerie. L’équivalent-prix de l’unité fertilisante est pourtant comparable.

Aujourd’hui, les progrès technique et technologique ouvrent des perspectives en matière de précision, comme ont pu constater les agriculteurs de la Baie de Douarnenez et du bassin versant du Goyen, lors d’une démonstration organisée à Pouldergat (29), par les syndicats mixtes Ouesco et Epab et la FDCuma. Sur ces bassins versants, ces technologies de précision sont éligibles à des aides à l’investissement d’un montant de 40 %.

Faire varier le débit

Première démonstration avec un épandeur à fumier de la Cuma du Pigeonnier, de Mahalon, équipée d’un DPAE : un débit proportionnel à l’avancement régulé par électronique. Grâce à cet équipement, la quantité de fumier épandue à l’hectare est constante quelle que soit la vitesse d’avancement du tracteur fût-elle ralentie par une côte difficile ou accélérée par une pente assez raide.

Dans la parcelle de démonstration de Pouldergat, les agriculteurs ont pu vérifier l’efficacité de l’équipement. En descendant la parcelle à vitesse accélérée et en remontant nettement moins vite, la quantité de fumier recueillie sur une bâche dépliée sur le sol laisse apparaître une quantité de fumier équivalente. Du moins sur les parties latérales de l’épandeur ; dans l’axe de l’épandeur, la quantité épandue est nettement moins importante avec cet épandeur à hérissons verticaux sans table d’épandage.

Peser les remorques

Cette observation fait dire à un agriculteur « qu’avant d’équiper un épandeur de DPAE, mieux vaut s’assurer de la régularité sur toute la largeur d’épandage ». Un autre fait remarquer qu’au démarrage, « il se passe quelques mètres avant que l’épandage s’amorce » et que, « lorsque les deux tiers de la remorque sont vides, la chute du fumier par paquet dans la remorque a une incidence importante sur la régularité d’épandage ».

Sans compter que, fréquemment, le chauffeur ne connaît pas le poids du chargement du fait que la densité du fumier varie fortement selon son origine (de 0,4 à 1 t/m3). D’où la nécessité de peser une remorque pour apprécier la quantité épandue. Comment savoir autrement que telle remorque de 17 m3 pèse 10 tonnes ou 17 tonnes ? Or, à réglage identique, ces chargements seront épandus sur une même distance : vider un épandeur de 17 tonnes sur 600 mètres avec une largeur d’épandage de 9 m, équivaut à mettre 27-28 t/ha. Si le poids du même épandeur tombe à 10 tonnes, la quantité épandue chute à 18,5 t/ha. Et pour plus de précision encore, il serait nécessaire de connaître les valeurs exactes des différents fumiers.

L’engrais où il faut

L’ETA Le Lay, à Plounéour-Lanvern (29), a investi dans un épandeur d’engrais Sulky stop-and-go et avec système de pesée, jumelé à un N-Sensor (Yara). L’économie permise par la coupure des tronçons atteindrait 15 % selon les promoteurs. Le guidage par GPS apporte encore une précision supplémentaire en évitant les recouvrements. La pesée en continu permet quant à elle de suivre la dose réellement épandue. Le coût de la prestation est de 25 €/ha

En résumé, le N-Sensor, installé sur la cabine du tracteur, mesure la chlorophylle et la biomasse en continu. Puis, il transmet les informations à l’unité centrale qui interprète les données en fonction du type de culture et de l’état végétatif (utilisable sur céréales à paille – blé, orge, seigle, triticale – et colza). Le N-Sensor asservit l’épandeur équipé de DPAE. Dans une même parcelle, la dose peut donc varier : plus d’engrais sur une butte où la culture « tire » davantage et moins où la terre est profonde et riche.

Eviter la sur ou sous-fertilisation

« En mettant l’engrais où il faut, on évite les sous et sur-fertilisation », explique Laurent Bobaz, ingénieur développement Yara sur le Grand-Ouest . « De cette manière, on homogénéise les parcelles, ce qui permet un gain de rendement, une réduction de la verse et une homogénéisation intra-parcellaire du taux de protéines. D’un point de vue environnemental, en mettant l’azote là où la plante va le valoriser, on réduit fortement les pertes ». Dans la mesure où les apports organiques ne sont pas forcément homogènes sur une parcelle, la minéralisation ne l’est pas non plus. « La modulation avec le N-Sensor permet de tenir compte de cette hétérogénéité pour adapter l’apport d’engrais minéral aux besoins de la plante ». Didier Le Du

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