Productions Agricoles

L’autre façon d’élever les génisses

Du nouveau dans l’élevage des génisses de renouvellement. Anne-Lise Montac, ingénieur technique à Ouest Elevage, propose de revisiter cette phase d’élevage si déterminante.

Le GMQ naissance/sevrage explique 22 % de la variation de production laitière en 1re lactation. Ce n’est pas Anne-Lise Montac qui le dit, mais des chercheurs américains dans une étude parue en 2013. Avec cette conclusion qui détonne : « Le GMQ naissance sevrage a un effet de 3 à 5 fois supérieur à la génétique sur la production laitière de la future vache » (source Soberon, Van Ambourg, 2012-2013).

Viser 750-800 g de GMQ

Ce n’est qu’une fois ces bases de la phase lactée bien plantées que l’éleveur peut commencer à parler vêlage précoce. C’est-à-dire quand ses veaux ont une croissance moyenne de 750-800 g/jour (sachant que le maximum observé sur cette période est de 900 g/j).
Le vêlage précoce reste un objectif clé des producteurs de lait. On en parle depuis 20 ans. Et pourtant. La moyenne reste scotchée à 28,5 mois en Bretagne (source BCEL Ouest, 2012). « Or, on sait que le vêlage à 24mois est un levier efficace pour diminuer le coût de revient en production laitière », insiste Anne-Lise Montac qui ne manque pas de références : « Cogédis et Provimi ont calculé que le coût de revient augmente de 400 €/génisse entre un vêlage à 24 et 33 mois » ; « Idele (Institut de l’élevage) a montré que l’économie est de 20 à 25 €/1 000 L quand on abaisse l’âge au 1er vêlage de 33 à 24 mois ». Baisser l’âge au vêlage, c’est aussi améliorer la durée de vie productive de 5 mois quand on passe de 32 à 23 mois pour l’âge au 1er vêlage (source Arsoé, BCEL Ouest, EDE de Bretagne).

Maîtriser le coût alimentaire

Vous en voulez une autre ? « Passer de deux repas à un repas par jour sur la période naissance-sevrage entraîne une dégradation systématique de 0,2 à 0,3 de l’indice de consommation » ; soit un gaspillage de 5 kg d’aliment démarrage. Oui mais… c’est plus de travail, rétorqueront les adeptes du « 1 repas par jour ». Et c’est « vieux jeu ». Sauf qu’a vouloir gagner 3 minutes/jour (temps calculé par buvée), c’est le veau qui trinque. Car, s’il n’y a pas de différence de performances de croissance entre le 2 et 1 repas par jour, la diminution de la fréquence des repas conduit à une dégradation de l’indice de consommation. « Cette dégradation s’explique par une moindre valorisation de l’aliment starter ingéré en plus », poursuit A.L. Montac, en relavant que « le coût alimentaire du kg de croît augmente quand la fréquence des repas diminue ». Autrement dit, le veau a du mal à atteindre le poids objectif de 85 kg au sevrage (8 semaines).

Alors, à devoir jouer les prolongations, la formule « 1 repas par jour » permet-elle une réelle économie de main-d’œuvre ?  « Le temps de travail, c’est un nombre de repas sur une durée », rappelle à l’évidence la spécialiste du renouvellement. « Deux repas par jour, c’est 20 repas de plus à distribuer par rapport à la formule 1 repas par jour à partir de 3 jours d’âge ». Soit théoriquement + 1 heure par veau. Théoriquement car le veau ainsi soigné 2 fois par jour atteindra plus rapidement ses 85 kg à 8 semaines, alors que 10 jours de plus pour rattraper un retard de croissance chez le « 1 repas par jour » représente déjà la moitié de ce temps supplémentaire.

Les premières heures de vie

Le colostrum est une pièce en trois actes : moment de distribution, quantité, qualité.

  • Première distribution : 2 litres dès la naissance puis 2 litres dans les 12 premières heures de vie.
  • Objectif : 15 g d’immunoglobulines (IgG) par litre de sang 24 heures après la naissance (soit 60 g pour 4 litres de sang).
  • Le taux de transfert des immunoglobulines est de 20 % sur les 24 premières heures. Ce qui signifie que le veau doit absorber 300 g d’immunoglobulines pour parvenir au taux de 15 g/ L de sang. Calcul simple : un colostrum à 75 g IgG/litre = 4 litres de lait en 24 heures.
  • Propreté : Si les immunoglobulines arrivent à traverser la paroi intestinale, ils sont en concurrence avec les plus petits microorganismes (bactéries) qui sont multipliées par 2 toutes 20 mn (Potter, 2011). Conclusion : hygiène, hygiène…

On en déduit que passer de 2 repas à 1 repas par jour est une fausse économie ou, du moins, pas aussi nette que l’on veut parfois l’entendre. En effet, le gain de temps est de 25 heures par an pour un troupeau de 50 laitières ; pour une dépense supplémentaire en aliment d’allaitement de 875 € (35 €/veau). Avec au bout de l’addition une future vache qui sera moins productive : « Pour un gain de 100 g de GMQ sur la période naissance-sevrage, la production laitière en 1re lactation augmente de 225 kg (Alex Bach 2011). Bref, l’économie de départ se paye chèrement pendant la phase productive de l’animal. » Didier Le Du

Ce qu’il faut retenir

  • Le GMQ naissance-sevrage explique 22 % de la production laitière en 1re lactation.
  • La croissance du veau : 3 à 5 fois plus d’effet que la génétique sur la production laitière
  • Vêlage à 24 mois = gain de 20 à 25 €/1 000 litres.
  • + 225 kg de lait /100 g de GMQ (naissance-sevrage).
  • Les 2 mois de phase d’allaitement représentent 1/12 de la durée d’élevage mais comptent pour 22 % de la production de la future vache.
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