Savoir s’arrêter un peu pour envisager l’avenir

Des agriculteurs témoignent de l’importance de faire une pause quand on traverse une période difficile de la vie privée ou professionnelle. Ils ont participé à la session « Continuer ou se reconvertir » qui est à nouveau proposée prochainement.

Un homme seul marche dans un champ cultivé - Illustration Savoir s’arrêter un peu  pour envisager l’avenir
L'agriculteur en difficulté s'enferme souvent dans l'isolement. | © Paysan Breton - T. Dagorn

Mauvaise entente en Gaec, problème physique, épuisement moral, deuil, difficultés financières, incendie sur l’exploitation… La vie d’agriculteur n’est pas un long fleuve tranquille. Il faut parfois savoir se poser pour souffler, réfléchir, trouver la force de repartir ou les ressources pour bifurquer. Les sessions « Continuer ou se reconvertir » de la MSA d’Armorique et de la Chambre d’agriculture offrent l’opportunité, pour trois jours hors de l’exploitation, de « prendre du temps pour soi » et d’envisager l’avenir.

Fatigués à 10 ans de la retraite

Corinne Rousseau et Jean-Marc Camus conduisent une cidrerie à Planguenoual (22). Ils ont participé en 2024. « À presque 10 ans de la retraite, nous nous sentions fatigués. J’avais envie d’arrêter, Jean-Marc, lui, voulait continuer. Nous y sommes allés pour nous poser et réfléchir ensemble. » La Costarmoricaine liste l’intérêt du séjour : les ateliers et outils pédagogiques qui aident à réfléchir et s’exprimer, l’écoute des personnes présentes, l’enrichissement venant du partage des expériences, la bienveillance et la pertinence des animatrices… « Si on doit changer de voie, on craint toujours de ne savoir rien faire d’autre. Là, on prend conscience de nos multiples compétences. Nous avons aussi mieux cerné les envies profondes qui nous animent. On y voyait plus clair en repartant. » Durant la session, l’agricultrice confie avoir pu dire son inquiétude pour sa santé qu’elle n’avait jamais su exprimer avant à son compagnon. Il y a eu un déclic. Jean-Marc Camus a accepté l’idée de s’arrêter. « La ferme est au RDI. Nous avons eu des visites… En attendant, nous trouvons des solutions pour s’économiser physiquement. » Le couple recommande la session à toute personne en difficulté. « Dans un site idéal, paisible et entouré par la mer, le séjour passe vite. Dans notre milieu agricole, on nous a surtout appris à travailler sans se plaindre. Là, la réflexion voire la prise de décision est déclenchée par le prisme de l’humain. Cela fait du bien à beaucoup. » Depuis, plusieurs participants sont passés leur rendre visite.

Après un accident ou un divorce

« J’étais cheffe d’exploitation. Suite à un grave accident, je me posais beaucoup de questions sur la suite. Quand ça va mal, il faut saisir les perches tendues comme cette session plutôt que de tomber en dépression ou pire encore », raconte cette ancienne participante.

Chacun raconte ce qu’il veut de son histoire

« Rapidement, les animatrices nous mettent à l’aise. Chacun raconte ce qu’il veut ou peut de son histoire. » Elle souligne l’utilité d’obtenir beaucoup d’informations sur les accompagnements et aides existantes. « Finalement, j’ai continué et je termine ma carrière comme salariée à mi-temps sur la ferme. »

Cela aide à relativiser

Un autre producteur de lait poursuit. « Dans le groupe, nous étions tous dans le même bateau mais pour des raisons différentes. » Lui était dans le flou : « Je venais de me séparer. Cela remet beaucoup de choses en cause. En parallèle, la relation n’était pas toujours simple avec mon associé qui approchait de la retraite. J’aime mon métier mais je ne me voyais pas continuer seul. » À l’époque, la vente de la ferme a été envisagée et une évaluation réalisée. L’éleveur a participé sans prévenir ses proches. « C’était une décision personnelle. » Sur place, on parle de soi et on écoute beaucoup les autres, rapporte-t-il. « Très vite, les gens s’ouvrent. Cela aide à relativiser, à faire le point et à avancer. Les trois nuits là-bas permettent une remise à plat sur soi-même car changer de cadre est toujours bénéfique. » Les choses doivent ensuite mûrir. Certains ont arrêté, d’autres continué. Pour lui, la carrière suit son cours : un jeune l’a rejoint au départ de son associé.

Toma Dagorn

Le remplacement pris à 100 % en charge

La prochaine session « Continuer ou se reconvertir » se déroule les 26, 27 et 28 janvier 2027 à l’abbaye de Saint-Jacut-de-la-Mer (22) et le 9 mars pour une journée complémentaire à Plérin axée sur la mise en place du projet. Elle est financée par Vivéa et la MSA avec prise en charge à 100 % du coût du remplacement (service de remplacement ou emploi direct) sur l’exploitation pendant les quatre jours. Informations et inscription avant le 15 novembre :06 70 64 54 10 ;ou 06 46 46 42 72 (MSA) ;ou 06 79 08 72 93 (Chambre d’Agriculture).


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